Les craintes liées au vieillissement

Selon un sondage Ipsos pour le compte de l’Agence nationale des services à la personne (ANSP), la perte d’autonomie est la principale crainte liée au vieillissement pour 56% des Français, quelle que soit leur situation sociale, devant le manque d’argent (29%) la solitude et l’isolement (13%). A cette crainte s’ajoute un relatif degré d’impréparation. Seuls 15% des Français estiment qu’ils seraient facilement en mesure de faire face à la perte d’autonomie d’un de leurs proches ou d’eux-mêmes. Les deux tiers d’entre eux (68%) pensent pouvoir y faire face, mais avec des difficultés. Enfin, un Français sur six (16%) se déclare dans l’impossibilité complète de faire face à une situation de dépendance. Le recours aux services à domicile est perçu comme une évidence doublée d’exigences : 90% des Français feraient appel à un intervenant à domicile s’il se trouvait dans une situation de dépendance. Pour les personnes potentiellement concernées par le recours à un intervenant à domicile, la qualité de la prestation (35%) ou encore l’expérience de l’intervenant (25%) sont les deux premiers critères mis en avant, loin devant le coût de la prestation (11%) ou encore la proximité géographique de l’intervenant (9%).

La maladie d’Alzheimer à la une

Selon William Thies, directeur médical de l’Association Alzheimer américaine, « le diagnostic précoce aura un impact important sur la conception des essais cliniques, et pourra même améliorer la proportion des personnes malades terminant les essais. Par exemple, coupler des tests diagnostiques avec le traitement pourrait réduire de moitié le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer pour une personne de soixante-cinq ans ». Si les traitements ne seront disponibles que dans quelques années, voire quelques décennies, poursuit la journaliste Alice Park, « identifier les patients à risque le plus tôt possible sera précieux : en sachant qu’ils sont à risque, les personnes malades peuvent mieux planifier leur avenir et modifier leur style de vie, faire de l’exercice et rester impliqués mentalement et socialement, observer des comportements connus pour retarder les symptômes. C’est une personne entière à qui l’on annonce le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, qui sombre et finit par être tuée par la maladie. Mais avant que cela arrive, cette personne entière a un certain pouvoir. Ceux qui construisent une plus grande réserve neuronale en restant cognitivement actifs restent en forme plus longtemps. Cela veut dire que vivre bien, et de façon robuste, est l’une des meilleures armes que nous ayons contre la maladie, au moins jusqu’à ce que l’artillerie lourde de la science soit finalement prête ».

Time, 25 octobre 2010.

Repenser la communication : le mythe Alzheimer(1)

Olivier Drunat, du service de gériatrie à orientation psychiatrique de l’hôpital Bretonneau (Assistance publique des hôpitaux de Paris), met en parallèle la déchirure des psychanalystes dans le champ de la psychiatrie et la révision de la notion de « maladie d’Alzheimer » par Peter Whitehouse et Daniel George (les auteurs du Mythe Alzheimer). Pour exister face aux théories psychanalytiques de Freud, Emile Kraepelin aurait été poussé à délimiter le champ nosographique de la psychiatrie (description et classification des maladies), postulant en 1910 l’existence potentielle d’une forme particulière de démence d’apparition prématurée : la « maladie d’Alzheimer ». Aloïs Alzheimer aurait lui-même douté de la différence entre cette maladie et le vieillissement cérébral. L’entité clinique « maladie d’Alzheimer » aurait été entretenue par les laboratoires pharmaceutiques comme prétexte pour promouvoir la recherche et la vente de médicaments. « Les médecins diagnostiquent la maladie et les individus touchés dans un statut de malade réclament leur dû. L’industrie pharmaceutique conditionne la prescription médicale en façonnant la taxinomie médicale ». L’autre argument contre l’existence de la maladie d’Alzheimer est la banalité des lésions cérébrales de la maladie d’Alzheimer, les biomarqueurs protéiques n’étant pas suffisamment spécifiques de la pathologie. Mais, remarque Olivier Drunat, Peter Whitehouse se repent, « après avoir bien vécu de la manne Alzheimer » : face aux représentations négatives du lobbying autour de la maladie, il change de vocabulaire, et soigne ses patients en parlant de modifications cognitives liées à l’âge ; les patients doivent s’adapter et considérer ces épreuves comme une opportunité pour se réaliser pleinement en tant qu’humains.

Pour Olivier Drunat, ce langage est séduisant, mais provocateur et toxique. Il engendre une grande confusion chez les malades et leurs familles, banalisant l’image de la maladie derrière celle du vieillissement. . « Ce n’est pas parce que nous ne savons pas guérir la maladie que nous devons nous en cacher l’existence, la fondre dans un continuum inexorable ou exclure une approche biologique au profit d’une prise en charge New Age ».

Drunat O. Alzheimer : le poids des maux et le choc des clichés ! Neurologie Psychiatrie Gériatrie 2010 ; 10(59) : 191-192

Repenser la communication : l’insuffisance cérébrale (2)

Pour Olivier Drunat, il faut repenser la communication sur la maladie d’Alzheimer : la vision actuelle étant davantage centrée sur les déficits, les incapacités des patients et la pénibilité des aidants, que sur la capacité d’adaptation des personnes malades et de leur entourage. C’est la nosographie qui doit évoluer : la démence à son état de syndrome ne doit pas être confondue avec les pathologies, notamment la maladie d’Alzheimer. Olivier Drunat préfère parler d’ « insuffisance cérébrale », au même titre que pour tout autre organe, caractérisée par un terrain, avec des formes cliniques, aigües comme le syndrome confusionnel et des formes chroniques, comme les démences. Les pathologies et la localisation des lésions marquent l’expression clinique. Le seuil de défaillance cérébrale est atteint par des lésions et des pathologies organiques directes et/ou indirectes (bas débit sanguin cérébral) et/ou par des facteurs intercurrents.

Drunat O. Alzheimer : le poids des maux et le choc des clichés ! Neurologie Psychiatrie Gériatrie 2010 ; 10(59) : 191-192.

Air Force One est passé très haut (1)

La Fondation Alzheimer américaine (AFA) a invité le président Obama à écrire un éditorial dans son magazine trimestriel Care ADvantage de l’automne 2010. Il y présente la réforme de son système de santé et notamment les dispositions de la loi Affordable Care Act. La publication s’inscrit dans une nouvelle campagne de l’AFA destinée à attirer l’attention de la nation sur l’urgence devant le nombre des familles affectées par la maladie d’Alzheimer, qui grimpe en flèche ». Un Téléthon sera organisé le 4 décembre. Richard Taylor critique : Air Force One est passé très haut, bien au-dessus de la maladie d’Alzheimer et des démences apparentées. Si le président a bien cité la maladie, ce qui était attendu depuis longtemps, Richard regrette que le message du président fasse partie d’une campagne de promotion de sa réforme du système de santé et qu’il n’y ait aucune mesure concernant la maladie d’Alzheimer. Il regrette, d’autre part, que Barack Obama ait choisi l’AFA plutôt que l’Association Alzheimer, ce qui jette un certain trouble parmi les familles de personnes malades.

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