Le business de la mémoire (1)

Aude Seres, du Figaro, consacre un article aux seniors, cibles du business de la mémoire. Surfant sur « l'inquiétude grandissante autour de la maladie d'Alzheimer » et le vieillissement de la société, des entreprises comme Happyneuron, SOS Cerveau, Learning Club ou Cegos proposent des exercices de mémorisation et d'attention, en groupe ou sur Internet. Leurs clients principaux sont des retraités, mais aussi des quinquagénaires, voire des quadragénaires débordés… «Depuis trois ans, le marché a explosé et on y trouve de tout…», constate Catherine Thomas-Antérion, neurologue au CHU de Saint-Étienne et présidente du groupe d'évaluation des outils cognitifs. La demande se développe depuis le lancement en 2006 du jeu Dr Kawashima de Nintendo, basé sur des exercices de mémorisation, et qui s'est vendu à plus de quatorze millions d'exemplaires en Europe, soit plus que Super Mario Bros, le jeu emblématique des enfants et des adolescents. La société Scientific Brain Training (SBT), dirigée par Michel Noir, l'ancien maire de Lyon, est cotée en Bourse sur le marché libre Euronext à Paris, et compte parmi ses actionnaires des sociétés de conseil en ressources humaines (Groupe Vedior France 6.1%, BPC 5%, groupe BPI 4%). Outre des logiciels de mémoire pour maisons de retraites, un site Internet et des formations à la mémoire, vendus aux entreprises, elle a ouvert depuis septembre des stages individuels, à un prix de neuf cent quatre-vingt-dix euros : « nous proposons des exercices de simulation cérébrale avec des exercices de mémoire et de perception visuelle », explique Sandrine Bélier, neurologue et consultante. La société SBT, « les experts de l'ingénierie cognitive au service de la prévention santé et des ressources humaines », pour « jouer, apprendre, entraîner, évaluer, soigner » (www.sbt.fr), développe une offre de prévention santé pour les particuliers, les orthophonistes et les psychiatres, l’animation de maisons de retraite. Elle propose une liste de publications scientifiques des membres de son équipe, reprenant pour l’essentiel des articles du neurologue et neuropsychologue Bernard Croisile, responsable du Centre mémoire de recherche et de ressources des Hospices civils de Lyon.

Le Figaro, 1er octobre 2010.  www.sbt.fr, 14 octobre 2010.

Le business de la mémoire (2)

Learning Club, fondé par Jérôme Dutrieux, ancien directeur de la communication d’un grand groupe, propose « la première salle de sport pour vos neurones » : un entraînement en ligne pour de jeunes retraités, des mères au foyer et des cadres stressés. Au programme, des discussions autour d'un sujet d'actualité ou d'histoire, des jeux de logique et des poésies à apprendre. «Avec des exercices qui varient d'une semaine à l'autre, nous avons mis en place avec un neurologue des entraînements cognitifs qui soient amusants et transférables dans la vie quotidienne». Le partenaire scientifique est le neurologue Jérôme Blin, ancien professeur de neurologie à l’Université de Louvain, qui dirige la clinique de la mémoire à Paris.

Que faut-il en penser ? Le débat sur le business de la mémoire agite le microcosme des neurologues. Bernard Laurent, chef de service au CHU de Saint-Etienne et président de la Société française de neurologie, est dubitatif : « aucune étude n’a prouvé que de telles stimulations pouvaient renforcer la mémoire et ralentir l’apparition de la maladie d’Alzheimer. En outre, ces ateliers et formations ne stimulent pas l’ensemble des fonctions cognitives et il n’y a pas d’effet de contagion d’une fonction à une autre ». Catherine Thomas-Antérion estime qu’il existe des ateliers mémoire valables, notamment quand des psychologues formés s’en occupent, et que « le simple fait d’être en groupe peut avoir un effet positif ».

Le Figaro, 1er octobre 2010.  www.learning-club.com, 14 octobre 2010.

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