Alzheimer, de Margaret Zennaro

Margaret Zennaro a « tenté de retranscrire les sensations qu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer pourrait ressentir. » Elle écrit : « l’on me saisit sous les bras et m’installe de force dans un fauteuil, je sens l’odeur caractéristique du potage, un drap rugueux s’enserre autour du cou. Je viens de comprendre c’est le déjeuner. Quand l’une des aides-soignantes m’engouffre la nourriture dans la bouche, je résiste un peu mais sous la pression de la mégère, je finis par capituler, je m’étrangle à moitié et de sa voix sévère, elle n’arrête pas de me houspiller. - Allez, encore une. On ouvre une grande bouche ! Je suis barbouillée de cette mixture écœurante. Elle ne me laisse pas le temps d’avaler que déjà elle m’y introduit une nouvelle cuillerée. Et je n’arrive pas à déglutir. Elle s’énerve. Ce n’est pas de ma faute. Le supplice est terminé. Enfin, un peu de tranquillité ! » (…) « – C’est moi, comment vas-tu ? Une jolie femme me fixe d’un regard triste. Qui est-elle ? Jamais vue. Ce n’est pas une infirmière ni une aide-soignante, elle ne porte pas la même blouse blanche que ma tortionnaire. Une salope celle-là ! J’esquisse un sourire. C’est que cette petite à l’air si bouleversée. - J’en étais sûre, tu me reconnais n’est-ce pas ? Je suis Jeanne, ta fille. »

Mon père au loin, de Martine Gercault

Martine Gercault, psychanalyste, publie son premier ouvrage, une « autofiction ». « Désemparée devant un père dont elle ne peut empêcher que la mémoire s’efface, l’auteur ne lâche pas prise », écrit l’éditeur de livres numériques Librinova. » Pourquoi la maladie mure-t-elle inexorablement celui qu’on aime dans un présent dont le passé disparait et le futur n’existe pas ? Comment accepter, admettre, vivre, et enfin s’évader de l’inexpugnable prison du temps ? Comment surmonter cette indicible peur de perdre quelque chose qu’elle n’a pas vécu ou ne vivra pas ? Autant de questions qui baliseront son propre karma [dans les religions orientales ayant adopté le concept de réincarnation, les effets des actions individuelles, censés se répercuter sur les différentes vies futures, formant ainsi sa destinée], et auxquelles elle répondra pudiquement, sans tabou, mais avec une étonnante détermination : celle d’une femme qui décidera d’exister en cessant de jouer le rôle d’un personnage qu’elle ne connaissait pas, à savoir elle-même ». « Ariane, l’héroïne, nous entraîne dans un voyage intérieur dont elle sortira grandie », écrit Senioractu. Elle témoigne de la souffrance psychique : celle d’un père marqué par la Shoah et la sienne, sa fille, qui l’accompagne en fin de vie durant la maladie d’Alzheimer, une pathologie qui s’attaque « à la mémoire, garante de l’identité psychique, et qui foudroie le patient et son entourage. » « Un beau témoignage sur la transmission et la difficulté du passage. »

www.senioractu.com, 12 avril 2016. Gercault M. Mon père au loin.  Paris : Librinova. 28 octobre 2015. ISBN 979-10-262-0267-7.

Retour haut de page