Le plan Alzheimer français

Joël Ménard et Michel Poncet, de la Fondation Plan Alzheimer, rappellent que le plan Alzheimer 2008-2012, doté de 1.6 milliards d’euros, est « totalement centré sur la personne malade et sa famille, qu’il s’agisse de la recherche, du soin ou de l’accompagnement ». Pour la recherche, le concept d’ensemble est « d’encourager le plus possible le travail en collaboration, autour des sites les plus avancés, tout en favorisant l’émergence de nouveaux groupes, dès que des efforts de collaboration sont réellement faits. L’ouverture internationale a été massivement favorisée par la présidence française de l’Union européenne en 2008. Il en est né une initiative européenne de programmation conjointe visant à orienter de manière plus rapide plus d’argent pour les recherches de tout type sur cette maladie (Joint Programme for Neurodegenerative Disorders) et une initiative européenne plus sociale (ALCOVE) ». La société et les individus sont confrontés à une maladie dont l’évolution vers l’aggravation est inéluctable. « La réflexion éthique, même si elle ne représente apparemment qu’une part modeste de l’effort financier initié (quatre cent mille euros pour la création et le fonctionnement d’un Espace national de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer), est donc un élément central de l’effort sociétal demandé à tous et aidé par le gouvernement. La directive anticipée, le devoir de recherche, le droit à la recherche, la mesure et le respect des capacités décisionnelles, le mandat de protection future, les avantages et les risques d’un diagnostic précoce en absence de thérapeutique : tous ces points méritent une réflexion qui déborde les milieux de soins ».

Ménard J et Poncet M. Le plan Alzheimer français. In Tillement JP, Hauw JJ et Papadopoulos (coord).Le défi de la maladie d’Alzheimer-synergies franco-québécoises, Le défi de la maladie d’Alzheimer-synergies franco-québécoises. Académie nationale de médecine. Paris : Lavoisier, décembre 2012. 5-8. ISBN : 978-2-257-20534-6.

Le projet de loi sur le vieillissement : quelle place pour les services à domicile ? (1)

Le futur projet de loi sur le vieillissement, attendu pour 2014, comportera un volet « anticipation-prévention ». Le comité « avancée en âge : prévention et qualité de vie », dirigé par le Dr Jean-Pierre Aquino, doit formuler des propositions pour mieux coordonner les acteurs de la prévention au niveau local et national. « Les services à domicile doivent revendiquer leur légitimité à remplir cette mission de repérage des fragilités », écrit Nadia Graradji, dans un dossier du Journal du domicile. Les personnes fragiles présentent au moins trois des cinq critères cliniques de Linda Fried : la force de préhension, l’épuisement ou la fatigabilité, la vitesse de marche lente (plus de quatre secondes pour parcourir quatre mètres), la baisse d’activité physique et la perte de poids non volontaire (quatre à cinq kilogrammes en un an). Les financeurs, Conseils généraux, caisses de retraite, centres communaux d’action sociale, s’alignent sur cette même logique. Mais des questions restent encore en suspens : quelle coordination des acteurs ? Et surtout, quelle stratégie nationale de prévention ? » Le modèle des SPASAD (services polyvalents d’aide et de soins à domicile) « peine à décoller, mais pourtant permettrait le lien et l’articulation entre le soin et l’aide, une fluidité dans les interventions, une mutualisation des savoirs des professionnels ». Michèle Delaunay va encore plus loin en préconisant le développement de services polyvalents et de prévention d’aide et de soins à domicile. Pour Line Lartigue, directrice santé de l’UNA (Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles), « avec l’intégration des SAAD (services à domicile), SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) et SPASAD dans les parcours de santé des personnes âgées, le secteur du domicile a passé un premier cap d’identification en tant qu’acteur de la prévention. Il faut à présent que cette légitimité soit démontrée et que les services se positionnent d’eux-mêmes pour faire de la prévention auprès des personnes âgées et de leurs aidants ».

Le Journal du domicile, décembre 2012.

Le projet de loi sur le vieillissement : quelle place pour les services à domicile ? (2)

Faute d’une stratégie nationale de prévention encore bien définie, les acteurs multiplient les initiatives « au milieu d’un vaste patchwork », sans centralisation des actions, regrette Didier Duplan, directeur général adjoint de la fédération Adessadomicile. Selon lui, « la prévention nécessite de mettre en place des protocoles, de prendre en compte les fragilités sanitaires mais aussi sociales. Cela suppose de faire entrer dans le champ du domicile des professions qui ne sont pas encore reconnues, tels que les psychomotriciens et les ergothérapeutes ».  Les caisses de retraite ont déclaré unanimement, lors de la journée nationale inter-régimes du bien vieillir : « depuis plusieurs années, la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse), la MSA (Mutualité sociale agricole), le RSI (Régime social des indépendants), l’AGIRC (Association générale des institutions de retraite des cadres) et l’ARRCO (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) développent des actions de prévention de la perte d’autonomie auprès de leurs retraités, qui prennent en compte l’ensemble des composantes du bien vieillir : prévention relative aux comportements et modes de vie à travers les questions d’alimentation, de sommeil, de prévention des chutes, de prévention destinée à lutter contre l’isolement, la solitude et la précarité, de prévention touchant à l’environnement de la personne, en particulier son logement ».

Le Journal du domicile, décembre 2012.

Le projet de loi sur le vieillissement : quelle place pour les services à domicile ? (3)

Daniel Zielinski, délégué national de l’UNCCAS (Union nationale des centres communaux d’action sociale), revendique que l’action des collectivités locales puisse « s’inscrire dans le cadre d’une politique gérontologique nationale fondée sur un renforcement de la solidarité nationale ». L’Assemblée des départements de France (ADF), quant à elle, revendique la décentralisation au profit des Conseils généraux de l’action sociale facultative des caisses vieillesse, afin d’intégrer les populations les moins dépendantes (groupes iso-ressources 5 et 6). Pour Jean-Pierre Hardy, responsable des politiques sociales à l’ADF, « cette question pourrait être réexaminée dans l’acte III de la décentralisation et dans la loi sur le vieillissement ». Les agences régionales de santé (ARS) doivent élaborer avec les départements un schéma régional pour la prévention : « on pourrait établir un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) tripartite, entre le service d’aide à domicile, le Conseil général et l’ARS ». Pour l’ADF, les économies que générerait l’assurance maladie par une meilleure coordination des acteurs doivent être déployées vers les services d’aide à domicile : « au lieu de viser une économie de deux milliards d’euros avec le parcours de santé des personnes âgées », comme le préconise le rapport du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM), « il vaut mieux viser 1.5 milliard d’économie et consacrer le reste à faire de la prévention. Les plans d’aide APA (allocation personnalisée d’autonomie) au retour du domicile de la personne âgée après une hospitalisation seraient alors pris en charge par l’assurance maladie et non plus par les Conseils généraux. La personne âgée s’acquitterait du ticket modérateur. Le volet prévention peut être financé avec les fonds des caisses de retraite ou de la sécurité sociale pour permettre l’intervention d’un ergothérapeute, qui pourrait aider à aménager la salle de bains, à sécuriser le domicile. Bref, à mener une politique de prévention anticipatrice avant l’accident de santé ».

Le Journal du domicile, décembre 2012.

Le projet de loi sur le vieillissement : quelle place pour les services à domicile ? (4)

Depuis 2011, l’Association de soins et services à domicile (ASSAD) du Doubs expérimente une nouvelle tarification élaborée par l’ADF et le Collectif des 16 : « la direction des services d’intervention gère le SAAD (service d’aide à domicile), le SSIAD (service de soins infirmiers à domicile), l’accueil de jour, l’équipe spécialisée Alzheimer ; la direction Développement des projets et de la communication a en charge l’animation et la prévention. Mais l’ensemble des services ont été intégrés dans le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens signé avec le Conseil général, preuve que le financeur croit en l’intérêt de notre action. Le Conseil général et l’association partagent, et c’est une chance, la même aspiration à faire du domicile un lieu de prévention », explique Agnès Moriset, directrice développement et projets de l’association. L’ASSAD du Doubs envisage prochainement de mettre en place un SPASAD (service polyvalent d’aide et de soins à domicile) afin d’optimiser la détection des fragilités. Pour Etienne Petitmengin, directeur général adjoint du Conseil général du Doubs, la souplesse des interventions grâce au forfait global est un plus pour le travail de prévention de l’aide à domicile.

Le Journal du domicile, décembre 2012.

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