Etats-Unis : la maladie d’Alzheimer, un enjeu électoral

Hillary Clinton, qui brigue l’investiture du Parti démocrate pour la campagne présidentielle, a présenté un plan pour « un traitement curatif de la maladie d’Alzheimer d’ici à 2025. » Tim Fernholz, du journal électronique Quartz, écrit : « A l’approche des fêtes de Noël, des millions d’Américains rendent visite à leur famille, et sont confrontés à la réalité : leurs proches vieillissent et quelqu’un doit s’en occuper. La campagne de Hillary Clinton est soigneusement préparée pour capitaliser sur ces anxiétés de vacances. Elle avait également proposé à l’occasion de la fête de Thanksgivings un crédit d’impôt pour les quelque quarante millions d’Américains qui apportent une aide non rémunérée à leurs proches âgés rendus dépendants pour raisons de santé. » Six millions d’Américains sont atteints de la maladie d’Alzheimer, et les projections indiquent qu’ils pourraient être seize millions en 2050. C’est la sixième cause de décès aux Etats-Unis. Une étude de la Fondation Kaiser montre que près de la moitié (46%) des résidents de maisons de retraite et 21% des personnes âgées vivant à domicile sont atteintes de démence probable ou possible. Un quart des personnes atteintes de démence vivant à domicile ont une couverture du système de protection sociale Medicaid (destiné aux plus démunis). L’an dernier, le gouvernement américain a dépensé 586 millions de dollars (538 millions d’euros). Une nouvelle instruction budgétaire signée par le président Barack Obama augmentera ces dépenses à 936 millions de dollars (859 millions d’euros) en 2016. Ces sommes seront complétées par 85 millions de dollars (78 millions d’euros) pour la recherche sur le cerveau dans le cadre du programme Advancing Innovative Neurotechnologies Initiative et 15 millions d’euros (13.8 millions d’euros) dans le cadre de la recherche sur la maladie d’Alzheimer financée par le département américain de la Défense. Hillary Clinton déclare que si elle est élue, son administration portera les investissements de recherche à 2 milliards de dollars (1.8 milliard d’euros) par an. Ce montant a été recommandé par des panels de chercheurs, appuyés par les Instituts nationaux de la santé (NIH). Le Dr Rudolph Tanzi, neurologue à l’École de médecine de Harvard à Boston, propose de détecter les personnes à risque en évaluant la charge amyloïde dans leur cerveau vers l’âge de cinquante ou soixante ans. Un médicament qui réduirait cette charge amyloïde ralentirait la survenue du moment où la combinaison de trois pathologies – les plaques amyloïdes, les neurofibrilles de protéine tau et l’inflammation – accélèrent le déclin. Selon lui, cette stratégie de traitement, qui n’existe pas encore, permettrait de retarder de cinq à dix ans l’apparition de la maladie chez les personnes à risque.

Du côté des Républicains, prompts à critiquer toute proposition de dépense supplémentaire provenant des candidats démocrates, Jeb Bush a déclaré, en parlant de la lutte contre la maladie de sa belle-mère âgée de quatre-vingt-quatorze ans : « s’il y a un domaine que nous avons sous-financé, c’est bien celui de la maladie d’Alzheimer. » Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants qui a œuvré pour la destitution du président Bill Clinton, a écrit sur Twitter : « je suis souvent en désaccord avec Hillary Clinton, mais en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer, elle va dans la bonne direction. »

Royaume-Uni, Allemagne : les grandes espérances

Un éditorial de la revue médicale Lancet indique que le gouvernement britannique a décidé d’investir 150 millions de livres (201 millions d’euros) pour créer un institut de recherche sur la maladie d’Alzheimer. « Cette somme dérisoire (comparée au fardeau annuel de 26 milliards de livres que fait peser la maladie) ne peut pas remplacer le financement de l’industrie pharmaceutique », qui reste « désirable pour accélérer le processus de validation de nouveaux traitements dans des essais cliniques. Un noyau central disposant de liens avec les universités et les centres de recherche clinique devrait faciliter la collaboration entre chercheurs et la diffusion des résultats. » Cet institut sera dirigé par le Conseil médical de la recherche britannique (MRC) et sera pleinement fonctionnel en 2020. Cette initiative britannique est semblable à celle de l’institut de recherche allemand DZNE (Deutsches Zentrum für Neurodegenerative Erkrankungen. Pour le Lancet, « ces initiatives attendues de longue date permettent d’être un peu plus optimistes sur l’avenir de la recherche sur la démence. Ce qui est important maintenant est de maintenir le rythme et de s’assurer que le financement est pérennisable. »

Lancet Neurol, 5 janvier 2016. Great expectations for dementia research. www.thelancet.com/pdfs/journals/laneur/PIIS1474-4422(15)00394-4.pdf(texte intégral).

Tunisie : vers un plan national Alzheimer

Le ministre de la Santé travaille à la mise en place d’un plan national Alzheimer, dans le cadre de l’élaboration du plan de développement 2016-2020, a déclaré Mouna Ben Jebara, membre du comité de pilotage du plan Alzheimer et professeur en neurologie à l’hôpital Razi de Tunis. Ce projet prendra en compte les spécificités de la société tunisienne et s’articulera autour de cinq axes : 1/ faciliter le diagnostic précoce, optimiser le parcours du soin et améliorer la prise en charge ; 2/ développer la formation des professionnels pour acquérir les compétences spécifiques de la maladie. Anticiper les besoins des malades et des familles en renforçant leur accompagnement pour alléger la charge morale et financière de la maladie ; 3/ organiser le suivi épidémiologique de la maladie – Renforcer et soutenir les recherches cliniques sur la maladie d’Alzheimer.

Corée du Sud : priorité à la prévention

En Corée du Sud, selon des études réalisées par l’Université nationale de Séoul, une personne âgée sur sept risque d’être atteinte de maladie d’Alzheimer ou de maladie apparentée (que la radio nationale Korean Broadcasting System nomme encore " démence sénile"). Le coût de prise en charge de la maladie est estimé à environ 10 000 euros par an. « Face à cette perspective alarmante, le ministère de la Santé et des affaires sociales a annoncé le troisième plan quinquennal "contre la sénilité". Il met surtout l’accent sur la prévention. Les autorités sanitaires vont, par exemple, envoyer des notices explicatives sur les modes de vie ainsi que les sports efficaces pour prévenir les maladies cognitives via e-mail ou téléphone. Les infirmières des dispensaires vont également rendre visite aux seniors à haut risque chez eux pour mener des consultations individualisées. Autres mesures clés du programme : la création de primes d’assurance maladie accordées pour une consultation liée à la maladie d’Alzheimer, l’assistance à domicile vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour les malades gravement atteints (au total six jours par an, en cas d’absence des membres de leur famille), ainsi que la formation des personnels de police, de banque et du corps médical. »

Japon : augmentation du reste à charge et mobilisation du patrimoine pour les prestations dépendance

Depuis août 2015, des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans, à partir d’un certain niveau de ressources, ont vu quasiment doubler leur reste à charge pour le plan d’aide à l’autonomie. Jusqu’alors, le reste à charge était fixé à 10% du coût de référence de l’aide et des soins. Désormais, le reste à charge sera de 20% pour les personnes retraitées touchant une retraite annuelle supérieure à 2.8 millions de yens (21 900 euros) et 10 % pour un couple, si  le revenu annuel total demeure inférieur à 3.46 millions de yens (27 100 euros). Selon le ministère de la Santé, du travail et des affaires sociales, seraient concernées par cette augmentation environ 15% des personnes âgées recevant des soins à domicile et 5% des personnes séjournant en établissement spécialisé. Enfin, les personnes séjournant dans des établissements spécialisés pour une hospitalisation de courte ou de longue durée qui, jusqu’à la nouvelle loi, bénéficiaient d’une aide financière pour les frais d’hébergement (repas et frais de séjour) dès lors qu’elles étaient dispensées du paiement de la taxe de séjour municipale en raison de la modestie de leur revenu, voient ces aides supprimées si elles disposent d’un patrimoine de 10 millions de yens (78 200 euros)  pour une personne seule et de 20 millions de yens (156 400 euros) pour un couple. Pour le Yomiuri Shinbun, cette réforme est destinée à faire face au vieillissement de la population et à l’augmentation constante du nombre des personnes bénéficiant de l’assurance dépendance et donc à alléger le coût de l’assurance dépendance pour l’État. En 2000, année de son introduction, elle coûtait 3 600 milliards de yens (28 milliards d’euros) ; en 2015, 10 100 milliards de yens (79 milliards d’euros), soit un quasi-triplement en quinze ans ; en 2025, son coût futur est estimé à plus de 20 000 milliards de yens (156 milliards d’euros).

Yomiuri Shinbun, 8 octobre 2015. Traduction de Kyoko Siegel.         

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