Canada : les maladies cognitives dans la campagne électorale

« En me voyant, certaines personnes peuvent penser : « Il n'a pas la maladie d'Alzheimer », dit Jim Mann, sur le site de la Société Alzheimer du Canada. « Si seulement ces personnes avaient raison ! Le Canada doit mettre en place une stratégie nationale sur les maladies cognitives pour mieux soutenir les personnes atteintes maintenant et celles qui développeront une telle maladie à l'avenir. Si nous n'élaborons pas un plan d'action pour faire face au nombre grandissant de Canadiens atteints de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée, nous en subirons tous les conséquences. » La Société Alzheimer qui souhaitait « mettre à l'ordre du jour de cette élection fédérale les maladies cognitives et les soins de santé », a publié une « trousse d’outils de plaidoyer ».

Société Alzheimer du Canada. Ce que signifie une stratégie nationale sur les maladies cognitives pour Jim Mann. www.alzheimer.ca/fr, 10 juin 2015. Trousse d’outils de plaidoyer 2015. www.alzheimer.ca/~/media/Files/national/Advocacy/Election-2015/2015_Advocacy_Toolkit_f.pdf (texte intégral).

Chine : la réflexion sur la dépendance des personnes âgées

Zhihui Li, doctorant, et le Professeur Ke Shang, de l’Institut des sciences du travail et du droit à l’Université Wuzi de Pékin (Chine), dans un article de sociologie des sciences, évoquent l’évolution possible du système de protection sociale chinois vers un « âge des lumières » (enlightenment) pour la prise en charge de la dépendance. Ils passent en revue les avantages et les inconvénientsdes systèmes allemand et singapourien, qu’ils considèrent comme des modèles : « ces deux pays ont exploré ces questions depuis longtemps, et il faut profiter de leur expérience. » La Chine est confrontée à une demande très large. L’essentiel de la législation concerne les habitants des villes et non des campagnes. Le cadre juridique du soutien familial est jugé insuffisant. « Si le gouvernement a un rôle dominant dans la formulation et la mise en œuvre de la politique sociale, il serait inadéquat de faire porter la responsabilité de la prise en charge sur le seul gouvernement », soutiennent les auteurs, en citant comme exemple le système de Singapour à quatre composantes : la nation, la municipalité, la famille, l’individu. Pour les auteurs, la Chine devrait mettre en place une assurance pour l’aide et les soins (nursing insurance) le plus tôt possible dans une logique de services à la personne. La population âgée n’a plus les moyens : elle devient « vieille avant d’être riche ».

Li Z et Shang K. The Enlightenment of Long Term Care Service in Developed Countries to China: Take Germany and Singapore as an Example. Studies in Sociology of Science. Vol. 6, No. 4, 2015, pp. 57-64. www.cscanada.net/index.php/sss/article/view/7324(texte intégral).

La démence, une approche féministe (1)

Aux Etats-Unis, « la maladie d’Alzheimer coûte six fois plus cher aux femmes qu’aux hommes » au long de leur vie, titre la journaliste féministe Maya Dusenbery, de la rubrique santé dumagazine californien socio-environnemental Pacific Standard, un article repris par Marion Degeorges des Echos. Quels sont les arguments ? Selon une étude économique publiée cet été dans Women’s Health Issues parZhou Yang et Allan Levey, des départements de politique de santé et de neurologie de l’Université Emory d’Atlanta (Géorgie, Etats-Unis), la maladie d’Alzheimer atteint différemment les hommes et les femmes. Le risque de survenue est de 15.5% chez les femmes contre 13.1% chez les hommes. La prévalence d’Alzheimer chez les femmes a longtemps été attribuée au fait qu’elles vivent en moyenne plus longtemps. Elles sont donc surreprésentées chez les personnes âgées, et la maladie d’Alzheimer apparaît généralement après soixante-cinq ans (moins de 2% des cas surviennent avant cet âge).

 Depuis 2014, diverses études pointent d’autres facteurs pouvant expliquer cette prévalence, notamment le fait que les hommes ont davantage de risques que les femmes de mourir de maladies cardiovasculaires, donc avant d’avoir pu développer la maladie d’Alzheimer. Les femmes passent plus de temps que les hommes en établissement d’hébergement après un diagnostic de maladie d’Alzheimer (94% du temps pour les femmes contre 60% pour les hommes). Le coût pour le régime de protection sociale Medicare (pour les personnes âgées) est 16% plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Le coût pour le régime d’aide sociale Medicaid (pour les personnes pauvres) est 70% plus élevé pour les femmes que pour les hommes : en effet, davantage de femmes que d’hommes vivent en situation de pauvreté. Et surtout, les femmes endossent plus souvent le rôle d’aidant que les hommes (70% contre 30%). C’est ce coût de l’aide informelle (non rémunérée) apportée par les femmes qui amplifie la différence de coûts. Au total, les coûts de la maladie d’Alzheimer tout au long de la vie pour les 76 millions de baby-boomers américains s’élèvent à 517 milliards de dollars pour les femmes contre 137 milliards pour les hommes.

www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/021390060376-alzheimer-coute-plus-cher-aux-femmes-quaux-hommes-1164288.php, 11 octobre 2015. Pacific Standard, 7 octobre 2015. www.psmag.com/health-and-behavior/thats-some-bs. Yang Z et Levey A. Gender Differences: A Lifetime Analysis of the Economic Burden of Alzheimer’s Disease. Women's Health Issues 2015:  25(5): 436–440. Septembre-octobre 2015. www.whijournal.com/article/S1049-3867(15)00076-6/pdf(texte intégral).

La démence, une approche féministe (2)

En Ecosse, le centre de développement de services pour la démence (DSDC-Dementia Services Development Centre) de l’Université de Stirling, dans une enquête internationale auprès de deux mille cinq cents personnes, montre qu’il existe des différences significatives dans l’attitude des hommes et des femmes par rapport à la démence.

Le Professeur June Andrews, directrice du DSDC, résume ainsi cette question : « les femmes sont plus souvent atteintes de démence dans le monde entier. Elles ont un risque accru de la développer. Plus souvent que les hommes, elles assurent une activité d’aide auprès des personnes malades, et lorsqu’elles sont des professionnelles de l’aide, elles ont des salaires moins élevés que les hommes travaillant dans le même secteur.

50% des femmes, contre 35% des hommes, craignent la démence davantage que le cancer. Les femmes s’inquiètent plus souvent que les hommes d’une survenue possible de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée chez elles ou chez l’un de leurs proches, alors que les hommes sont davantage enclins à penser qu’un traitement curatif sera disponible de leur vivant.

Pour le Pr June Andrews, « les femmes sont des réalistes et les hommes légèrement plus inconscients (oblivious). Les femmes sont plus anxieuses que les hommes lorsqu’on leur pose des questions sur la démence et sont plus enclines à donner un avis négatif que les hommes. Les femmes sont davantage sensibilisées que les hommes au risque d’une hospitalisation pour la personne malade. Les hommes voient davantage que les femmes l’hospitalisation et les médicaments comme une intervention positive.

Dementia Services Development Center, Dementia Festival of Ideas, University of Stirling. Men think differently about dementia – is this leading us in the wrong direction? A survey of male and female attitudes. 19 octobre 2015. http://dementia.stir.ac.uk/system/files/filedepot/64/jaattitudesreport.pdf.

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