Canada : raz-de-marée - l’impact économique de la démence (1)

« Aujourd’hui, le Canada compte un nouveau cas de maladie d’Alzheimer ou d’affection connexe toutes les cinq minutes. Dans trente ans, il y aura un nouveau cas toutes les deux minutes » alerte la Société Alzheimer canadienne, qui publie un rapport intitulé « raz-de-marée », dans le cadre du mois de sensibilisation à la maladie d’Alzheimer. Que faire, et quel serait l’impact économique des interventions ? La société Alzheimer du Canada, avec l’appui d’un panel d’experts, propose quatre types d’intervention fondées sur des preuves scientifiques : deux mesures de prévention non spécifique (augmenter de 50% l’activité physique pour tous les Canadiens sains de plus de soixante-cinq ans qui sont déjà modérément actifs ou très actifs ; retarder de deux ans l’apparition de la maladie par une bonne alimentation et un mode de vie sain), et deux mesures de soutien (formation et soutien aux aidants naturels ; coordination des soins par un « navigateur de système », en d’autres termes un gestionnaire de cas).

RiskAnalytica. Smetanin C et al. Rising Tide : the impact of Dementia in Canada, 2008 to 2038.Octobre 2009 (rapport d’expertise original en anglais, 344 p). Société Alzheimer du Canada. Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada (résumé en français), www.alzheimer.ca , janvier 2010. 

Canada : raz-de-marée - l’impact économique de la démence (2)

La Société Alzheimer canadienne s’appuie sur un modèle mathématique prévisionniste de macro-simulation, Life at Risk, développé par la société RiskAnalytica , pour estimer la valeur monétaire de ces interventions, dans le cadre de « scénarios de référence » à dix ans et à trente ans. Ce modèle a été financé par des subventions sans restriction des instituts de recherche en santé du Canada, de l’Agence pour la santé publique du Canada, de Pfizer Canada et de l’association des laboratoires pharmaceutiques canadiens Rx&D . Les paramètres de simulation sont l’incidence actuelle et future (nombre de nouveaux cas de maladie d’Alzheimer et de maladie apparentée par an), la prévalence actuelle et future (nombre de personnes atteintes), l’utilisation ou non des services de santé professionnels (en établissement, à domicile), le nombre d’heures de soins informels par an et par type, et le fardeau économique attribuable à la maladie (coûts de santé directs, frais de renonciation des aidants non professionnels aux revenus qu’ils auraient pu gagner en étant sur le marché du travail, coûts indirects n’ayant pas de lien direct avec les démences, comprenant la perte de productivité pour les employeurs des personnes malades ou de leurs aidants). 

RiskAnalytica. Smetanin C et al. Rising Tide : the impact of Dementia in Canada, 2008 to 2038.Octobre 2009 (rapport d’expertise original en anglais, 344 p). Société Alzheimer du Canada. Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada (résumé en français), www.alzheimer.ca , janvier 2010.

Canada : raz-de-marée - un scénario de référence à trente ans (3)

« Pourquoi le Canada doit agir » : c’est le titre du scénario de référence proposé par la Société Alzheimer pour alerter les pouvoirs publics. « Irréversible, l’âge reste l’un des principaux facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. Par conséquent, le problème que constituent ces maladies au Canada ne fera que s’aggraver au fur et à mesure que la population vieillira. Les premiers baby-boomers atteindront « l’âge d’or » (soixante-cinq ans) en 2011, moment où le vieillissement de la population canadienne s’accélèrera. Cela entravera sérieusement la capacité du Canada à fournir les services de santé et les soins de proximité de base, de même que les services de soutien nécessaires aux patients et aux aidants naturels ». « Cette situation risque de submerger le système de santé canadien », indiquent les auteurs. Si rien ne change : d’ici 2038, le rythme d’incidence des démences, chez les personnes de soixante-cinq ans et plus, devrait atteindre deux cent cinquante mille nouveaux cas par an, soit 2.5 fois le nombre de cas de 2008. En 2038, 1.1 million de personnes au Canada en seront atteintes, soit environ 2.8% de l’ensemble de la population ». Dans les trente ans à venir, la demande supplémentaire liée à la dépendance des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées sera multipliée par dix. « Cette demande se traduira par un nombre croissant de patients à des stades plus avancés exigeant des soins plus complexes, qui dépendront des soins de proximité et des soins informels ». Le coût estimé de prise en charge de ces maladies pour la société canadienne est de 872 milliards de dollars (584 milliards d’euros ; valeur courante de 2008), en coûts de santé directs, en frais de renonciation des aidants non rémunérés, et en frais indirects associés à la prestation de soins non rémunérés ».

RiskAnalytica. Smetanin C et al. Rising Tide : the impact of Dementia in Canada, 2008 to 2038.Octobre 2009 (rapport d’expertise original en anglais, 344 p). Société Alzheimer du Canada. Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada (résumé en français), www.alzheimer.ca , janvier 2010.

Canada : raz-de-marée - les scénarios d’intervention (4)

Augmenter de 50% le niveau d’activité physique des Canadiens de soixante-cinq ans et plus déjà actifs représenterait une réduction de 31 milliards de dollars (21 milliards d’euros) des coûts de santé directs et une réduction de 52 milliards du fardeau économique total sur trente ans. Retarder de deux ans l’apparition de la maladie allègerait de 219 milliards de dollars (147 milliards d’euros) le fardeau économique total sur trente ans et réduirait la prévalence de la maladie de 410 000 cas (-36% par rapport au scénario de référence) ; appuyer les aidants naturels pour développer des stratégies d’adaptation et renforcer leurs compétences en tant qu’aidants apporterait une économie de 63 milliards de dollars (42 milliards d’euros) sur trente ans, et la mise en place de gestionnaires de cas (navigateurs de système) pour soutenir les personnes malades et leurs aidants une économie de 114 milliards de dollars (76 milliards d’euros) sur cette même période. La réduction du fardeau économique est obtenue en retardant l’admission en établissement d’hébergement. Au-delà de la baisse attendue de la demande en soins, les programmes de soutien permettent d’améliorer la vie affective et la qualité de vie, et d’alléger le reste à charge pour les familles, ajoute la Société Alzheimer canadienne.

RiskAnalytica. Smetanin C et al. Rising Tide : the impact of Dementia in Canada, 2008 to 2038.Octobre 2009 (rapport d’expertise original en anglais, 344 p). Société Alzheimer du Canada. Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada (résumé en français), www.alzheimer.ca , janvier 2010.

Canada : recommandations pour un plan national

Pour contrer le « raz-de-marée », la Société Alzheimer canadienne propose cinq recommandations pour une stratégie nationale de lutte contre la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées : accélérer les investissements dans tous les domaines de recherche sur les démences : recherche sur les démences (recherche biomédicale clinique, qualité de vie, services de santé et application des connaissances) ; reconnaître clairement le rôle important des aidants naturels en leur offrant information et formation, en les soutenant dans leur rôle de partenaire de soins, et en leur apportant un soutien financier ; mieux sensibiliser les professionnels de santé et le grand public à l’importance que jouent la prévention et les interventions précoces dans le cadre de ces maladies ; mieux intégrer les soins et appliquer davantage les cadres de travail reconnus ou les « pratiques exemplaires » utilisées pour la prévention et la gestion des maladies chroniques, les programmes de soutien communautaire et la coordination des soins de proximité ; renforcer les capacités du personnel canadien dans le domaines de la maladie d’Alzheimer et des démences apparentées, en assurant une plus grande disponibilité des spécialistes, notamment les gériatres, les neurologues, les psychiatres et les infirmières en pratique avancée ayant une connaissance approfondie des démences, en améliorant les capacités de diagnostic et de traitement de tous les professionnels de première ligne, en optimisant l’usage de ressources générales et spécialisées par le biais des collaborations interprofessionnelles, en encourageant l’autogestion chez les patients et la participation des aidants naturels à la coordination des soins, en maximisant les capacités du secteur bénévole par le biais d’investissements et de formations.

Société Alzheimer du Canada. Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada (résumé en français), www.alzheimer.ca , janvier 2010.

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