Où vivrons-nous vieux ?

En 2050, 18.7 millions de Français seraient âgés de soixante-cinq ans ou plus, un quasi doublement par rapport à 2000, alors que la population générale ne croîtrait que de 9% durant cette période. Selon les projections de l’INSEE, les personnes de plus de quatre-vingt-cinq ans seraient plus de quatre millions dans trente ans, ce qui représente la capacité actuelle du parc HLM, selon l’Union sociale de l’habitat (USH). Depuis quelques années, les rapports sur le logement et les territoires qui pourront accueillir une population vieillissante foisonnent. Leurs auteurs appellent tous les acteurs concernés à se saisir de ces questions. Adapter l’habitat, répondre aux besoins de services liés au vieillissement, faire évoluer la gestion du parc social : la pression démographique rend urgente la définition de solutions. Mais « bien que les expériences se multiplient, l’abandon d’une approche cloisonnée au profit d’un travail sur le territoire reste, le plus souvent, à l’état de projet », écrit Catherine Petillon, de La Gazette Santé Social, qui consacre un dossier à l’habitat et au cadre de vie des personnes âgées.

La Gazette Santé Social, novembre 2010.

Evaluation des besoins des personnes âgées

Pour Valérie Lespez, rédactrice en chef du Journal du domicile et des services à la personne, la route est longue et chaotique, souvent, du besoin à la prestation. Jean de Gaullier, président d’Adessa à domicile, rappelle que la moitié des besoins d’accompagnement à domicile ne sont pas satisfaits, selon la Cour des comptes. « Les personnes âgées ont droit à un projet de vie. On l’oublie de plus en plus pour ne parler que des aspects économiques », regrette-t-il. Jérôme Guedj, vice-président du Conseil général de l’Essonne, et Michel Tanfin, président de l’ADMR (l’Association du service à domicile) sont d’accord sur l’inadaptation de la grille AGGIR (Autonomie gérontologie grille iso-ressources) : les critères sont trop partiels, contrairement au référentiel GEVA (guide d’évaluation des besoins des personnes handicapées) ou aux évaluations de la Caisse régionale d’assurance maladie. De plus, les pratiques d’auto-évaluation ne sont pas harmonisées d’un département à l’autre, estiment-ils.

Journal du domicile et des services à la personne, octobre 2010.

Plan national Bien vieillir

La France compte aujourd’hui près de dix millions de personnes âgées de cinquante-cinq à soixante-quinze ans, les personnes âgées de plus de soixante ans représentant près de 21% de la population. Où en est le plan national « Bien Vieillir » ? interroge le député de la Lozère Pierre Morel-A-L’Huissier. Lancé en 2007, ce plan vise à « aider les jeunes retraités à bien commencer leur nouvelle vie, à dépister les signes du vieillissement et prévenir les complications des maladies chroniques, à retarder l'entrée dans la dépendance, à améliorer l'environnement individuel et collectif et de la qualité de vie de la personne âgée, et à renforcer le rôle social des seniors en favorisant leur participation à la vie sociale, culturelle, artistique, en consolidant les liens entre générations et en promouvant la solidarité intergénérationnelle ». Des appels d'offres annuels, financés sur des crédits de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), ont permis le financement d'actions déclinant localement les axes du plan, indique le ministère de la Santé et des sports, et la création d'un label « Bien Vieillir - Vivre ensemble », calqué sur le modèle de l'organisation mondiale de la santé des « Villes amies des aînés » a permis de distinguer des collectivités et de promouvoir leurs initiatives dans ce domaine. Le premier plan « Bien Vieillir » s'est achevé fin 2009 ; son évaluation a été confiée au Haut conseil de la santé publique, « dans la perspective d'un second plan qui devrait s'inscrire dans la continuité, mais en s'élargissant aux personnes âgées fragiles (soixante-dix à quatre-vingts ans), et en approfondissant les actions déjà conduites en matière de prévention des risques liés au vieillissement, de promotion d'une activité physique et sportive ou bien encore du développement et du soutien des initiatives locales ».

Assemblée nationale, Question 56184 de P Morel-A-L’Huissier, JO du 26 octobre 2010.

Risque dépendance : pour un nouveau contrat social

Que signifie la dépendance ? s’interroge Bernard Ennuyer, docteur en sociologie, enseignant chercheur à l’Université Paris-Descartes et directeur d’un service à domicile. Nombreux sont les media et acteurs médicaux et sociaux à l’associer à tort à la perte d’autonomie, écrit-il. Dans son usage grand public, le terme désigne l’état des personnes de plus de soixante ans qui, souffrant d’incapacités d’origine physique ou psychique, ne peuvent, de ce fait, accomplir seules les actes essentiels de la vie quotidienne. Cette définition stigmatise une tranche d´âge et « ne prend pas suffisamment en compte notre mutuelle solidarité, base du contrat social, et qui maintient à soixante ans une barrière de l’âge discriminatoire ».

Pour Nora Berra, secrétaire d’Etat aux Aînés, la future réforme de la dépendance, nommée « Autonomie Avenir des Aînés » devra faire l’objet d’un « véritable débat préalable avec l’ensemble des Français ». Pour elle, « une population active réduite de 10% ne pourrait pas supporter la charge d’une population dépendante qui aura doublé ». Nora Berrra a annoncé une hausse de son budget de 4.4% pour 2011.

Ennuyer B. La dépendance en France, état des lieux et prospective : vers un nouveau contrat social ? www.lamaisondelautonomie.com/index.php/Dernieres-news/Dependance-B.-Ennuyer-11-2010.html, novembre 2010.
www.agevillagepro.com, 25 octobre et 2 novembre 2010.

Risque dépendance : assurance autonomie (1)

Pour L’UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), « même si la proposition du rapport Rosso-Debord de suppression pure et simple, à terme, de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) au profit d’un dispositif d’assurance obligatoire pour toutes les personnes de plus de cinquante ans n’est pas reprise par le gouvernement, il est maintenant quasiment certain que le recentrage du bénéfice de l’APA sur les personnes les plus dépendantes et le rétablissement d’une forme de récupération sur succession assortie d’une incitation à recourir à des produits d’assurance sera au cœur des mesures présentées au Parlement sitôt bouclée la réforme des retraites ». La convergence des prestations de compensation pour l’aide à l’autonomie ouvertes autant aux personnes âgées qu’aux personnes handicapées ne semble plus de mise.

Union sociale. Septembre 2010.

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