Activités intergénérationnelles : quel effet sur la qualité de vie ? (2)

L'analyse qualitative et quantitative suggère que l'intervention intergénérationnelle avec les enfants bénévoles améliore la qualité de vie des participants, à travers trois mécanismes (pathways) biopsychosociaux principaux : des bénéfices perçus de santé tels qu'une stimulation cognitive et une amélioration de l'humeur, le sentiment d'être utile et le développement de relations durables avec les enfants. Pour Daniel George, les résultats préliminaires de cette étude pilote suggèrent qu'il est possible d'améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de démence en permettant leur participation et en leur offrant un espace social faisant sens, non médicalisé, pour l'interaction intergénérationnelle avec les enfants. Cette amélioration peut être obtenue grâce à plusieurs mécanismes biopsychosociaux, notamment la réduction du stress. « Mais plus subtilement peut-être, ces résultats confirment que les personnes devant faire face à une perte de mémoire peuvent toujours apporter une contribution majeure à la communauté (community), et suggèrent que nous devrions faire davantage au plan culturel pour encourager les relations porteuses de sens pour les personnes malades atteintes de démence en maison de retraite. Créer des rôles culturels plus valorisants pour ces personnes peut humaniser les approches de soins, tout en contrant la « mort sociale » (social death), qui afflige si souvent les personnes malades, en améliorant la qualité de vie aux derniers stades de la maladie.
Daniel George a reçu le prix mondial 2008 de l'intervention psychosociale la plus prometteuse, décerné par l'association Alzheimer's Disease International (ADI) et la Fondation Médéric Alzheimer à Singapour. Ce travail a fait l'objet d'une recherche doctorale à l'Institut d'anthropologie sociale et culturelle de l'Université d'Oxford (Royaume-Uni). Il a été également soutenu par la Fondation Shigeo & Megumi Takayama (Japon), et la Fondation Greenwall.

J Am Geriatrics Soc. George DR. Season of mists and mellow fruitfulness. J Am Geriatrics Soc. George DR et Whitehouse, PJ. Intergenerational Volunteering and Quality of Life for Persons with Mild-to-Moderate Dementia: Results from a 5-Month Intervention Study in the United States. Avril 2010. www.takayamafoundation.org, www.greenwall.org, avril 2010.

Activités inter-générationnelles : l'apprentissage émotionnel (2)

Le programme Memory Bridge a été créé en 2005 par Michael Verde, un enseignant de Lake Forest Academy, motivé par la mort de son grand-père, atteint de la maladie d'Alzheimer. Se souvenant des interactions joyeuses entre jeunes et vieux, il a pensé que l'empathie et l'attention nécessaires pour atteindre les personnes souffrant de démence pouvait aussi être un facteur d'apaisement dans l'un des lycées les plus dangereux de Chicago. Il a enseigné aux élèves qu'en étant attentif à l'empathie, ils allaient créer « cette sorte de magie qui fait apparaître les personnes ». La seconde visite a été décevante. August était nerveuse et confuse. Sa partenaire Eva hésitait entre participer à une conversation lucide ou quitter la pièce. A mi-parcours, trois des onze élèves ont abandonné le programme. Mais les autres se sont mis à avoir entre eux des discussions approfondies, ce qui n'arrivait jamais. « Etre une personne aussi importante dans cette situation renforce énormément l'estime de soi », explique Michael Verde. A la dernière visite, les élèves ont offert des roses et les résidents des bracelets. Eva a demandé à August de venir dans sa chambre mettre la fleur dans un pichet. Lorsque Michael Verde a proposé une nouvelle série de visites, la plupart des élèves ont demandé à se réinscrire. Rebecca Reif, directrice de la maison de retraite, voit des relations se créer : « ce lien calme le plus agité et le plus confus des résidents, mieux que n'importe quel médicament. Cela les transporte d'un état de mal-être (ill-being) à un état de bien-être (well-being). C'est un beau cercle de connaissance, d'émotion et de force de vie ».
En 2006, le programme a reçu le soutien financier des services sociaux de l'Illinois, et plus de deux mille élèves de cent établissements publics y ont participé.

Chicago Tribune, 14 avril 2010.

Vivre seul avec la démence : un défi pour les communes

Au stade précoce de la démence, les personnes malades vivant seules à leur domicile peuvent faire les courses, retirer de l'argent à la banque, et mener des activités associatives. Souvent, tout va bien. Mais si quelqu'un achète trois fois des bananes dans la même journée, retire des montants importants plusieurs fois par semaine ou erre dans les rues, quelque chose ne va pas bien. Que peuvent faire les guichetiers, les commerçants, les officiers de police et les voisins ? Pour Heike von Holbein-Lützau, présidente de la Société Alzheimer allemande (Deutsche Alzheimer Gesellschaft), il est important de reconnaître qu'il peut s'agir de signes précoces de démence, comprendre ce que les personnes malades veulent et quel soutien peut leur être proposé. Les personnes malades vivant seules ont besoin de protection et de soutien pour vivre seules, et d'une cité qui les y accompagne (caring community), avec des citoyens sensibilisés, attentifs et prêts à prendre des responsabilités.
Ce projet incite les municipalités à informer le public et à proposer des formations et des services de mise en relation avec les groupes professionnels. Les résultats de cette initiative sont proposés dans un manuel sous forme de DVD, intitulé : Allein leben mit Demenz : Herausforderung für Kommunen (Vivre seul avec la démence : un défi pour les communes). La Société Alzheimer allemande a présenté ce projet au ministère fédéral des Affaires familiales, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse à Berlin le 16 avril 2010.

Alzheimer Europe Newsletter, avril 2010. www.deutsche-alzheimer.de, 11 mai 2010 (site en allemand).

Activités inter-générationnelles : l'apprentissage émotionnel (1)

Le lycée Bowen Environmental Studies Team (BEST) est l'un des établissements les plus difficiles de Chicago (Illinois, Etats-Unis) : 7% des élèves y réussissent les tests de compétence de l'Etat, et plus de 95% vivent dans la pauvreté. Cinq adolescents ont été tués l'an dernier dans ce quartier ravagé par les gangs. Onze élèves participent à un programme scolaire de douze semaines intitulé Memory Bridge. Chaque élève rencontre une personne âgée atteinte de démence. Pourquoi faire se rencontrer deux groupes aussi disparates ? L'objectif est de développer l'empathie des adolescents qu'ils n'osent manifester, et de faire participer les personnes malades de façon inattendue. Chaque élève dispose d'une courte biographie de son partenaire (buddy). August, qui rêve de devenir chirurgienne, serre la main d'Eva, quatre-vingt-trois ans, et lui demande si elle a des enfants. « Puis-je deviner leurs noms ? », demande August. Puis elle récite les noms des quatre enfants d'Eva, qu'elle a mémorisés. « Comment as-tu fait cela ? », demande Eva, stupéfaite. Le visage d'August s'épanouit en un large sourire. « Dans quelle classe suis-je »? interrompt un des résidents. « Au jardin d'enfants ! ». Tous rient. Un autre résident crie son nom. Une résidente chante. August est intriguée par sa nouvelle amie, et fière. Elle a appris qu'elle a fréquenté la même école qu'elle, et qu'elle a survécu à l'Holocauste.

Chicago Tribune, 14 avril 2010.

Activités intergénérationnelles : quel effet sur la qualité de vie ? (1)

Daniel George, professeur assistant au département des humanités au centre médical Hershey de l'Université d'Etat de Pennsylvanie, et Peter Whitehouse, professeur au service de neurologie de l'Université Case Western Reserve de Cleveland (Ohio, Etats-Unis), publient les résultats d'une étude d'intervention de cinq mois de volontariat intergénérationnel sur la qualité de vie des personnes atteintes de démence légère à modérée. Cette étude a été menée avec des enfants âgés de cinq à quatorze ans de l'Ecole Intergénérationnelle (TIS-The Intergenerational School), une charter school d'un quartier défavorisé de Cleveland (les charter schools sont des écoles américaines laïques bénéficiant d'une très large autonomie dans l'enseignement et dans les programmes scolaires, et d'un financement public sous contrat de performance ou charter. Fondées le plus souvent par des enseignants ou par des parents d'élèves, ces écoles sont gratuites). Huit personnes atteintes d'une forme légère à modérée de la maladie d'Alzheimer, vivant en logement regroupé avec services (assisted living), dont certains en unité Alzheimer fermée, ont rendu visite tous les mercredis après-midi à des élèves volontaires. Pendant cinq mois, une semaine sur deux, les personnes malades étaient accueillies dans une classe d'école maternelle (kindergarten), avec des activités d'interaction sociale, de chant, de lecture et d'écriture en petit groupe. L'autre semaine, les personnes malades étaient accueillies dans une classe élémentaire, en petits groupes de deux ou trois personnes, pour participer à des séances de réminiscence d'histoire de vie. Un groupe témoin de sept personnes atteintes de démence a été reçu huit fois à la résidence, pour participer à un séminaire de formation par des pairs, à des ateliers sur l'apprentissage, le bien-être, l'amour, la créativité, la spiritualité, les options de vie, l'éthique et la beauté, la qualité de la vie, avec des travaux pratiques à la maison entre deux séances.

J Am Geriatrics Soc. George DR. Season of mists and mellow fruitfulness.J Am Geriatrics Soc. George DR et Whitehouse, PJ. Intergenerational Volunteering and Quality of Life for Persons with Mild-to-Moderate Dementia: Results from a 5-Month Intervention Study in the United States. Avril 2010.

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