Technologies et maladie d'Alzheimer : intégrer les outils aux métiers

Selon Vincent Rialle, l'évaluation de ces nouveaux outils technologiques, à partir de leur intégration réelle aux pratiques soignantes passe par le développement d'équipes multidisciplinaires et la valorisation de cette multidisciplinarité dans les parcours de carrière, toujours difficile, non seulement chez les chercheurs mais aussi et surtout chez les professionnels de santé de terrain, ceux qui sont en contact direct avec les malades et leurs familles, ceux donc qui ont « le plus de choses à dire ». C'est la condition sine qua non pour que le développement technologique ait des chances d'aboutir à des effets concrets sur l'amélioration des prises en charge au quotidien, des conditions de vie des aidants, des actes médico-sociaux, de la valorisation des métiers du grand âge (infirmière en gériatrie, gériatre, gérontologue, ergothérapeute, psychomotricien...). Sans cette intégration des nouvelles technologies par les métiers du grand âge, les « mondes parallèles » évoqués précédemment continueront à se développer : immenses difficultés du côté socio-sanitaire, excellence technique bercée par l'illusion d'être utile au malade côté technologie pour la santé. Pour Vincent Rialle, ce qui fait le plus défaut aujourd'hui, ce n'est pas tant de créer de nouveaux systèmes, qui commencent à être nombreux, que d'en évaluer avec rigueur le service rendu pour la collectivité, à partir d'une authentique intégration aux pratiques soignantes. Les calculs du rapport bénéfice/risque de ces systèmes sont particulièrement complexes étant donné le nombre de variables médicales et socio-économiques qu'ils mettent en jeu.

Actes du colloque « La maladie d'Alzheimer, un défi social ». Paris, 5 juin 2009.

Technologie : domotique et stimulation cognitive

Sur une plus grande échelle que le projet QuoVadis, le projet CompanionAble (« robot compagnon » multimédia interactif) fait partie des programmes de recherche européens lancés sur le thème de l'assistance à l'autonomie dans le logement (Ambient Assisted Living). Le groupe de matériel électrique Legrand aborde, à travers ce projet, la problématique de l'accessibilité et de l'autonomie des personnes à travers une démarche multidisciplinaire et partenariale. Le projet de recherche débuté en janvier 2008 et coordonné par l'Université de Reading (Angleterre) associe des équipes de sept pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas, Royaume-Uni) venant des milieux médicaux, de l'aide à la personne, de la recherche académique et technologique, des industriels des automatismes du bâtiment et de la robotique, coopèrent pour expérimenter les apports d'un robot associé à des équipements domotiques installés au domicile de personnes ayant des troubles cognitifs moyens ou légers, et capables de favoriser le maintien de l'autonomie à domicile et l'aide aux aidants. Le projet, d'une durée de quatre ans, a débuté par des enquêtes auprès de personnes ayant des troubles cognitifs et de leurs proches, afin de prévoir les aides techniques qui leurs seraient adaptées et les méthodes d'évaluation respectant l'éthique et le droit de ces personnes.
Un programme de stimulation cognitive vise à renforcer les capacités cognitives résiduelles en aidant la personne malade à se repérer dans le temps et dans l'espace, en la sécurisant en cas d'errance, de désorientation et d'angoisse, et en facilitant sa communication avec l'entourage. La stimulation cognitive passe par des exercices avec une tierce personne et/ou un dispositif technologique. La sécurité est basée sur un système de télévigilance qui permet une meilleure réactivité des équipes médicales qui interviennent à domicile en cas d'urgence, en établissant un contact audio-visuel avec la personne en attendant une intervention humaine.
Les autres partenaires français du programme sont l'Assistance publique de hôpitaux de Paris, l'ESIEE Paris, le groupe des écoles de télécommunications GEC-INT, l'IBICS Université d'Evry-Val d'Essonne,.

Décideurs en Gérontologie, avril-mai 2009.

Stimulation cognitive

La stimulation cognitive est une intervention non pharmacologique, définie par un ensemble de méthodes psycho-pédagogiques sous forme d'applications pratiques, regroupées en séances et correspondant aux situations pragmatiques de la vie quotidienne. La stimulation cognitive désigne la sollicitation méthodique des fonctions cognitives, psychologiques et sociales. Il s'agit toujours d'une approche écologique, c'est-à-dire adaptée aux besoins de la vie quotidienne. Les situations écologiques permettent à la fois un relais par l'entourage et un renforcement au quotidien. Selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), la stimulation cognitive dans le contexte de la maladie d'Alzheimer comporte deux volets, l'un destiné aux personnes malades, l'autre à leurs aidants naturels et/ou professionnels. Jocelyne de Rotrou, neuropsychologue au centre mémoire de ressources et de recherche de l'hôpital Broca de Paris, propose des mises en situation, ou des simulations de situations vécues par les participants ; elles recréent un contexte d'activité spécifique (se déplacer dans le quartier, faire sa toilette, s'habiller...) auquel la personne malade est exposée dans sa vie quotidienne. Cet effet d'amorçage-exposition cible une plus grande compliance de la personne malade vis-à-vis de la situation réelle. Le contexte pour la personne malade est recréé à partir des éléments de sa vie, ses expériences, ses acquis culturels et didactiques, sa vie familiale et sociale. De ce fait, il bénéficie d'une approche personnalisée à la fois individuelle et collective.
Concernant les aidants, l'intervention proposée au centre mémoire de ressources et de recherche de l'hôpital Broca de Paris consiste en un programme psycho-éducatif d'accompagnement qui permet de mieux comprendre la maladie, afin de mieux comprendre la personne malade ; apprendre comment prolonger au quotidien l'action entreprise pa les thérapeutes durant la période de prise en charge, et comment prévoir les situations de crise et y faire face. Il s'agit aussi de faciliter la verbalisation du vécu des aidants, d'offrir un soutien psychothérapeutique à travers l'écoute, l'entraide et la solidarité apportées par le groupe, partager les émotions. La prise en charge est conjointe, initiée par les thérapeutes et prolongée au domicile ou en institution par les aidants, formés et soutenus. Elle peut se pousuivre à l'aide de dispositifs psycho-sociaux et des nouvelles technologies de l'information. Les critères réalistes d'efficacité de la prise en charge sont le ralentissement des désapprentissages, la réduction de la pente du déclin, l'amélioration de la qualité de vie de la personne malade et/ou de son aidant.

Actes du colloque « La maladie d'Alzheimer, un défi social ». Paris, 5 juin 2009.

Gérontechnologies : un marché qui se structure

Bracelets, téléphones, meubles intelligents... Le marché se structure et les fruits des gérontechnologies vont progressivement passer du stade de l'innovation à celui de produits standards, selon Michaël Carré, directeur santé de Médialis. Il reste à résoudre les questions de leur équation économique et de leur acceptabilité. Y a-t-il atteinte aux libertés individuelles ? s'interroge Jean-Yves Ruaux, de seniorscopie.com : « faut-il laisser les vieux tranquilles ou les aider à sortir du confinement auquel destine la maladie ? Question de contexte. Les bracelets, au lieu de diminuer leur liberté, l'augmentent, les nouveaux lits limitent ou suppriment les besoins de contention ou de médicamentation destinés à pallier les pénuries de personnel, pour les professionnels ».

www.seniorscopie.com, 8 juin 2009.

Technologies : bracelet électronique

A la maison de retraite Gilbert Forrestier de Lomme (communauté urbaine de Lille), 80% des cinquante-cinq résidants sont atteints de la maladie d'Alzheimer. Ils sont presque tous équipés d'un bracelet-montre qui déclenche le verrouillage de la porte de l'établissement dès qu'ils s'en approchent. Ce bracelet, développé par la société finlandaise Vivago, a été introduit en 2003. Il comporte également des capteurs qui alertent les personnels médicaux sur certaines anomalies de santé. La montre prévient automatiquement le personnel en cas d'inactivité totale (perte de connaissance, malaise), d'hypothermie ou lorsque le bracelet est retiré. Le bracelet envoie un signal vers un ordinateur qui renseigne le personnel soignant par téléphone, et déclenche une alarme lorsque l'état de santé s'est dégradé par rapport aux deux semaines précédentes. Selon Mireille Wascat, infirmière référente, le bracelet permet d'évaluer la qualité du sommeil, lors d'une nouvelle prescription de somnifères. Claude Tailleur, médecin coordonnateur de la maison de retraite, considère que le bracelet est « surtout une aide pour éviter que les gens ne se mettent en danger », et apprécie la possibilité d'intervenir immédiatement en cas de chute. Et qu'en pensent les résidants ? Ils « ne sont pas du tout réticents, mais ne comprennent pas tous », reconnaît Annick Lapierre, directrice du centre communal d'action sociale (CCAS), à l'origine du projet. Le bracelet a permis d'éviter les fugues de personnes désorientées, source de stress permanent pour les équipes. Le coût d'installation du dispositif est de quarante mille euros. Un second établissement lillois sera prochainement équipé.

www.letelegramme.com, 21 mai 2009.

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