Les laboratoires pharmaceutiques dans une impasse ?

Pour le magazine The Economist, les décideurs politiques aimeraient se cacher pour ne pas voir la maladie d’Alzheimer, pour laquelle il n’y a pas d’issue (no end to dementia). Les incitations financières sont là, mais la science a jusqu’à présent été incapable d’apporter une solution. Les essais cliniques du Dimebon ont été abandonnés en mars 2010 après un investissement infructueux de sept cent vingt-cinq millions de dollars (585.4 millions d’euros). L’initiative de plusieurs laboratoires pharmaceutiques de mettre à disposition des chercheurs les données de quatre mille participants à des essais ayant échoué apparaît moins comme un acte de désintéressement que de désespérance (desperation), selon The Economist. « Cette confession des laboratoires pharmaceutiques suggère que c’est la recherche, davantage que le développement, qui a besoin d’être mise en avant en ce moment. Un mauvais moment, donc, pour couper dans les dépenses de santé, le budget de la recherche sur la maladie d’Alzheimer des Instituts nationaux de la santé américains passant de six cent quarante-trois millions d’euros en 2006 à quatre cent quatre vingts millions en 2011 (de 519.2 à 387.6 millions d’euros). « Comme toujours, vous aurez ce pour quoi vous payez. Et cela signifie, demain, une foule innombrable de personnes âgées égarées que l’on prend pour des imbéciles (witless wandering elderly) », écrit The Economist.

www.economist.com17 juin 2010.

Mémantine : nouvelle formulation

Faute de nouveaux médicaments, les industriels développent de nouvelles présentations des médicaments existants. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé la commercialisation du Namenda 28 mg XR (mémantine) pour le traitement de la maladie d’Alzheimer modérée à sévère. Il s’agit d’une forme à libération prolongée d’une seule prise par jour, la forme à deux prises par jour étant commercialisée depuis 2003.

Alzheimer’s Foundation of America, e-Newsletter, juin 2010.

Polymédication

Le service de soins infirmiers de l’Université d’Anvers (Belgique) publie une revue de la consommation de médicaments auprès de deux mille cinq cents résidents choisis aléatoirement dans soixante-seize structures, elles mêmes sélectionnées au hasard. L’âge moyen est de quatre-vingt-cinq ans. 77% des résidents sont des femmes. Les maladies les plus fréquentes sont l’hypertension artérielle (54%), l’insuffisance cardiaque (32%) et l’ulcère peptique. 50% des résidents présentent des problèmes nécessitant des soins, les plus fréquents étant le risque de chute (45%), l’insomnie (44%), la constipation (42%), l’incontinence (36%) et la douleur chronique (35%). Un résident sur deux (48%) présente un diagnostic de démence, porté par le médecin généraliste, 36% un diagnostic de dépression, 16% un double diagnostic de démence et de dépression. 14% des résidents ont un diagnostic fatal, et 9% reçoivent des soins palliatifs. Chaque personne reçoit en moyenne 8.4 médicaments (dont 7.1 pour traitement chronique), les plus fréquents étant les benzodiazépines (61%), les antidépresseurs (50%) et les laxatifs (50%). Le coût moyen de traitement pharmacologique est de cent quarante euros par mois, dont cinquante-trois euros non remboursés. Un pic de consommation médicamenteuse est constaté autour de l’âge de soixante-dix ans, diminuant ensuite. Cette diminution des prescriptions est marquée chez les personnes atteintes de démence, notamment pour les antalgiques.

Cette approche pharmacologique est dénoncée par le blog du Mythe Alzheimer : « on voit là les dérives d’une approche essentiellement médicale de l’hébergement et du soin à long-terme chez la personne âgée et la nécessité d’un changement de culture. De façon générale, il s’agirait de passer d’une philosophie et d’une pratique qui se focalisent sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales à une approche dirigée vers le résident, la promotion de sa santé (psychologique et physique) et de sa qualité de vie, en donnant toute leur place aux interventions non pharmacologiques, taillées sur mesure en fonction des caractéristiques de chaque personne, et en installant un système de contrôle rigoureux de la qualité et de la pertinence des prescriptions médicamenteuses ».

Pharmacoepidemiol Drug Saf. Elseviers MM et al. Drug utilization in Belgian nursing homes: impact of residents' and institutional characteristics. 17 juin 2010. mythe-alzheimer.over-blog.com, 4 juillet 2010.

Electrochoc

Des psychiatres et neurologues du centre hospitalier Henri-Laborit de Poitiers, du département de psychiatrie des hôpitaux universitaires de Genève, du centre hospitalier de Girac à Angoulême et du laboratoire Mouvement, adaptation, cognition (CNRS UMR 5227) à l’Université Bordeaux-2, publient une revue de la littérature sur la pratique de l’électroconvulsivothérapie (ECT) chez les personnes âgées démentes. Selon les auteurs, « l’ECT est un traitement sûr et efficace chez le sujet âgé dément avec épisode dépressif majeur et/ou trouble du comportement. Elle s’avère plus efficace et sûre que la pharmacothérapie. Les effets indésirables somatiques ne sont pas plus nombreux que chez les sujets adultes jeunes et les troubles cognitifs ne sont pas aggravés ». Toutefois, il n’existe aucune étude contrôlée et randomisée dans cette population pour étayer cette affirmation.

NPG Neurologie psychiatrie gériatrie. Quentin S et al. Intérêt de l’électroconvulsivothérapie (ECT) chez les sujets âgés souffrant d’une pathologie démentielle : une revue de la littérature. 16 juin 2010.

Stimulation cérébrale magnétique transcrânienne

Maria Cotelli et ses collègues, de l’IRCCS (Istituto di ricovero e cura a carattere scientifico) San Giovanni di Dio Fatebenefratelli à Brescia (Italie), a mené une étude randomisée préliminaire auprès de dix personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, réparties en deux groupes : l’un soumis à un protocole de stimulation magnétique transcrânienne pendant quatre semaines, l’autre recevant un placebo pendant deux semaines, puis une stimulation magnétique transcrânienne pendant deux semaines. Les séances de stimulation, quotidiennes, d’une durée de vingt-cinq minutes, cinq jours sur sept, consistaient en l’application de pulsations magnétiques rythmiques de haute fréquence (100 Hz) sur le cortex préfrontal dorsolatéral gauche. Les chercheurs observent une différence modeste mais significative entre les deux groupes, au cours du temps, en terme de pourcentage de réponses correctes de la compréhension auditive d’une phrase (de 66% à 77%). Par rapport à l’état initial ou au traitement par le placebo, seul le groupe traité pendant quatre semaines présente une amélioration. Un effet durable à deux semaines est observé dans les deux groupes. Pour Maria Cotellin, ces résultats très préliminaires font avancer la connaissance des mécanismes de la plasticité cérébrale, et pour concevoir de nouvelles méthodes de réhabilitation. Cette méthode ne modifie ni les autres capacités du langage ou de la cognition, ni la mémoire.

J Neurol Neurosurg Psychiatr. Cotelli M et al. Improved language performance in Alzheimer disease following brain stimulation. 23 juin 2010.

Healthday, 24 juin 2010. 

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