Troubles du langage dans la démence sémantique : approches non pharmacologiques

Karine Gravel-Laflamme, étudiante orthophoniste du département de réadaptation à l’Université Laval, et ses collègues du centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, proposent une revue de la littérature sur les traitements comportementaux de la démence sémantique, une maladie neurodégénérative caractérisée par la présence de troubles sémantiques, d’anomie (incapacité à dénommer les objets) et de difficultés de compréhension des mots. Les approches thérapeutiques décrites sont cognitives, participatives et « compensatoires/augmentatives ». La plupart des études montrent l’efficacité des interventions thérapeutiques, mais le maintien des acquis et la généralisation de ces interventions à des troubles du langage non traités restent cependant souvent très limités. Pour les auteurs, d’autres études sont nécessaires pour établir l’efficacité de méthodes thérapeutiques adaptées aux troubles du langage et de la communication dans la démence sémantique, notamment avec des approches plus écologiques, centrées sur les besoins spécifiques des personnes malades.

Gravel-Laflamme K et al. Les approches thérapeutiques non pharmacologiques des troubles du langage dans la démence sémantique. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(4) : 427-436. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250023.

Réadaptation cognitive : analyse coût-utilité

La réadaptation cognitive dans la maladie d’Alzheimer vise à réapprendre au patient à réaliser une activité valorisante en contournant les déficits et en exploitant les capacités préservées. L’intervention de réadaptation cognitive est centrée sur les actes de la vie quotidienne dans le but de comprendre les mécanismes perturbés et ainsi de fixer des objectifs de travail visant à optimiser leur réalisation en vue d’améliorer rapidement – en raison du caractère évolutif de la maladie – la qualité de vie du patient et de son entourage. Le prix mensuel d’un programme pilote de réadaptation soutenu par le CHU de Liège s’élève à 74.37 euros pour le patient. Aucune évaluation économique n’a encore permis de montrer l’efficience de cette approche, c’est-à dire la prise en compte simultanée du coût et de l’efficacité de l’intervention en référence à un traitement médicamenteux. Éric Salmon et ses collègues, du centre de la mémoire au CHU de Liège (Belgique), ont suivi dix-sept patients atteints de démence débutante, huit étant traités uniquement par médicament et neuf bénéficiant en plus d’une réadaptation cognitive. Une visite trimestrielle auprès de l’aidant informel, à trois, six, neuf et douze mois, a permis de recueillir les coûts directs relatifs à la maladie (coûts de résidence, aides et soins à domicile,  matériel médical, médicaments, consultations médicales, interventions de revalidation cognitive, accueil de jour, examens médico-techniques, hospitalisation, hébergement temporaire, transport) et de faire passer un questionnaire évaluant les valeurs d’utilité associées à la prise en charge. Pour la mesure de l’utilité associée au traitement, l’aidant informel est amené à chaque visite à répondre au questionnaire EQ-5D. Cet instrument permet une description de l’état de santé du patient que l’on peut traduire en utilité, valeur comprise entre 0 et 1 correspondant à la désirabilité de l’état de santé (mort : utilité=0 ; parfait état de santé : utilité=1). L’instrument descriptif est basé sur cinq dimensions (mobilité, autonomie, activités courantes, douleurs/gênes, anxiété/dépression) comportant trois niveaux (aucun problème, problème modéré, incapacité/problème extrême). Dans cet échantillon, l’utilité (mesure synthétique par l’aidant de l’état de santé de la personne malade) se situe en moyenne à 0,7171. Les résultats de l’analyse coût-utilité à trois et à six mois suggèrent que la réadaptation cognitive est efficiente pour le patient et source d’économie pour l’assurance maladie (coût moindre pour une efficacité supérieure) par rapport à une prise en charge médicamenteuse. L’analyse à neuf et douze mois n’a pas été possible en raison de la taille réduite des échantillons de patients. Pour les auteurs, même s’il existe de nombreuses limites à l’étude, ces premiers résultats suggèrent un intérêt économique de la réadaptation cognitive qui devra être confirmé sur des populations plus importantes.

Fischer M et al. Validation de principe d’une analyse coût-utilité pour une prise en charge par réadaptation cognitive dans le syndrome démentiel débutant. Rev Neuropsychol 2012 ; 4 (3) : 151-162.

Soutien aux aidants de personnes atteintes de démence : quels critères d’efficacité en économie de la santé ?

Une analyse systématique de la littérature, menée par Carys Jones et ses collègues du centre d’économie de la santé de l’Université de Bangor (Pays-de-Galles), identifie, à partir de trois cent soixante-et-une études, deux cent vingt-huit critères différents pour mesurer l’efficacité des interventions de soutien aux aidants, en terme de fardeau (quarante-quatre critères), de maîtrise de la situation (quarante-trois critères), d’humeur (soixante-et-un critères), de qualité de vie (trente-deux critères), de soutien et relations sociales (vingt-sept critères), de compétence et moral des professionnels (vingt-et-un critères). Le choix d’un instrument de mesure a des conséquences sur la décision économique : si l’instrument n’est pas assez sensible pour détecter des différences, les effets d’une intervention risquent d’être sous-estimés, et cette intervention risque de ne pas être financée. Les auteurs recommandent de recueillir de préférence des mesures d’utilité avec l’échelle EQ-5D, pour calculer des années de vie ajustées à la qualité de vie, afin de comparer différentes interventions entre elles.

Jones C et al. Health economics research into supporting carers of people with dementia: A systematic review of outcome measures. Health Qual Life Outcomes, 26 novembre 2012.  www.hqlo.com/content/pdf/1477-7525-10-142.pdf (texte intégral).

Nouvelles technologies et dépendance

Pour Pascal Couturier, professeur de médecine gériatrique et ses collègues du laboratoire TIM-IMAG (UMR 5525) à l’Université Joseph-Fourier de Grenoble, « l’utilisation des nouvelles technologies chez le sujet âgé en situation de dépendance constitue désormais un axe pertinent de la prise en charge en complément de l’aide humaine. L’analyse des besoins des personnes âgées doit s’accompagner d’une évaluation de la propension individuelle à l’utilisation de ces nouvelles aides techniques pour compenser les différentes situations d’incapacité ». Les auteurs définissent cinq groupes de bénéficiaires en matière de nouvelles technologies. Le premier comprend des personnes âgées en bon état de santé, autonomes mais dont la dépendance pourrait survenir en situation d’isolement. Le second groupe comprend des personnes âgées à domicile mais sans troubles cognitifs. Le troisième groupe comprend des personnes fragiles pouvant présenter des troubles physiques ou cognitifs, mais restant capables de vivre à domicile ; l’objectif est d’identifier leur niveau de dépendance et d’assurer un suivi pour être en mesure de déclencher une alerte en cas de problème. La prévention de l’accidentologie et notamment des chutes est un axe fort pour cette population considérée à haut risque. Le quatrième groupe comprend des personnes ayant des troubles cognitifs mais sans handicap physique vivant encore à domicile ; elles peuvent bénéficier de la télé-assistance passive, de la géolocalisation pour éviter les risques liés à l’errance, de systèmes d’alarme dans leur habitat (fumée, feu, eau, intrusion) ; avec un environnement doté d’intelligence artificielle locale, on peut évaluer les capacités à vivre seul et planifier l’aide dans la vie quotidienne. Enfin, le cinquième groupe comprend les personnes ayant un double handicap physique et cognitif. Cette population doit bénéficier d’une surveillance constante. « Il s’agit de proposer un habitat intelligent relié aux services de la communauté où la personne réside et contrôlé à distance par les aidants naturels ou des professionnels ». L’objectif est d’aider les patients et leur famille à éviter l’entrée en institution en assurant une vigilance médicalisée.

Les Cahiers de la FNADEPA, décembre 2012.

Accueils de jour thérapeutiques

Laurence Hugonot-Diener et Marie-Laure Martin, médecins gériatres référents des accueils de jour Isatis rappellent que les accueils de jour thérapeutiques Alzheimer sont des structures médicosociales de proximité, offrant la possibilité d’accueillir à la journée une à plusieurs fois par semaine des patients atteints d’une pathologie neurodégénérative de type maladie d’Alzheimer et vivant chez eux. Ces accueils de jour thérapeutiques diffèrent des accueils de jour occupationnels, car ils utilisent des thérapies non médicamenteuses à travers différents ateliers réalisés par une équipe multidisciplinaire. Ils ont comme objectif de stimuler les personnes accueillies dans le respect de leurs goûts et de leurs attentes pour maintenir leur autonomie, stimuler les fonctions cognitives et maintenir le meilleur état de santé possible. Un des objectifs est aussi de soulager les aidants familiaux et de retarder l’entrée des personnes malades en institution.

Hugonot-Diener L et Martin M. Qu’est-ce qu’un accueil de jour thérapeutique Alzheimer ? Neurologie Psychiatrie Gériatrie 2012 ; 12 : 253-256. Décembre 2012.

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