Se faire aider pour se laver

Un essai contrôlé et randomisé, mené auprès de cinq cents résidents de maisons de retraite par Théo van Achterberg, professeur en qualité des soins à l’Université catholique de Louvain (Belgique), montre que l’introduction de la toilette sans eau (utilisant des lingettes jetables) permet d’obtenir 2.5 fois plus de toilettes complètes chez les personnes atteintes de démence, mais il existe une grande inéquité d’accès à cette intervention.

van Achterberg T et al. Completeness of assisted bathing in nursing homes related to dementia and bathing method: results from a secondary analysis of cluster-randomised trial data. Int J Older People Nursing, 10 décembre 2015.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/opn.12104/abstract.

Architecture d’intérieur et relations intergénérationnelles

« Un espace semi-fermé peut provoquer un comportement pro-social ou anti-social chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées, dans leurs interactions avec de jeunes enfants. Cette divergence apparente est associée à un conflit entre deux perceptions : un sens de l’ouverture et un manque de contrôle créé par une frontière visuelle molle », écrivent Minyoung Cerruti, du département d’architecture et design de l’Université de l’Idaho, et Mardelle Shepley, du département de design et analyse environnementale de l’Université Cornell à Ithaca (New York, Etats-Unis). Pour les architectes, « des espaces modérément ouverts, sans distraction acoustique ou visuelle, sont les plus adaptés pour promouvoir les comportements pro-sociaux. Des éléments supplémentaires sont un espace personnel adéquat, la perception de l’ouverture, ainsi que la possibilité d’avoir des espaces où on peut se réfugier en cas de besoin. » 

Cerruti MS et Shepley MM. The Effects of Spatial Enclosure on Social Interaction Between Older Adults With Dementia and Young Children. HERD (Health Envir Res Design), 14 janvier 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26769251.

Vivaces

« Parce que la musique contribue au développement de l’être humain, de la prime enfance jusqu’aux stades les plus avancés de la vieillesse… Parce qu’elle aide des personnes âgées à sortir de la neurasthénie et de l’apathie, lorsque les animations musicales ont été pensées de façon appropriée… Parce que des patients atteints de dégénérescence cérébrale ou de troubles cognitifs et psychologiques sévères répondent à l’écoute attentive, voire la pratique simplifiée de la musique, de façon surprenante, ce qui conduit à réduire les effets des troubles dans un cas, les faire disparaître dans l’autre, et le plus souvent à retrouver une relation plus harmonieuse à l’environnement immédiat », ABB Reportages a réalisé un travail documentaire sur le projet européen EBRAMUS « Musique et cerveau », en partant d’expériences françaises menées par des laboratoires du CNRS et de l’INSERM. « Les vivaces, groupes de patients, accompagnés par des musiciens, des danseurs sont suivis par des médecins, leurs comportements sont analysés par des scientifiques. On note que la mémoire des chansons anciennes est intacte, qu’elle appelle les mots et les pas. L’ensemble déclenche des mouvements perceptibles ou imperceptibles, les ateliers de gymnastique retrouvent un dynamisme. On tente la danse, la valse, le tango. Les patients veulent poursuivre les ateliers. On est dans la construction d’une mémoire d’avenir. Une nouvelle méthode de soin est en marche. » Qu’en disent les personnes malades ? Pour Rosette, « ici, il n’y a que du bien, que du bon. » La danse est en elle depuis toujours. Adolescente et adulte, elle a gagné des concours. La musique lui redonne les gestes et les pas d’hier. L’atelier lui permet de se projeter dans les pas du lendemain. Pour Georgette, « cet atelier, c’est un cadeau. »  Elle en retient l’ambiance, l’idée de partage, mais dans son corps, elle retrouve les rythmes d’un jour sur l’autre, et même d’une année à l’autre. Paule retient la musique. Arrivée dans un enfermement total, elle s’ouvre aux musiques de sa vie. Elle chante en yiddish, en hébreu, et même en italien. Elle sourit, revit… Ida était interprète dans une organisation internationale. Elle avait deux passions, l’anglais et la danse. Grâce à l’atelier, elle retrouve rapidement tous les enchaînements. D’élève attentive, elle devient assistante, remplace le professeur auprès des autres patients. Aux accents de Smile (Sourire), de Barbra Streisand, elle retrouve en anglais les mots de la chanson. Suzanne, originaire du Maroc, se souvient des chants arabes et berbères. Elle trouve sa place dans le groupe pour en raconter l’histoire et faire partager ces chants retrouvés. Quant à Willy, il arrive dans un fauteuil roulant. Il ne se déplace pas sans son déambulateur. Les sons de Cuba, où il a vécu, l’incitent à fredonner, chanter, se lever et même danser. Il repart à côté du fauteuil roulant. « J’ai joué au danseur mondain », déclare-t-il.

Bramard Blagny A. Les Vivaces d’Alzheimer. Huit entretiens avec des personnes pour mieux comprendre l’influence de la musique sur le cerveau. ABB Reportages. www.abbreportages.fr/content/view/89/77/lang,french/, décembre 2015.

Le plaisir des plats traditionnels

Ingrid Hanssen et Britt Moene Kuven, des Universités des Diaconesses de Bergen et Oslo (Norvège), observent que chez des personnes atteintes de démence, qu’elles soient originaires d’Afrique du Sud, de Norvège ou de Laponie (ethnie sami), « les plats traditionnels créent un sentiment d’appartenance et de joie. La familiarité des goûts et des odeurs réveillent des souvenirs agréables et stimulent des sentiments de bien-être, d’identité. Certaines personnes aphasiques se remettent à parler. » L’appétit et le goût de vivre reviennent. Les personnes malades se sentent respectées et ont l’impression que l’on fait attention à elles. Mais la réalisation de ces plats traditionnels demande des efforts et des ressources supplémentaires, la connaissance des traditions, de la créativité et la connaissance des goûts individuels.

Hanssen I et Kuven BM. Moments of joy and delight: the meaning of traditional food in dementia care. J Clin Nurs, 11 janvier 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26752100.

Le plaisir du jeu

Si historiquement jeux et jouets sont rattachés à l’enfance et aux loisirs, aujourd’hui, ils se conçoivent aussi comme des objets intervenant dans le mieux-être des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Des recherches ont été menées conjointement par le Centre national de formation aux métiers du jeu et du jouet (FM2J) installé à Caluire, le centre de recherche clinique Cerveau - Fragilité de l’hôpital gériatrique des Charpennes à Villeurbanne (Hospices civils de Lyon) et l’Institut du Bien vieillir Korian, sur « le jeu comme approche thérapeutique non médicamenteuse pour la maladie d’Alzheimer », auprès de cinquante-quatre résidents d’EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Quels résultats ? le bien-être du résident évolue positivement suite à une séance de jeu ; le cadre ludique permet de diminuer, durant la séance de jeu, les troubles du comportement des résidents de façon plus significative qu’une séance de jeu traditionnelle, et d’augmenter les interactions sociales. Ces recherches (étude LUDIM), primées en 2015 par la Fondation Médéric Alzheimer et le Réseau francophone des villes amies des Aînés, font l’objet d’une thèse de doctorat en cours à l’Université Lyon-3, menée par Cédric Gueyraud, gérant et directeur du centre FM2J. Dans le domaine de la maladie d’Alzheimer, constate-t-il, « on a le plus souvent tendance à utiliser des jeux mal adaptés. Par crainte d’infantiliser les malades, il leur est proposé des jeux trop complexes, comme le Scrabble par exemple, qui risquent de les angoisser dès l’instant où ils ont du mal à respecter les règles. L’objectif est, au contraire, que chaque malade puisse tirer de cette activité ludique un plaisir qui devient en soi une véritable thérapie : il leur redonne confiance et une certaine autonomie s’ils peuvent choisir et utiliser leur jeu au sein d’un ensemble bien adapté. Le projet qui se joue, au sein d’une maison de retraite par exemple, doit être porté par tous, administratifs, corps infirmier et animateurs. Alors le jeu n’est plus secondaire ; il prend vraiment sa place dans la vie de l’établissement et dans le mieux-être de la personne malade. »

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