Réhabilitation psychosociale : quel contenu ?

Le neuropsychologue Christophe Reintjens, responsable adjoint des activités de formation à la Fondation Médéric Alzheimer, et l’ergothérapeute Olivier Marousé, de Filieris (régime minier de sécurité sociale), expliquent les trois composantes d’une réhabilitation psychosociale : 1/ une réhabilitation motivationnelle (du latin motivus, de movere, mettre en mouvement), qui concerne « tous mouvements et actions dont l’accomplissement était inachevé bien que désiré » ; peuvent intervenir dans ces actions motivationnelles l’envie, l’intérêt, l’habitude, l’habileté, le respect des valeurs ou la recherche de la performance ; 2/une réhabilitation émotionnelle : « le plaisir et les émotions seront ici au cœur de la pratique ; l’accent va être mis sur l’ambiance, la convivialité, l’échange et plus généralement tout ce qui peut apporter du plaisir et des émotions positives » ; ces émotions inciteront à la réitération de l’activité productrice et, par voie de conséquence, au maintien  et à l’optimisation des aptitudes et des capacités ; 3/ une réhabilitation événementielle : « la création ou le support d’une manifestation permettra, outre un temps de détente, de (re)donner du sens à la vie de la personne malade tout en développant des appartenances sociales » ; en lien avec les domaines d’expertise, la réalisation d’un événement spécifique (exposition de photos, peinture, réalisation d’un repas, d’une réunion thématique…) par la personne et à destination d’autrui, contribuera à la réappropriation du pouvoir d’agir et d’interagir en société. »

Reintjens C et Marousé O.Pour une formation adaptée aux équipes spécialisées Alzheimer. Doc’Alzheimer, octobre-décembre 2016.

Perte auditive : une intervention pour les personnes atteintes de démence

Constatant les difficultés d’accès des personnes atteintes de démence aux services d’audiologie, l’équipe de Frank Lin, du département d’oto-rhino-laryngologie à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore (Etats-Unis), a imaginé un modèle de services différent (programme Memory-HEARS). Il s’agit d’une intervention de deux heures, en face-à-face avec la personne malade, dans le cadre des consultations externes de l’hôpital. Un professionnel formé fait passer un test d’audition, propose des stratégies de communication, fournit un appareillage simple d’amplification et explique son fonctionnement. Une étude pilote a été menée auprès de vingt personnes malades. Un mois après l’intervention, les personnes malades portent leurs prothèses auditives tous les jours. Chez les personnes malades ayant un niveau élevé de dépression ou des troubles neuropsychiatriques à l’inclusion, une amélioration est mesurable un mois après l’intervention. Les aidants constatent une meilleure participation des personnes malades: elles rient davantage, racontent plus d’histoires, posent plus de questions et sont plus patientes.

Mamo S et al. Hearing Care Intervention for Persons with Dementia: A Pilot Study. Am J Geriatr Psychiatry, 22 septembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27890543.

Stimulation cognitive chez des personnes confuses et atteintes de démence en soins de suite

La confusion (delirium) est un facteur majeur d’aggravation du déclin cognitif. Ann Kolanowski, de l’Ecole infirmière de l’Université de l’État de Pennsylvanie (Etats-Unis), et ses collègues, ont testé l’effet de la stimulation cognitive auprès de trois cents personnes vivant à domicile, hospitalisées en soins de suite (post-acute care), atteintes à la fois de confusion et de démence. Ces activités n’ont pas d’effet sur la confusion, mais améliorent la fonction exécutive des personnes malades et réduisent de dix-sept jours la durée de séjour (36.1 jours dans le groupe d’intervention contre 53.1 jours dans le groupe témoin).

Kolanowski A et al. Effect of Cognitively Stimulating Activities on Symptom Management of Delirium Superimposed on Dementia: A Randomized Controlled Trial. J Am Geriatr Soc, 12 novembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27861718.

S’adapter à son environnement : la récupération espacée

« La récupération espacée est une technique de prise en charge individualisée basée sur la répétition et le rappel d’une information à des délais progressivement de plus en plus longs », écrit Stéfane Hédont-Hartmann, responsable des thérapies et approches non médicamenteuses du groupe Korian. « Généralement, les personnes présentant des troubles de mémoire sont capables de se rappeler une information dans des délais très courts. En augmentant ceux-ci progressivement, il est possible d’améliorer la mémorisation, grâce à l’implication de systèmes de mémoire qui restent préservés. Cette méthode est largement utilisée dans les pays anglo-saxons. » Dans quels cas l’utiliser ? « Dans les situations où la personne pose la même question de façon répétée, son entourage se lasse et au mieux ne répond plus, au pire s’énerve. Cela s’applique aussi aux personnes déambulantes qui recherchent un objet sans savoir où le retrouver. En effet, cette méthode consiste à lui faire mémoriser une habitude : aller regarder dans sa poche, sur un carnet, dans son agenda… afin d’y retrouver la réponse à la question qu’il pose en permanence. L’objectif final de la récupération espacée est de permettre à la personne de retrouver une information après un délai long, jusqu’à son maintien en mémoire à long terme, ce qui était considéré autrefois comme impossible pour des personnes atteintes de démence, trop longtemps qualifiées comme incapables d’apprendre ou de réapprendre. »

Hédont-Hartmann S. Troubles de la mémoire et adaptation à son environnement. Doc’Alzheimer, octobre-décembre 2016.

Activité physique en établissement : quels effets ? (1)

Le vieillissement est intrinsèquement associé à un déclin progressif de la force et de la masse musculaires, et de la capacité aérobie. Walid Boauziz et ses collègues, des départements de gériatrie des hôpitaux universitaires de Strasbourg et de Lausanne (Suisse), proposent une revue systématique de cinquante-trois études, portant sur deux mille personnes âgées de soixante-dix ans et plus : l’exercice physique améliore significativement la santé cardiovasculaire, la capacité fonctionnelle, métabolique, cognitive et la qualité de vie. Le programme optimal reste à définir.

En Allemagne, Tim Fleiner et ses collègues, de l’Institut de gérontologie du mouvement et du sport à l’Université du Sport de Cologne, publie une revue systématique de l’effet de l’exercice physique à court terme sur les symptômes psycho-comportementaux de la démence. Seuls cinq études de bonne qualité méthodologique ont été publiées sur le sujet, portant au total sur deux cents personnes. Toutes les études s’appuient sur trois séances de trente à quarante-cinq minutes par semaine, pendant trois à douze semaines. Trois essais sur cinq montrent une réduction significative des troubles psycho-comportementaux après l’intervention.

Bouaziz W et al. Health benefits of aerobic training programs in adults aged 70 and over: a systematic review. Arch Gerontol Geriatr 2016; 69:110-127. 31 octobre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27912156. Fleiner T et al. Effects of Short-Term Exercise Interventions on Behavioral and Psychological Symptoms in Patients with Dementia: A Systematic Review.J Alzheimers Dis, 28 novembre 2016.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27911304.

Retour haut de page