Sciences humaines et sociales : l’importance de l’interdisciplinarité

La première Journée du réseau de recherche Social and human sciences for dementia (sciences humaines et sociales sur la démence), organisée par la Fondation Médéric Alzheimer, s’est tenue le 17 septembre 2015 à Paris. Bruno Anglès d’Auriac, président de la Fondation Médéric Alzheimer, a déclaré : « nous devons développer une approche sociétale de la maladie d’Alzheimer, outre l’approche biomédicale ». Pour Michèle Frémontier, directrice de la Fondation, « il est important de resituer l’approche des démences dans la perspective des droits de l’homme, des discriminations, de la dignité. Et notre cause demande plus qu’un changement de regard, mais bien une mobilisation ». Les ateliers de la matinée ont été l’occasion pour les participants de proposer des thématiques de recherche communes, et de faire émerger des questionnements dans toutes les disciplines. Federico Palermiti, directeur de l’Association monégasque pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer (AMPA), restituant l’atelier « de la prise en charge de la dépendance à la prise en compte des citoyens en situation de handicap cognitif », a souligné que deux thématiques ont fait consensus : l’anticipation et la maltraitance. « La valeur ajoutée de ce réseau serait de nous éclairer sur la façon dont la société peut être maltraitante envers les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer » a-t-il indiqué. Parmi les certitudes, il a cité l’importance de mettre la voix des personnes malades au premier plan, et de donner leur place aux sciences humaines et sociales (en privilégiant le croisement des approches de terrain et des approches théoriques). Selon Stéphane Adam, professeur en psychologie à l’université de Liège (Belgique), rapporteur de l’atelier « comprendre les difficultés et les potentialités des personnes malades pour mieux y répondre », « on sait établir les déficiences mais on se focalise trop sur elles et on ne sait pas, à l’inverse, identifier les potentialités ». « Sans tomber dans l’angélisme, il est important de savoir reconnaître ces potentialités, ce qui ne passe pas forcément par de sempiternels tests psychométriques, mais par l’observation et l’écoute. » Roméo Fontaine, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Bourgogne et rapporteur de l’atelier « resituer la personne dans son environnement social et familial », estime qu’il existe un manque de connaissance sur le processus des décisions prises par les personnes et leurs aidants. « Cela pourrait nous permettre de mieux comprendre le non-recours aux soins, pour lequel le manque d’information n’explique pas tout » a-t-il insisté. Enfin, le Dr Aline Corvol, gériatre au CHU de Rennes, rapporteur de l’atelier « avoir accès à des professionnels formés et des services adaptés tout au long de la maladie et sans rupture », estime que « les formations existantes sont sous-utilisées, et l’une des activités de ce réseau pourrait être de les faire connaître ». Par ailleurs, des problèmes récurrents se posent dans la formation des auxiliaires de vie sociale, des soignants hors du champ de la gériatrie et de nouveaux questionnements apparaissent (nouvelles technologies, nouveaux métiers…). Mais qui va payer ? Et est-on prêt à embaucher du personnel qualifié ?

www.agevillage.com, 8 octobre 2015.

Troubles du comportement : les difficultés du travail de groupe

Marine Merrien, psychologue clinicienne à l’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) Les bords de Seine à Neuilly-sur-Seine, décrit, à travers trois récits cliniques, « les difficultés à penser et à développer une réflexion groupale pour décrypter les troubles du comportement des personnes âgées atteintes d’une maladie neurodégénérative vivant en unité spécifique Alzheimer. » L’alternance d’observations du psychologue et de réflexions en réunion pluridisciplinaire permet d’utiliser les émotions suscitées par les troubles des résidents comme base commune de discussion entre les soignants et le psychologue. »

Merrien M. Quelles réponses institutionnelles aux expressions comportementales en unité Alzheimer ? Cliniques 2015 ; 2(10) : 104-121. 1er octobre 2015. www.cairn.info/revue-cliniques-2015-2-page-104.htm.

Intervention cognitivo-motrice

En Espagne, une étude randomisée menée par l’équipe de Javier Olazarán, de l’unité de recherche de la Fondation Maria Wolff et du centre Alzheimer de la Fondation Reina Sofia à Madrid, auprès de quatre-vingt-quatre personnes atteintes de maladie d’Alzheimer au stage léger à modéré, montre qu’une intervention combinée cognitive et motrice est bien acceptée et qu’elle produit des effets fonctionnels significatifs qui durent jusqu'à deux à trois ans en ce qui concerne des activités de base de la vie quotidienne (se doucher, s’habiller, faire sa toilette, manger). Pour les activités instrumentales (utiliser de l’argent, préparer un repas…), des bénéfices sont constatés jusqu’à la deuxième année suivant l’intervention. Ruben Muñiz, directeur de recherche à la Fondation Maria Wolff, remarque : « c’est comme si les circuits cérébraux câblés durant l’enfance (manger, faire sa toilette) répondaient longtemps au traitement non médicamenteux que les circuits développés pendant l’adolescence (préparer des repas ou avoir une compréhension intellectuelle d’une situation). Les données montrent une hiérarchie temporelle de la réponse.

Muñiz R et al. Cognitive-motor intervention in Alzheimer's disease: long-term results from the Maria Wolff trial. J Alzheimers Dis 2015; 45(1): 295-304. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25547632. Alzheimer’s Disease International. Global Perspective, septembre 2015. www.alz.co.uk/adi/pdf/gp201509.pdf.

Dépression sévère et idées suicidaires

Les médicaments antidépresseurs ont une efficacité limitée chez les personnes atteintes de dépression sévère et de démence, rappelle Dimitris Kiosses, professeur associé de psychologie à l’Université Weill Cornell à White Plains (New York, Etats-Unis). Il a mené un essai contrôlé et randomisé auprès de trente-neuf personnes, pour comparer deux interventions psychosociales délivrées durant douze semaines. Le programme à domicile PATH (Problem Adaptation Therapy) est plus efficace que le programme STI (Supportive Therapy for Cognitively Impaired Older Adults) pour réduire la dépression. Les deux traitements sont aussi efficaces pour réduire l’idéation suicidaire [formation et enchaînement des idées].

Technologies pour la rééducation orthophonique

Anna Pompili et ses collègues, du laboratoire des systèmes du langage parlé de l’Université technique de Lisbonne (Portugal), ont conçu un outil de suivi automatique et d’entraînement des fonctions cognitives, comprenant l’ensemble des exercices que l’on trouve dans les tests les plus courants : plus de cent quatre-vingt stimuli. L’outil, très flexible, permet la création d’exercices différents du même type (répétition, calcul, dénomination, orientation, évocation…) Un sous-ensemble de tests peut être réalisé auprès de personnes atteintes de troubles cognitifs.

Pompili A et al. Speech and language technologies for the automatic monitoring and training of cognitive functions. 6th Workshop on Speech and Language Processing for Assistive Technologies (SLPAT). Dresde, 11 septembre 2015. Workshop Proceedings, 103-109. www.slpat.org/slpat2015/papers/pompili-amorim-abad-trancoso.pdf. ISBN 978-1-9416-4379-2.

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