Recherche clinique et recherche en sciences humaines et sociales : comment construire des projets ensemble ?

« La plupart des congrès passés de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG) ont plutôt porté sur les complications des pathologies liées à la perte d’autonomie », rappelle Sandrine Andrieu, professeur de santé publique au CHU de Toulouse et directrice de l’équipe INSERM-UMR 1027 (Épidémiologie et analyses en santé publique : risques, maladies chroniques, handicaps). « Aujourd’hui, un changement de balancier est constaté. On voit émerger tout un champ de recherche et d’applications médicales autour de la prévention, notamment. Les gériatres tendent à appréhender la personne âgée aux premiers stades de fragilité ou de pré-fragilité. Il en va de même pour la maladie d’Alzheimer, avec le repérage des troubles cognitifs légers ou leur prédiction. Les questions de recherche se posent très en amont de ce qui était étudié en gériatrie jusqu’à présent », et nécessitent « un large éventail de compétences depuis la recherche fondamentale, la santé publique, la clinique jusqu’à la recherche en sciences humaines et sociales (SHS). » Une grande étude a ainsi été réalisée dans le cadre d’essais de prévention de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs en SHS ont montré à travers l’analyse des entretiens les compréhensions divergentes de la notion de prévention parmi les personnes interrogées. Aujourd’hui, on constate qu’il existe de nombreuses recherches en SHS et que l’émergence récente de la discipline gériatrique offre un terreau de recherche clinique arrivé à maturité. Il manque une coordination qui permette de combiner les regards entre recherche clinique et recherche en SHS, c’est-à-dire de co-construire des projets. C’est une difficulté, car cela requiert un changement de pratique chez les chercheurs et les médecins, pour accepter la plus-value d’autres disciplines dans l’élaboration des projets de recherche. Ce travail de co-construction en est à ses débuts en France, il prend du temps. La SFGG souhaite y apporter sa contribution notamment en facilitant la diffusion des recherches de jeunes gériatres au niveau international. On le voit, la dynamique est en œuvre et prometteuse. »

Nouveaux échecs thérapeutiques

Le laboratoire pharmaceutique américain Merck abandonne une partie des essais en cours sur le verubecestat, un traitement expérimental contre la maladie d'Alzheimer au stade modéré. Un comité externe a révélé qu'il n'y avait « pratiquement aucune chance d'obtenir un effet clinique positif », a expliqué le laboratoire. Le verubecestat réduit la présence de protéines toxiques bêta-amyloïdes dans le cerveau en bloquant l’enzyme bêta-sécrétase 1 (BACE1). Le laboratoire continue ses recherches sur des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade plus précoce. Il y a trois mois, Eli Lilly, autre laboratoire américain, avait abandonné un autre traitement expérimental (un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine bêta-amyloïde) après des essais non concluants.

Le laboratoire danois Lundbeck a annoncé l’échec de sa molécule idalopirdine dans les deux derniers essais de phase III (à grande échelle chez l’homme). Cette molécule bloque sélectivement un récepteur de la sérotonine (un neurotransmetteur endogène), qui est abondant dans l’hippocampe et d’autres régions du cerveau impliquées dans la cognition et l’apprentissage.

Médicaments non efficaces

« Dans l’état actuel des connaissances, pour la phase de démence, aucun traitement actuellement remboursé par la sécurité sociale n’a fait preuve de son efficacité sur des critères pertinents. Alors que de nombreuses références internationales ne les recommandent plus, il reste permis de les prescrire en France », rappelle le Collège de la médecine générale. « Cette incohérence est probablement due à des délais différents dans la constitution et la mise à jour des référentiels. Cependant la formulation de la Haute Autorité de santé (HAS) est prudente, puisque ces traitements sont présentés comme une option thérapeutique et pas comme une obligation. Après réévaluation des anticholinestérasiques et antiglutamate au terme de cinq ans d’utilisation, la HAS préconise le non remboursement de ces traitements. La décision ministérielle est en attente et le Collège de la médecine générale participe activement au groupe de travail missionné pour redéfinir le parcours de soins des patients et des aidants. Pour se sortir de ces impasses successives, seules des recherches entreprises de manière pluridisciplinaire peuvent permettre demain de progresser dans l’élaboration des démarches de soins. Des études sur les prévalences des phases précliniques et des troubles cognitifs légers doivent être documentées ; l’évolution vers la démence des deux phases peu symptomatiques devrait être précisée ainsi que ses facteurs de régression. De même les interventions psychosociales devraient être testées pour évaluer leur efficience en population tant aux phases peu symptomatiques qu’à la phase d’état de la maladie. Enfin contribuer à l’information des patients sur les protocoles de recherche en cours est une exigence éthique et sociale. C’est une des missions du médecin généraliste au-delà du soin, dans sa fonction d’accompagnement des patients et des familles. »

Druais PL et al. Quel rôle du médecin généraliste face à la maladie d’Alzheimer ? Journal international de médecine, 4 février 2017. www.jim.fr/e-docs/quel_role_du_medecin_generaliste_face_a_la_maladie_dalzheimer__163576/document_edito.phtml(texte intégral).

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