Donépézil au stade prodromal : quels effets ?

Une étude contrôlée et randomisée menée par le Pr Bruno Dubois, de l’Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer (IM2A) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), auprès de deux cent seize personnes au stade prodromal suspecté de la maladie d’Alzheimer [suspicion de la maladie à travers des premiers signes « avant-coureurs » d’un état pathologique], montre que l’atrophie de l’hippocampe est réduite de 45% après un an de traitement par 10 mg/jour de donépézil, par rapport aux personnes non traitées. La différence de volume de l’hippocampe est minime (-1.89% sous traitement contre -3.47% sans traitement), mais apparaît statistiquement significative. Mais les chercheurs n’observent aucun effet significatif du médicament sur la cognition. Un recueil de données à plus long terme est nécessaire pour évaluer l’association entre l’atrophie de l’hippocampe et la performance aux tests neuropsychologiques.

Dubois B et al. Donepezil decreases annual rate of hippocampal atrophy in suspected prodromal Alzheimer's disease. Alzheimers Dement, 14 janvier 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25596420. Alzheimer Europe Newsletter, janvier 2015.

Effets indésirables des médicaments.

« Dans les syndromes démentiels, les effets indésirables médicamenteux sont souvent peu spécifiques, comme des troubles du comportement, et peuvent induire des prescriptions inappropriées, source de iatrogénie », rappellent Lukshe Kanagaratnam et ses collègues, du CHU de Reims, qui ont mené une étude descriptive prospective auprès de trois cents personnes, âgées en moyenne de quatre-vingt-deux ans et hospitalisées en unité spécifique Alzheimer. Au moins un effet indésirable médicamenteux a été observé chez un patient sur quatre. 90% de ces effets indésirables ont une évolution favorable. Les effets indésirables les plus fréquents sont d’ordre neurologique (16%), psychiatrique (15%) et néphrologique (11%). Les médicaments les plus souvent suspectés, quelle que soit la gravité des effets indésirables, sont ceux du système nerveux central. Les auteurs soulignent que « l’utilisation des psychotropes reste problématique dans cette population car ils sont très régulièrement prescrits, et ces médicaments, en particulier les neuroleptiques, sont de grands pourvoyeurs d’effets indésirables. La prescription des psychotropes doit être évaluée en fonction des bénéfices et des risques, et les alternatives non médicamenteuses doivent être privilégiées quand cela est possible. La prescription de psychotrope doit s’accompagner d’une évaluation de l’efficacité et de la tolérance du médicament chez le patient au cours du traitement. »

Kanagaratnam L et al. Effets indésirables médicamenteux chez des sujets âgés hospitalisés dans une unité spécialisée dans la prise en charge des patients atteints de syndrome démentiel. Neurol Psychiatr Gériatr, novembre 2014.

www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1627483014001603.

« Un traitement d’ici 2025 »

Le gérontopôle du CHU de Toulouse, dirigé par le Pr Bruno Vellas, est chargé de coordonner pour la France les actions du consortium européen sur la prévention de la maladie d'Alzheimer. Ce programme de cinq ans (40 millions d'euros) réunit trente-cinq partenaires académiques et industriels dans un but de prévention de la maladie et d'étude de ses mécanismes biologiques. Bruno Vellas explique : cette initiative européenne est « le pendant de ce que veut faire le président américain Obama : trouver un traitement d'ici 2025. Agir quand les grosses destructions neuronales sont déjà là, c'est difficile et c'est souvent trop tard. Mais si nous agissons à un stade plus précoce, nous pourrons être plus efficaces. Nous sommes aujourd'hui capables d'identifier les plaques amyloïdes (plaques séniles) avec des biomarqueurs, en associant PET-Scan [tomographie par émission de positons] et traceurs, ou par ponction lombaire, mais nous espérons bientôt pouvoir le faire par simple prise de sang. Il faudra alors être prêt et le but de ce consortium c'est de s'organiser. Nous allons travailler au stade de la pré-démence, en constituant un registre européen, une cohorte de patients à qui nous pourrons proposer de nouvelles molécules : anticorps monoclonaux qui détruisent les plaques séniles, inhibiteurs de la bêta-secretase qui peuvent empêcher leur formation, ou peut-être associer les deux. L'idée, c'est de faire gagner du temps à la recherche et aux patients en proposant des thérapies ciblées, comme en cancérologie. »

www.ladepeche.fr, 30 janvier 2015.

Prothèses auditives : apprendre à réentendre la parole dans le bruit (1)

40 à 66% des personnes âgées de soixante-quinze ans et plus présentent une détérioration significative des seuils auditifs en audiométrie tonale, prédominante sur les fréquences aigües. L’altération encore plus marquée des capacités de discrimination de la parole a des conséquences autant cognitives (défaut de stimulation centrale, focalisation des capacités d’attention) que médicales ou sociales (isolement, dépression) rappelle Mathieu Marx, du service d’otologie-otoneurologie du CHU de Toulouse. Le risque de démence augmente de 27% par tranche de 10 décibels de perte auditive moyenne supplémentaire (Lin F et al, 2011). En France, le GRAPSanté (Groupe de recherche Alzheimer presbyacousie santé) a, dès 2007, souligné un risque multiplié par 2.5 de développer une démence en cas de surdité. « La nature de la relation entre surdité et déclin cognitif reste à préciser, certains y voyant un lien de causalité directe, d’autres identifiant l’isolement provoqué par la surdité comme élément intermédiaire majeur quand on s’intéresse à la fragilité du sujet âgé.  Il n’en demeure pas moins que la prise en charge de la surdité constitue un enjeu majeur quand on s’intéresse à la fragilité du sujet âgé. Ce statut de vulnérabilité globale est caractérisé par sa réversibilité si des moyens thérapeutiques appropriés sont mis en place, et les bénéfices cognitifs d’une réhabilitation de la surdité sont une incontestable piste à explorer pour qui souhaite inverser le processus de constitution de la dépendance », écrit Mathieu Marx. « Cette réhabilitation repose sur la mise en place d’un dépistage systématisé des sujets fragiles atteints de surdité et d’un réseau des spécialistes de la réhabilitation auditive (ORL, audioprothésistes, orthophonistes, tous acteurs dans la collaboration avec le médecin traitant) ». « Mais qui écoute ? » pour faire évoluer la prise en charge de la perte auditive des personnes âgées, s’interrogeait Frank Lin, du département d’ORL et chirurgie de la tête et du cou à l’hôpital Johns Hopkins de Baltimore (Etats-Unis) dans le Journal de l’Association médicale américaine en 2012.

Marx M. Prise en charge de la surdité chez le sujet âgé fragile. Livre blanc Repérage et maintien de l’autonomie des personnes âgées fragiles 2015. La Lettre mensuelle de l’Année gérontologique. Recherche et pratique clinique. Février 2015. Lin FR et al. Hearing Loss and Incident Dementia. Arch Neurol 2011; 68(2): 214–220. Février 2011.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3277836/(texte intégral). Vergnon L et Vétel JM. La presbyacousie, un outil : de DVD du GRAPSanté. Rev Gériatr 2014 ; 39(8) : 495-496. www.revuedegeriatrie.fr, octobre 2014. Lin FR. Hearing Loss in Older Adults. Who's Listening? J Am Med Assoc 2012; 307(11): 1147-1148. Mars 2012. http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1105096.

Prothèses auditives : apprendre à réentendre la parole dans le bruit (2)

La mise en place d’une prothèse auditive nécessite un nouvel apprentissage. L’équipe du Pr Jerker Rönnberg, de l’Institut suédois de recherche sur le handicap à l’Université de Linköping, a suivi pendant six mois vingt-sept personnes atteintes de perte auditive sensorineurale bilatérale légère à modérée, portant une prothèse auditive pour la première fois. Pour que les personnes malades apprennent à reconnaitre la parole d’un interlocuteur dans le bruit ambiant, les auteurs proposent d’utiliser d’abord la mémoire de travail [qui stocke les informations de façon temporaire] pour traiter les signaux non familiers. En effet, la forme phonologique de ces signaux [l’organisation des sons] ne peut pas être automatiquement appariée à des représentations phonologiques stockées dans la mémoire à long terme. Cet effet disparaît au cours de la familiarisation, et la mémoire de travail devient moins sollicitée au cours du temps.

Ng EH et al. Dynamic relation between working memory capacity and speech recognition in noise during the first 6 months of hearing aid use. Trends Hear, 21 novembre 2014. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4271770/(texte intégral).

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