« Des corps invisibles piégés dans un espace temporaire »

Au Royaume-Uni, l’unité d’évaluation médicale est un point de passage obligé pour les personnes atteintes de démence hospitalisées avec des comorbidités. Elles y occupent en moyenne un quart des lits.  Andy Northcott et Katie Featherstone, de l’École des sciences des soins de santé à l’Université de Cardiff, ont observé, pendant 150 jours, des personnes atteintes de démence hospitalisées dans ces unités. Chaque unité est conçue pour une durée de passage de 6 à 48 heures, avec une rotation de 60 patients toutes les 24 heures. « Ce concept est un espace temporaire : la performance de ces unités est mesurée en fonction de la rotation des lits et de la durée de séjour en heures », expliquent les chercheurs. Mais les personnes malades remettent en cause ce concept. « Pour elles, la durée de séjour ne doit pas s’exprimer en heures, mais en jours ou en semaines. Au niveau de l’organisation, des personnes hospitalisées pendant plusieurs jours en unité d’évaluation médicale sont invisibles : elles perturbent les indicateurs de performance de l’unité, tout en n’étant pas identifiées comme un groupe visible de patients ayant besoin de ressources hospitalières supplémentaires. Au niveau des personnels, les rotations constantes incitent les soignants à traiter les pathologies ayant motivé l’hospitalisation : le diagnostic sous-jacent de démence est souvent oublié, ignoré ou mal identifié, en attendant de passer à un autre patient ». Pour la personne malade, écrivent les auteurs, le passage en unité d’évaluation médicale peut être source de désorientation de confusion ou d’ennui. Cela contribue à un risque élevé de résistance et de refus de soins, ce qui peut prolonger leur durée de séjour et modifier l’orientation de sortie.

Northcott A et Featherstone K. Invisible bodies trapped in a temporary space: the experience of people with dementia admitted to medical assessment units. 27th Alzheimer’s Europe Conference. Care today, cure tomorrow. Berlin, 2-4 octobre 2017. www.alzheimer-europe.org/Conferences/Previous-conferences/2017-Berlin/Detailed-programme-and-abstracts/P17-People-with-dementia-in-hospitals.

Bill Gates accélère la recherche pharmaceutique dans de nouvelles directions

Bill Gates, fondateur de Microsoft et philanthrope, investit 100 millions de dollars US (86 millions d’euros) sur sa fortune personnelle afin d’alimenter un fonds dédié à la découverte de nouveaux médicaments pour le traitement de la maladie d’Alzheimer : 50 millions dès maintenant, et 50 millions pour soutenir de jeunes entreprises explorant de nouvelles pistes de recherche en vue d’un traitement. Bill Gates pense qu’il est possible de modifier le cours de la maladie si nous faisons des progrès dans cinq domaines : mieux comprendre comment la maladie d’Alzheimer se développe ; détecter et diagnostiquer la maladie d’Alzheimer plus tôt ; diversifier les cibles thérapeutiques en dehors des pistes amyloïdes et tau ; recruter davantage de personnes dans les essais cliniques ; mieux utiliser les données. Le fonds de capital-risque Dementia Discovery Fund, d’une durée de vie de 15 ans, aidera ces start-up à diversifier le portefeuille de médicaments en développement, identifier et qualifier de nouvelles cibles thérapeutiques. Les sociétés en portefeuille sont Alector (immuno-neurologie), Cerevance (biologie cellulaire du tissu cérébral), DDFChemCo (criblage moléculaire à haut débit), Gen2 (neurones dérivés de cellules-souches en culture), Mitoconix Bio (biologie de la mitochondrie – la centrale énergétique de la cellule), Ribometrix (ciblage des ARN messagers – qui portent le code génétique pour la synthèse des protéines), Tiaki Therapeutics (biologie de la microglie – les cellules qui soutiennent les neurones). Les investisseurs sont Alzheimer’s Research UK (une association britannique, qui a contribué pour 14.8 millions de livres – 16.4 millions d’euros – à 15 centres de recherche biomédicale britannique en 2016), les laboratoires Astex Pharmaceuticals, Biogen, GlaxoSmithKline, Johnson & Johnson, Lilly, Pfizer, Takeda, le fonds d’investissement Woodford Funds, le département de la Santé britannique.

Intelligence artificielle, données de masse et maladie d’Alzheimer

Pour Nathalie Silbert, des Echos, l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le paysage de l’imagerie médicale annonce une rupture technologique majeure. Fabricants d’équipements, start-up et géants des technologies tels que Google, Microsoft et IBM s’intéressent de près au sujet. Du fait de sa complexité, la démence, tant au stade du diagnostic qu’à celui de l’aide et des soins, est un modèle pour l’intelligence artificielle. Le groupe de recherche collaborative international ADNI (Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative) développe des modèles de données pour analyser les mécanismes métaboliques pouvant être à l’origine de la maladie d’Alzheimer (St-John-Williams L et al). D’autres chercheurs du même groupe (Amoroso N et al) proposent un score diagnostique fondé sur l’analyse de la position dans l’espace des réseaux neuronaux dans le cerveau. Un ordinateur pourra-t-il un jour faire le diagnostic en analysant des données de masse ? « Alzheimer : l’intelligence artificielle doit-elle nous dire la vérité ? » titre l’urologue et économiste Laurent Alexandre, sur le blog de la communauté de L’Express, espace d’expression animé par la rédaction du magazine.Dans un entretien à PressReader, le « tribun du futur », qui annonce que l’espérance de vie humaine aura une croissance très rapide au XXIe siècle grâce aux technologies, déclare toutefois humblement : « Je mourrai vers 80 ans, probablement de la maladie d’Alzheimer ». Selon lui, « dépister précocement la maladie d’Alzheimer serait formidable, s’il existait un traitement préventif ou curatif. » Tze-Yun Long, de l’École des systèmes d’information à l’Université du management de Singapour, envisage quant à lui un référentiel intégré pour le développement et le déploiement d’une intelligence artificielle « sensible à l’humain », pour une collaboration homme-machine en environnement incertain et changeant. Il appelle la communauté des chercheurs en intelligence artificielle à s’intéresser à la construction de systèmes d’assistance tout au long du continuum d’aide et de soins aux personnes atteintes de troubles cognitifs, « un domaine difficile et important. »

www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030810579263-lintelligence-artificielle-aux-portes-de-limagerie-medicale-2129217.php, 10 novembre 2017. St John-Williams L et al. Targeted metabolomics and medication classification data from participants in the ADNI1 cohort. Sci Data 2017; 4: 170140.Octobre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29039849. Amoroso N et al. Comput Math Methods Med 2017; 2017: 5271627. Topological Measurements of DWI Tractography for Alzheimer's Disease Detection. Septembre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28352290. www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/alzheimer-l-intelligence-artificielle-doit-elle-nous-dire-la-verite_1958515.html. 7 novembre 2017.

Leong TY. Toward a collaborative AI framework for assistive dementia care. Singapore Management University. Workshops at 31st AAAI Conference on Artificial Intelligence: AAAI Joint Workshop on Health Intelligence WS-17-09 2017. 547-550. http://ink.library.smu.edu.sg/cgi/viewcontent.cgi?article=4713&context=sis_research (texte intégral).

Transfusion de sang jeune : quels effets chez l’homme ?

Le premier essai clinique contrôlé chez l’homme, évaluant la sécurité de la transfusion de sang de jeunes donneurs à des personnes atteintes de démence, a eu lieu, déchaînant polémiques éthiques et scientifiques et fantasmes au lendemain d’Halloween. L’essai a été mené par la start-up californienne Alkahest et la neurologue Sharon Sha, de l’Université de Stanford, qui en ont annoncé les premiers résultats à la 10è conférence sur les essais cliniques dans la maladie d’Alzheimer à Boston (États-Unis).  Dix-huit personnes, âgées de 54 à 86 ans et atteintes d’une forme légère à modérée de la maladie d’Alzheimer, ont reçu soit un placebo, soit du plasma sanguin de donneurs âgés de 18 à 30 ans. Les chercheurs n’observent aucun effet indésirable grave, aucun effet non plus sur la cognition, mais une amélioration importante des capacités fonctionnelles pour la réalisation de certaines tâches de la vie quotidienne : se souvenir de prendre des médicaments, payer ses factures, préparer ses repas. Sharon Sha se dit elle-même étonnée d’observer aussi vite une amélioration des symptômes, l’essai clinique n’ayant pas été mené pour mesurer l’efficacité de la transfusion, mais sa sécurité. « Notre enthousiasme doit être tempéré : ce n’est qu’un petit essai. Mais les résultats méritent un approfondissement. »

Abbott A. Infusions of young blood tested in patients with dementia. Nature, 1er novembre 2017. www.nature.com/news/infusions-of-young-blood-tested-in-patients-with-dementia-1.22930, 1er novembre 2017. www.telegraph.co.uk/science/2017/11/04/vampire-therapy-helps-alzheimers-patients-pay-bills-prepare/, 4 novembre 2017.

Transfusion de sang jeune : quelles bases biologiques ?

L’idée de la parabiose (installation d’une circulation sanguine croisée chez deux animaux), qui a permis d’expérimenter le traitement chez l’animal, n’est pas nouvelle : la technique expérimentale date de 150 ans. Le mythe très ancien du sang (ou de ses composants) comme fontaine de jouvence est régulièrement réactivé dans l’imaginaire collectif par de nouvelles découvertes en biologie moléculaire du vieillissement (Conese M et al, 2017). L’une des caractéristiques du vieillissement est le déclin des capacités de la plupart des tissus à se régénérer. Ce phénomène est en partie attribué à un déficit fonctionnel des cellules souches [pouvant se renouveler et se différencier] et progénitrices [progéniture précoce d'une cellule souche, pouvant uniquement se différencier et qui ne peut plus se renouveler]. Les expériences de parabiose chez les rongeurs ont montré que des facteurs dérivés de l’environnement systémique jeune sont capables d’activer des signaux moléculaires dans les cellules souches du foie, du muscle et des neurones chez le parabionte âgé, pour augmenter la régénération tissulaire. Plusieurs facteurs solubles sont partiellement responsables de ces processus.  Ainsi, en 2014, une série d’études initiée par Amy Wagers et Lee Rubin, du laboratoire des cellules souches et de biologie régénérative de l’Université Harvard (Boston, Etats-Unis), identifiait dans le sang de souris jeunes une protéine [cytokine GDF11, un facteur de croissance circulant, impliqué dans la différenciation cellulaire de l’embryon], capable, lorsqu’il est injecté chez des souris âgées, de restaurer la fonction cardiaque, la fonction musculaire, la multiplication de cellules souches neurales et le développement de nouveaux vaisseaux sanguins. La même protéine existe chez l’homme.

Abbott A. Infusions of young blood tested in patients with dementia. Nature, 1er novembre 2017. www.nature.com/news/infusions-of-young-blood-tested-in-patients-with-dementia-1.22930, 1er novembre 2017. Conese M et al. The Fountain of Youth: A Tale of Parabiosis, Stem Cells, and Rejuvenation. Open Med (Wars) 2017; 12: 376-383. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29104943. Conboy IM et al. Rejuvenation of aged progenitor cells by exposure to a young systemic environment. Nature 2005; 433: 760-764. 17 February 2005. www.nature.com/nature/journal/v433/n7027/full/nature03260.html. Katsimpardi L et al. Vascular and neurogenic rejuvenation of the aging mouse brain by young systemic factors. Science 2014; 344(6184): 630-634.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24797482.

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