Vieillir en bonne santé

« Vieillir en santé » (healthy ageing), selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), nécessite le maintien des capacités fonctionnelles afin que les seniors puissent continuer à faire ce qui est important pour eux. « Les systèmes de santé de la plupart des pays, y compris celui de la France, ont été construits pour identifier et traiter des maladies, mais ne sont pas organisés pour maintenir les fonctions avec l’augmentation de l’espérance de vie, de sorte qu’un nombre croissant de seniors ne reçoivent pas de soins totalement adaptés au vieillissement et deviennent de plus en plus dépendants », écrit la Newsletter Année gérontologique, publié par le gérontopôle du CHU de Toulouse, qui participe à la promotion du nouveau cadre de santé publique de l’OMS, dédié au vieillissement, en tant que centre collaborateur OMS pour la fragilité, la recherche clinique et la formation gériatrique. Il diffuse les nouvelles recommandations de soins de l’OMS relatives aux soins intégrés pour les personnes âgées (ICOPE-Integrated Care for Older People) auprès des professionnels de santé en France et dans le monde, pour que les services de proximité puissent prévenir, ralentir ou compenser les baisses de capacités physiques ou mentales chez ces personnes.

Intervention multi-domaine sur le style de vie : un effet significatif sur le déclin cognitif des personnes à risque

En Finlande, l’étude d’intervention multidomaine sur le style de vie était la troisième et dernière grande étude de prévention de la maladie d’Alzheimer à livrer ses résultats. Les résultats des deux premières études (PREDIVA - Prevention of Dementia by Intensive Vascular Care, Pays-Bas) et MAPT (Multidomain Alzheimer Preventive Trial, France) ont été décevants. L’étude néerlandaise avait recruté un groupe de personnes âgées non sélectionnées, vues en médecine générale ; l’étude française avait ciblé des personnes âgées soit fragiles, soit ayant des pertes subjectives de mémoire. L’étude finnoise, quant à elle, a ciblé uniquement des personnes à risque de démence (âge moyen 69.3 ans, 46.3% de femmes, 10 ans d’éducation, 30 000 euros de revenu annuel médian). L’équipe coordonnée par Miia Kivipelto, de l’Institut national de la santé de Finlande et de l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède) a suivi, pendant 2 ans, 1 260 personnes âgées de 60 à 77 ans, présentant un risque de démence à l’inclusion. Le critère de résultat était le changement de la performance cognitive globale, mesurée par une batterie de 14 tests cognitifs. Les participants ont reçu, de façon randomisée, soit une intervention multi-domaine (régime, exercice physique, entraînement cognitif et contrôle du risque vasculaire), soit un simple avis médical sur leur santé. L’intervention de prévention multi-domaine a un effet bénéfique significatif sur le score cognitif global (critère principal), sur la fonction exécutive et sur la vitesse de traitement de l’information (critères secondaires). Ces résultats sont indépendants des caractéristiques socio-démographiques, socio-économiques, de la cognition à l’inclusion (score MMSE), du risque cardiovasculaire à l’inclusion. La comorbidité vasculaire ne modifie pas la réponse à l’intervention.

Par ailleurs, l’intervention multi-domaine réduit de 20% le risque de survenue d’une maladie chronique supplémentaire et de 62% le risque de développer trois maladies chroniques supplémentaires ou plus.

Rosenberg A et al. Alzheimers Dement, Multidomain lifestyle intervention benefits a large elderly population at risk for cognitive decline and dementia regardless of baseline characteristics: The FINGER trial. Alzheimers Dement, 19 octobre 2017. www.alzheimersanddementia.com/article/S1552-5260(17)33760-3/pdf(texte intégral). Marengoni A et al. The Effect of a 2-Year Intervention Consisting of Diet, Physical Exercise, Cognitive Training, and Monitoring of Vascular Risk on Chronic Morbidity-the FINGER Randomized Controlled Trial. J Am Med Dir Assoc, 3 novembre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29108888.

Intervention multi-domaine sur le style de vie : l’amélioration de l’activité physique

L’étude française MAPT (Multidomain Alzheimer Preventive Trial), un essai contrôlé et randomisé, a suivi pendant 3 ans un groupe de 1 680 personnes vivant à domicile, âgées de 70 ans et plus et se plaignant de troubles subjectifs de la mémoire. Le groupe d’intervention a reçu une supplémentation nutritionnelle en acides gras oméga-3 et une intervention multidomaine (conseil en nutrition et en activité physique, entrainement cognitif). Par rapport au groupe placebo, l’intervention n’a pas pu démontrer d’effet significatif sur le déclin cognitif. Une analyse secondaire montre, dans le groupe d’intervention, une augmentation significative de l’activité physique modérée à vigoureuse et de l’activité physique pendant leur temps de loisir, pendant 6 mois. Après 3 ans, le niveau d’activité physique est revenu à celui observé avant l’intervention.

De Souto Barreto P et al. Effects of multidomain lifestyle intervention, omega-3 supplementation or their combination on physical activity levels in older adults: secondary analysis of the Multidomain Alzheimer Preventive Trial (MAPT) randomised controlled trial. Age Ageing, 10 novembre 2017. www.academic.oup.com/ageing/article-abstract/doi/10.1093/ageing/afx164/4616535?redirectedFrom=fulltext.

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