Changer de comportement par rapport à sa santé au milieu de la vie : obstacles et facteurs facilitants

Avec le vieillissement de la population, l’impact sociétal des maladies chroniques s’accroît en fin de vie. Les personnes adoptant des comportements pour rester en bonne santé ont davantage de chances de bien vieillir. Pour mieux comprendre comment les personnes s’engagent ou non à suivre des initiatives de promotion de la santé au milieu de la vie, l’équipe de Carol Brayne, de l’Institut de santé publique de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), a mené une revue systématique de plus de seize mille articles. Quarante-six revues systématiques et trente-neuf études spécifiques du milieu de la vie ont été identifiées. La période du « milieu de la vie » s’étend de quarante à soixante-quatre ans, voire moins pour des populations spécifiques. Les études de changement de comportement au milieu de la vie concernent notamment l’activité physique, le régime et les comportements alimentaires, la consommation de tabac et d’alcool, le soin des yeux. L’essentiel des études a été mené dans les pays développés. Les obstacles identifiés au changement de comportement pour une bonne santé sont le manque de temps (en raison des responsabilités liées à la famille, à l’entretien de la maison ou au travail), les questions d’accès (aux transports, aux services et aux ressources), les coûts financiers, des attitudes et comportements profondément enracinés, les restrictions dans l’environnement physique, un statut socio-économique peu élevé, et le manque de connaissances. Les facteurs facilitant le changement de comportement pour une bonne santé comprennent un intérêt pour le plaisir (focus on enjoyment), des bénéfices de santé, dont le vieillissement en bonne santé, le soutien social, des messages clairs et l’intégration des comportements dans le style de vie. Les auteurs identifient également des inégalités de santé pour des populations culturellement marginalisées : les minorités ethniques, certaines femmes, les personnes handicapées et les personnes ayant un faible niveau socio-économique. Cette étude a été commandée par le NICE (National Institute of Health and Care Excellence), l’autorité de santé britannique qui émet des recommandations de pratique fondées sur des preuves scientifiques, prémisse d’une évolution dans la politique de santé publique concernant la démence au Royaume-Uni.

Kelly S et al. Barriers and Facilitators to the Uptake and Maintenance of Healthy Behaviours by People at Mid-Life: A Rapid Systematic Review. PLOS One 2016 ;  11(1): e0145074, 27 janvier 2016.

www.plosone.org/article/fetchObject.action?uri=info:doi/10.1371/journal.pone.0145074&representation=PDF (texte intégral).

Potentiel de prévention du risque

Tobias Luck et Steffi Rieder-Heller, de l’Institut de médecine sociale, de médecine du travail et de santé publique de la Clinique universitaire de Leipzig (Allemagne), proposent une projection du nombre potentiel de cas de maladie d’Alzheimer évitables si une prévention non spécifique de sept facteurs de risque modifiables était mise en œuvre. 30.5% des cas actuels de maladie d’Alzheimer attribuables à ces facteurs de risque pourraient être évités, ce qui représente potentiellement trois cent mille personnes.  L’impact le plus important serait obtenu en agissant sur l’inactivité physique (21.7% du risque total) et à la consommation de tabac (14.9% du risque total).

Luck T et Rieder-Heller SG. Prevention of Alzheimer's dementia in Germany: A projection of the possible potential of reducing selected risk factors. Nervenarzt, 18 janvier 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26781245 (article en allemand).

Bouches âgées

« Dans la prise en charge médicale des personnes âgées, il apparaît clairement que la bouche reste, à tort, séparée du reste du corps humain, minimisant leurs interactions réciproques négatives », écrivent Valérie Pouysségur et ses collègues, du laboratoire Santé buccale et vieillissement de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, qui proposent une revue de la littérature sur le sujet.« Les bouches âgées sont souvent abandonnées, dans leur hygiène et dans leurs soins, par résignation, perte des facultés cognitives (mémoire), motrices (motricité fine), sensorielles (déclin des cinq sens) ». Aujourd’hui, on connaît l’incidence négative des maladies bucco-dentaires sur les pathologies générales dans un contexte de vieillissement. Cependant, elles sont toujours mésestimées et ignorées du grand public. La mauvaise santé bucco-dentaire affecte directement la nutrition, à cause de douleurs ou absences dentaires, parodontites, sécheresse buccale, dysphagies [difficultés à avaler], halitose [mauvaise haleine]. Les micro-organismes pathologiques présents dans la salive, le tartre, les sulcus [espaces entre les gencives et les dents], les lésions carieuses, les dépôts sur les muqueuses et les prothèses peuvent être inhalés et provoquer des pneumonies. Leur passage dans la circulation sanguine est favorisé par l’inflammation lors des infections aigües ou chroniques. Ils possèdent un tropisme pour plusieurs organes. En cas de pathologie de ces organes, les micro-organismes d’origine bucco-dentaires sont des facteurs aggravants et des cofacteurs de morbidité chez les personnes âgées. Ainsi, seules des bouches saines et indolores participent au "vieillissement réussi. Informer les aidants, les soignants et les personnes elles-mêmes, du bénéfice pour leur santé d’avoir une bouche saine, s’impose comme une urgence de prévention actuelle. »

Pouysségur V et al. Maladies bucco-dentaires : cofacteurs de morbidité des personnes âgées. Rev Gériatrie 2016 ; 41(1). 17-31. Janvier 2016.

www.revuedegeriatrie.fr/index.php.

Mauvais état bucco-dentaire et perte de poids

Une seule étude interventionnelle a été publiée à ce jour, permettant d’établir une corrélation entre un mauvais état bucco-dentaire et la perte de poids. Elle a été menée par Valérie Puysségur et ses collègues, du laboratoire Santé buccale et vieillissement de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, auprès de cent soixante-quinze personnes. L’intervention consistait à distribuer un complément nutritionnel solide ayant une texture adaptée, lui permettant d’être croqué et mastiqué quel que soit l’état bucco-dentaire, pour vérifier que cette adaptation permettait une reprise de poids chez des personnes édentées et dénutries. Les personnes ayant reçu les galettes (huit galettes par jour, correspondant à un supplément de 11.5 grammes de protéines et 244 kcal par jour, pendant six semaines), ont repris significativement du poids (+1.6%), alors que les personnes du groupe contrôle continuaient à en perdre (-0.7%). Ces travaux ont fait l’objet d’une expertise indépendante de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Isabelle Prêcheur, directrice du laboratoire, est présentée par le magazine comme « l’une des personnalités féminines dont on va parler cette année. » En 2010, ces galettes « ont aidé les trente-trois mineurs chiliens bloqués par sept cents mètres de fond à tenir le coup. » Isabelle Prêcheur a été distinguée par les Palmes de la médecine 2015, remises par le Figaro Santé et les CHU de France, qui récompensent « dix inventions prometteuses qui annoncent la médecine de demain », ainsi que par le prix spécial 2013 du jury de la bourse Charles-Foix des produits innovants.

Pouysségur V et al. Maladies bucco-dentaires : cofacteurs de morbidité des personnes âgées. Rev Gériatrie 2016 ; 41(1) :17-31. Janvier 2016. www.revuedegeriatrie.fr. Pouyssegur V et al. An innovative solid oral nutritional supplement to fight weight loss and anorexia: open, randomised controlled trial of efficacy in institutionalised, malnourished older adults. Age Ageing 2015 ; 44(2): 245-251. Mars 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25324332. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Avis relatif à l’évaluation d’un complément nutritionnel oral solide adapté à un mauvais état dentaire sous forme de petites galettes enrichies en protéines de lait de vache (caséine) hyperprotéiques et hypercaloriques. 3 juin 2015. https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014sa0093.pdf(texte intégral). Elle Magazine Edition Côte-d’Azur, janvier 2016.

Prévenir la maladie d’Alzheimer : le futur de l’EHPAD

« Grâce aux plans successifs, la filière Alzheimer a développé une palette de dispositifs pour prendre en charge les personnes âgées aux différents stades de la maladie, à domicile comme en établissement », rappelle le Pr Bruno Vellas, coordonnateur du Gérontopôle de Toulouse. « Désormais, les structures innovantes à mettre en place doivent se centrer sur la prévention ». Il précise : « les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui ont pour eux la grande force d’être répartis sur tous les territoires et d’avoir des professionnels formés à la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, doivent s’intéresser à la prévention et peut-être demain ouvrir des centres de prévention. Les personnes âgées de la commune pourraient s’y rendre pour une évaluation et un repérage des formes précoces de la maladie, pour bénéficier d’actions de prévention du déclin cognitif et de la maladie d’Alzheimer. Le but est aujourd’hui de ne plus se limiter à voir les fonctions qu’il faut compenser, mais voir aussi à maintenir les fonctions existantes chez la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Cela va changer totalement la prise en charge. La prévention de la maladie d’Alzheimer sera le futur des EHPAD. » Pour le Pr Mathieu Ceccaldi, chef de service de neurologie à l’hôpital La Timone de Marseille, « il faut agir sur ce qui n’est pas advenu. On évolue vers un changement de culture sanitaire. » Pour le Pr Pierre Krolak-Salmon, neurologue et gériatre, « changer le concept de l’EHPAD et le tourner vers la prévention paraît très judicieux pour injecter sur l’ensemble du territoire cette notion de prévention. » À condition de faire évoluer le mode de financement des soins pour consacrer des enveloppes spécifiques aux actions de prévention. « Aujourd’hui, si un EHPAD a des résidents classés en groupes iso-ressources (GIR) 1 et 2 (personnes les plus dépendantes), il a droit à des financements. Mais si cet établissement permet à une personne classée en GIR3 [personnes qui ont conservé partiellement leurs capacités motrices, mais ont besoin d'être assistées pour se nourrir, se coucher, se laver, aller aux toilettes] de passer en GIR4 (personne dépendante pour la toilette et l’habillage ; personnes n’ayant pas de problèmes locomoteurs, mais devant être aidées pour les activités corporelles et pour les repas), il n’y a aucune valorisation », rappelle Bruno Vellas.

Géroscopie pour les décideurs en gérontologie, janvier 2016. Société française de gériatrie et gérontologie - France Alzheimer et maladies apparentées - Fédération des centres mémoire de ressources et de recherche. Unités de soins, d’évaluation et de prise en charge Alzheimer. L’Année gérontologique 2015 ; 29(IV). 16 décembre 2015. https://asp.zone-secure.net/v2/index.jsp?id=4463/5806/61339&lng=fr, www.uspalz.com (texte intégral).

Retour haut de page