Prévention de la dénutrition chez des personnes malades ayant des difficultés à mâcher et à avaler

30 à 40% des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer présentent un amaigrissement, souvent associé à une malnutrition protéique et calorique. Les troubles du comportement alimentaire peuvent être liés à des modifications du goût et de l’odorat. La dépense énergétique est augmentée chez les malades déambulants. La dénutrition évolue avec la progression de la démence : c’est un facteur aggravant qui favorise les chutes, les infections, la fatigue, la dépendance, la dépression et la mortalité, rappelle le Dr Jean-Luc Philip, de la maison de retraite de la Fondation Pauliani à Nice (Alpes-Maritimes). L’aide aux repas des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer constitue une charge de travail importante pour le personnel soignant. Une étude menée auprès de trente-six personnes malades vivant en unité spécifique a testé l’efficacité de galettes au beurre hyperprotidiques et hypercaloriques (Protibis, produite par la société Solidages à Valbonne). Ces galettes ont été initialement conçues pour des personnes ayant des difficultés à mastiquer et se prêtent particulièrement bien au « manger debout » ou au « manger main » des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, explique le Dr Philip. En cas de troubles de la déglutition, les galettes peuvent être émiettées et ramollies dans une boisson. Quatre galettes, apportant 5.3 g de protéines (caséine de lait) et 112 kcal, ont été distribuées en traitement de prévention, au goûter, pendant quatre jours. 75% des personnes malades ont mangé trois galettes ou plus. Les galettes ont été appréciées par 92% des personnes malades.  78% avaient un état dentaire ne leur permettant pas d’avoir une alimentation de texture normale, et 25% présentaient une sécheresse buccale. 8% avaient des troubles de la déglutition. 53% des personnes malades ont mangé les galettes sans qu’il soit nécessaire de les stimuler, et 78% ont mangé leur galette en entier. Certaines sont venues spontanément réclamer des galettes. Le plaisir de manger un aliment solide a stimulé l’appétit chez certaines personnes sous régime mou-mixé, cet effet persistant deux jours après l’arrêt des galettes. Le personnel apprécie l’économie réalisée en limitant le gaspillage de nourriture.

Philip J. Lutter contre la dénutrition des malades Alzheimer, un exemple. Rev Gériatrie, février 2012. Solidages, 7 février 2012. 

Prévention de la dénutrition chez des personnes malades ayant des difficultés à mâcher et à avaler

Solidages est une start-up (société en démarrage) qui développe des brevets issus de la recherche du CHU et de l’Université de Nice. Isabelle Prêcheur, chirurgien-dentiste et professeur au pôle d’odontologie du CHU, a reçu le prix Master 2012 au Salon des Entrepreneurs 2012, en présence du président de la République. En septembre 2010, une demi-tonne de ces galettes protéinées avait aidé les mineurs chiliens retenus dans la mine de San José, à continuer à s’alimenter, leurs dents commençant à bouger. Le 28 juin 2011, Valérie Pécresse, alors ministre de la Recherche et de l’enseignement supérieur, avait remis au Pr Prêcheur le prix du Concours national de création d'entreprises de technologies innovantes.

Philip J. Lutter contre la dénutrition des malades Alzheimer, un exemple. Rev Gériatrie, février 2012. Solidages, 7 février 2012. www.chu-nice.fr/,  28 juin 2011.

Santé des aidants : le stress (1)

Une étude menée par Harris Interactive pour l’association américaine des psychologues (APA), portant sur mille deux cents Américains, montre que les personnes font état d’un niveau de stress de 6.5/10 contre 5.2/10 en moyenne dans la population générale. 55% des aidants se déclarent submergés par le niveau de soin et d’attention que requiert un proche âgé ou malade. Plus que les autres, les aidants négligent plus souvent leur propre état de santé, une difficulté à gérer le stress (45% vs 39%) et des troubles du sommeil (42% vs 32%). Les aidants courent davantage le risque de développer une maladie chronique (82% contre 61%), évaluent leur état de santé comme problématique (34% contre 20%), et déclarent que leurs difficultés de santé représentent une source additionnelle de stress (66% vs 53%). Les aidants sont deux fois plus nombreux que les non-aidants (20% contre 10%) à calmer leur stress en fumant.

American Psychological Association. Stress in America: our health at risk. 11 janvier 2012.  www.apa.org/news/press/releases/stress/2011/final-2011.pdf (texte intégral). www.agevillagepro.com, 6 février 2012.

Santé des aidants : le sommeil (2)

Une étude multicentrique, menée par Roland von Känel, de la division de médecine psychosomatique au service de médecine interne à l’hôpital universitaire de Berne (Suisse), a suivi pendant trois ans un groupe de cent neuf aidants de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de quarante-huit personnes d’un groupe témoin. Si l’évolution des troubles du sommeil au cours du temps est similaire entre les deux groupes, certains sous-groupes d’aidants apparaissent plus vulnérables. Le décès du conjoint augmente significativement le réveil nocturne après l’endormissement (23 minutes) et le temps de sommeil dans la journée (29 minutes), et réduit significativement le temps de sommeil nocturne (-3.2%). Ces modifications du sommeil sont influencées de façon significative par l’âge, le sexe masculin, l’impression d’être submergé dans son rôle d’aidant (role overload), et par le niveau de marqueurs de l’inflammation (cytokines).  

Von Känel R et al. Sleep in spousal Alzheimer caregivers: a longitudinal study with a focus on the effects of major patient transitions on sleep. Sleep 2012 ; 35(2) : 247-55. 1er février 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22294815.

Santé des aidants : stress, risque rénal et risque cardio-vasculaire (2)

La capacité de filtration des reins peut être altérée par un stress chronique. Une autre étude du même groupe, réalisée auprès de cent dix-neuf aidants de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de cinquante-huit personnes non aidantes, suivies jusqu’à trois ans, montre que si le taux de filtration glomérulaire évolue de façon similaire chez les aidants et les non-aidants, il diminue significativement, et de façon disproportionnée, trois mois après l’entrée en institution du conjoint atteint de la maladie d’Alzheimer. Cet effet est plus prononcé chez les aidants hypertendus.

Comment s’expliquent les relations entre le stress, le risque rénal et le risque cardio-vasculaire ? Un autre article de Roland von Känel propose une revue des connaissances en ce domaine. Plusieurs mécanismes sont avancés : une prédisposition génétique, des choix de style de vie, le non-respect des recommandations de santé publique ; un stress psychosocial aigu a pour conséquences des altérations physio-pathologiques impliquant l’axe hypothalamo-hypophysaire : dysfonctionnements des parois des vaisseaux et de l’hémodynamique, inflammation, état pro-thrombotique. Le clinicien conseille d’inclure la détection des facteurs psychosociaux dans l’examen clinique standard. Les interventions psychosociales les plus efficaces associent une thérapie cognitivo-comportementale (management du stress) à des modifications des comportements de santé, notamment de l’exercice physique régulier. 

Von Känel R et al. Effect of chronic dementia caregiving and major transitions in the caregiving situation on kidney function: a longitudinal study. Psychosom Med 2012; 74(2):214-220. Février 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22286846. Von Känel R. Psychosocial stress and cardiovascular risk - current opinion. Swiss Med Wkly, 20 janvier 2012 (texte intégral).  www.smw.ch/content/smw-2012-13502/ (texte intégral).

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