Solidarité intergénérationnelle

Pour le Professeur Joël Ménard, président du comité scientifique de la Fondation Plan Alzheimer, « les plus importants, peut-être, des facteurs de protection sont le niveau d’éducation initiale, l’activité intellectuelle au cours de la vie, le développement du lien social, l’équilibre psychologique. L’association du niveau d’éducation et du niveau social, qui sont corrélés, est observée avec l’incidence de toutes les maladies chroniques, cancer et maladies cardio-vasculaires en particulier, mais leur lien statistique est beaucoup plus fort que dans les autres pathologies. C’est pourquoi cette maladie, le plus souvent, mais pas toujours, maladie de la vieillesse, cherche ses meilleures chances de prévention dans un effort séculaire majeur des populations pour élever leur niveau d’éducation et préserver leur équilibre social, par les politiques publiques appropriées en faveur des jeunes, aux stades initiaux du développement cérébral. La solidarité intergénérationnelle est ainsi le facteur majeur de la prévention et de la prise en charge des malades d’Alzheimer ».

Ménard J. Epidémiologie des maladies d’Alzheimer. Rev Prat 2011 ; 61 : 916-917. Septembre 2011.

Prévenir les chutes de la personne âgée : la méconnaissance des facteurs de risque (1)

En population générale, l’incidence des chutes chez les personnes âgées de quatre-vingt-cinq ans et plus est de 13.85% chez les femmes et 15.88% chez les hommes, rappelle Gilles Berrut, chef du service de médecine aigüe gériatrique. Lorsque la chute est associée à un traumatisme, elle est suivie d’une hospitalisation dans 42% des cas, et d’une entrée en maison de retraite à l’issue de l’hospitalisation chez 50% des sujets ; 25% des hospitalisations de court séjour sont en relation directe avec une chute. Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) estime que les dépenses d’hospitalisation des personnes âgées dépendantes vivant à domicile s’élèvent à 2.7 milliards d’euros et celles des personnes vivant en EHPAD à 1.7 milliard d’euros. Hormis les cliniciens en relation avec les services d’admission et d’urgence, ni les médecins des autres spécialités ni les professionnels paramédicaux ne semblent s’intéresser à la chute, constate Gilles Berrut. Les facteurs prédisposants doivent être repérés, car leurs intrications donnent un aspect aléatoire à la chute, défiant à première vue l’analyse clinique. La démarche étiologique et thérapeutique mérite d’être reconnue et enseignée, par les gériatres, à tous les médecins prenant en charge des personnes âgées, estime-t-il.

Berrut G. Les chutes de la personne âgée : une question d’actualité. Ger Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9(3) : 253-254. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21896427.

Prévenir les chutes de la personne âgée : la méconnaissance des facteurs de risque (2)

Les troubles de la marche et de l’équilibre sont fréquents chez les personnes âgées atteintes de démence. Cette association de troubles moteurs et cognitifs est à l’origine d’une accélération de la perte d’indépendance et d’autonomie. Pour Laure de Decker et ses collègues, du Gérontopôle des Pays de Loire, la prise en charge de ces patients est compliquée en pratique courante, en raison principalement de la diversité des tests d’évaluation pouvant être réalisés, de la difficulté à choisir l’intervention la plus adaptée et de la méconnaissance par le médecin des infrastructures et des professionnels de santé capables de prendre en charge son patient. Le Gérontopôle des Pays de Loire a formalisé des recommandations de bonnes pratiques pour la prise en charge des personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, ayant une démence légère à modérée, quel que soit son lieu de vie.

De Decker L et al. Troubles de la marche et de l’équilibre  de la personne âgée de 65 ans et plus ayant une démence légère à modérée : quelle prise en charge en pratique courante ? Ger Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9(3) : 269-276. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21896430.

Prévenir les chutes de la personne âgée : la modélisation des risques (3)

Marie-Line Gaubert-Dahan, du service de gériatrie de l’hôpital Bretonneau de Paris (AP-HP), et ses collègues du Gérontopôle des pays de Loire, à partir d’une comparaison entre quatre cent soixante-et-onze patients hospitalisés pour chute, appariés de façon aléatoire à un nombre équivalent de patients hospitalisés pour un autre motif et n’ayant pas chuté depuis un an, proposent pour la première fois une modélisation originale des facteurs de risque de chute, ouvrant la voie à une approche plurifactorielle clinique. Les chercheurs ont identifié deux profils de chuteur : le patient dépressif sous benzodiazépine et neuroleptique, et le patient ayant à la fois une pathologie ostéo-articulaire et une déficience visuelle. Les atteintes cérébrales sous-corticales (principalement les syndromes parkinsoniens et notamment la démence à corps de Lewy) et les affections du pied semblent suffisantes, à elles seules, pour être associées à la survenue d’une chute.

Gaubert-Dahan ML et al. Essai de modélisation des risques de chute chez les sujets âgés. Ger Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9(3) : 277-285.

www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/6B/6A/resume.phtml.

Prévenir les chutes de la personne âgée : la surestimation de ses performances (4)

Le déclin des capacités posturales avec l’âge entraîne une augmentation des chutes. Myriam Noël, du pavillon de médecine gériatrique du CHR de Roubaix, Angélique Bernard et Marion Luyat du laboratoire de neurosciences fonctionnelles et pathologies (UMR8160) de l’Université de Lille, suggèrent qu’un trouble dans la perception des « affordances posturales » (néologisme, de l’anglais to afford : se permettre de faire ; capacité de l’organisme à percevoir de manière directe les potentialités d’action qui lui sont offertes), se caractérisant par une surestimation des performances, pourrait constituer un risque majeur de chute spécifique chez la personne âgée. Les chercheuses ont mené une expérience auprès de dix sujets jeunes, âgés en moyenne de vingt-quatre ans, et de dix sujets âgés en moyenne de soixante-seize ans. Les participants devaient évaluer, sans faire l’action, la hauteur maximale d’un obstacle qu’ils pouvaient franchir par enjambement. Leurs performances posturales réelles ont ensuite été mesurées. Les personnes jeunes évaluent correctement leurs performances (différence de 1.75 cm entre performances estimées et performances réelles) ; les personnes âgées surestiment la hauteur maximale de franchissement (différence de 12.5 cm entre performances estimées et performances réelles). Cette surestimation des performances est associée à une mauvaise stabilité posturale. Le biais de surestimation pourrait provenir d’un défaut d’actualisation des programmes moteurs causés par un déclin des fonctions cognitives et/ou par le manque d’exercice, réduisant les mises à jour par essais et erreurs.

Noël M et al. La surestimation de ses performances : un biais spécifique du vieillissement ? Ger Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9(3) : 287-294.

www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/6B/6B/resume.phtml.

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