Séisme au Japon : les conséquences cognitives

Le 11 mars 2011, le Nord-Est du Japon était frappé par un tremblement de terre de magnitude 9.0, suivi par des tsunamis dévastateur. Ce séisme majeur a eu d’importantes conséquences sur la santé des personnes âgées, notamment sur le plan du déclin cognitif. Plusieurs raisons sont avancées : le changement des conditions de vie ; la perte des familles, des proches et des amis ; la perte des activités quotidiennes comme l’agriculture ou la pêche ; l’isolement des familles et des voisins. Une étude coordonnée par Hiroyuki Arai, du département de gériatrie de l’Université Tohoku de Sendai, avait montré en 2012 une augmentation des cas de démence après la catastrophe. La même équipe a mis en place des programmes de prévention des troubles cognitifs comprenant de l’exercice physique, un régime alimentaire adapté et une action sur les facteurs modifiables associés au style de vie.

Furukawa K et al. What we did and learnt in the care of the patients with dementia after the Great East Japan Earthquake in 2011. Nihon Rinsho 206; 74(3): 519-522. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27025098. Furukawa K et al. Exacerbation of dementia after the earthquake and tsunami in Japan. J Neurol 20 ; 259 : 1243. http://paperity.org/p/29257460/exacerbation-of-dementia-after-the-earthquake-and-tsunami-in-japan.

Séisme en Nouvelle-Zélande : la perspective des personnes malades

Le 22 février 2011, un séisme de magnitude 6.3 dévastait la ville de Christchurch (Nouvelle-Zélande), tuant près de deux cents personnes. Karen Smith, du service psychiatrique pour les personnes âgées des autorités sanitaires de Christchurch (Te Poari Hauroha o Waitaha) a interrogé vingt-six personnes âgées vivant avec une maladie d’Alzheimer, à domicile ou en établissement, pour savoir comment améliorer leur qualité de vie dans la cité en ruines. Les thèmes évoqués par les participants concernent l’importance de rester en lien avec les autres et de participer à la vie sociale ; l’hébergement de proximité ; la sensibilisation aux troubles cognitifs et les attributs de l’environnement physique importants pour la reconstruction. La ville de Christchurch est en position unique pour reconstruire la cité selon les concepts architecturaux des Villes amies de la démence et d’y intégrer les dernières technologies d’assistance. Y parviendra-t-elle ?

Smith K et al. Developing a dementia-friendly Christchurch: Perspectives of people with dementia. Australas J Ageing, 8 avril 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27061350. Smith K. Developing a Dementia-Friendly Christchurch. Canterbury District Health Board – Age Concern. http://ageconcerncan.org.nz/media/files/Developing_a_Dementia-Friendly_Christchurch.pdf (texte intégral).

Perte d’autonomie : des bases biologiques ?

L’essai de prévention multi-domaines MAPT (Multidomain Alzeihmer Preventive Trial), mené par l’équipe du Pr Bruno Vellas au gérontopôle de Toulouse, a inclus mille sept cents personnes ayant des critères de fragilité, auxquelles sont proposées des activités physiques, sociales et collectives. L’équipe espère pouvoir démontrer que lorsque l’on repère ces personnes âgées fragiles et qu’on les prend en charge, on arrive à retarder le déclin cognitif. Dans les premiers résultats publiés, portant sur près de trois cents participants, les chercheurs ont observé que les dépôts de protéine amyloïde dans le cerveau, mesurés en imagerie cérébrale, sont associées à des incapacités fonctionnelles précoces chez le personnes âgées, concernant la capacité à réaliser des activités instrumentales de la vie quotidienne (utiliser le téléphone, faire les courses, préparer les aliments, entretenir sa maison, faire la lessive, utiliser les moyens de transport, prendre ses médicaments, manipuler l’argent).

Lilamand M et al. Brain Amyloid Deposition Is Associated With Lower Instrumental Activities of Daily Living Abilities in Older Adults. Results From the MAPT Study. J Gerontol A Biol Sci Med Sci 2016; 71(3): 391-397.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26419979.  

Transition positive à la retraite : un facteur protecteur du déclin cognitif ?

Marie-Noël Vercambre, de la Fondation MGEN (Mutuelle générale de l’éducation nationale) pour la santé publique, en collaboration avec des chercheurs en épidémiologie et en sciences sociales et comportementales de l’école de santé publique de l’Université Harvard (Boston, Etats-Unis), a étudié le vieillissement cognitif d’une cohorte de quatre mille neuf cents infirmières ayant pris leur retraite entre soixante et soixante-neuf ans, en mesurant leur qualité de vie globale pendant six ans. 61% de ces femmes déclarent une amélioration de leur qualité de vie depuis leur départ en retraite, avec un déclin cognitif significativement plus lent que chez les femmes ne déclarant aucun changement dans leur qualité de vie. Cette « transition positive » à la retraite, lorsque la cessation d’activité s’accompagne d’une amélioration de la qualité de vie perçue, correspond à un retard de deux ans du déclin cognitif.

Vercambre MN et al. Self-Reported Change in Quality of Life with Retirement and Later Cognitive Decline: Prospective Data from the Nurses' Health Study. J Alzheimers Dis, 5 avril 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27060944.

Prévenir les hospitalisations et la dépendance acquise à l’hôpital

Les hospitalisations sont toujours compliquées pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, rappelle Alexandra Marquet, de Doc’Alzheimer. Pour le Pr Bruno Vellas, responsable du gérontopôle de Toulouse, du Centre mémoire de ressources et de recherche Midi-Pyrénées et président de l’USPALZ (unités de soins, d’évaluation et de prise en charge Alzheimer), les familles sont bien souvent démunies et « doivent pouvoir être mieux guidées à toutes les étapes de la maladie et notamment au moment critique de l’hospitalisation du patient, que ce soit aux urgences ou dans des unités de soins aigus, avec comme premier objectif d’éviter la dépendance acquise à l’hôpital, mais qui aurait pu être prévenue. Le mieux est en général d’anticiper les situations de crise. Des solutions existent en prévoyant des consultations, en s’appuyant sur des séjours en hôpital de jour ou en développant la télémédecine, qui est aujourd’hui une réalité. Ligne dédiée aux médecins généralistes, identification de lits dédiés aux urgences, création de circuits courts, formation du personnel soignant au savoir-faire et au savoir-être… Les exemples d’initiatives et d’expérimentations remarquables ne manquent pas sur le territoire. »

Doc’Alzheimer, janvier-mars 2016.

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