Capacités diagnostiques

En France, en 2030, « la maladie d’Alzheimer touchera chaque année près de trois cent mille nouveaux malades, et il faudra réaliser cent soixante-dix mille parcours de diagnostic, soit 2/3 de plus qu’aujourd’hui, si l’on améliore à 60% le taux de diagnostic (qui est d’environ 50% aujourd’hui), écrivent Bénédicte Desfontaines, du réseau mémoire Aloïs de Paris, en collaboration avec le cabinet Kea & Partners, qui évaluent par région les capacités diagnostiques face au flux de patients attendus, et propose une réflexion sur l’adaptation des moyens aux besoins. En 2030, les consultations mémoire de proximité (CMP) et les centres mémoire de ressource et de recherche (CMRR) pourront assurer cent dix mille évaluations par an. Cela permettra de couvrir les besoins à 100% dans deux régions, Midi-Pyrénées et Corse, mais à moins de 50% dans huit autres régions, de l’Ouest et du Sud. Les spécialistes libéraux pourraient fournir une capacité diagnostique en ambulatoire complémentaire pour cent mille nouveaux patients, sous réserve que ces praticiens puissent faire réaliser en ville les examens nécessaires, et notamment les bilans neuropsychologiques. Pour les auteurs, cette complémentarité des offres libérale et hospitalière permettrait « des économies directes sur les parcours de diagnostic, mais aussi des coûts évités par l’augmentation considérable du nombre de malades diagnostiqués liée à l’amélioration du taux de diagnostic. »

Desfontaines B et al. Diagnostic de la maladie d’Alzheimer : géographie de l’offre de soins actuelle et modélisation/projection des flux en 2030. Rev Neurol 2016 ; 172(S1), avril 2016. www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0035378716000254.

Diagnostic de la maladie d’Alzheimer : géographie de l’offre de soins actuelle et modélisation/projection des flux en 2030

Chine : qui vient consulter pour la détection précoce des symptômes de la démence ?

Jennifer Tang et ses collègues, du centre du vieillissement Sau Po de l’Université de Hong-Kong, en collaboration avec l’Association Alzheimer locale, évaluent le profil neuropsychologique et la reconnaissance des symptômes auprès de mille personnes cherchant de l’aide pour des pertes subjectives de mémoire, consultant à leur propre initiative ou à la demande d’un tiers, dans un centre de proximité pour la détection précoce de la démence. 86% des personnes ont réellement des troubles cognitifs. Elles consultent en moyenne à un stade modéré (score MMSE 18.4/30). Elles ont besoin d’une aide pour les activités instrumentales de la vie quotidienne [utiliser le téléphone, faire les courses, faire la cuisine, faire le ménage, faire la lessive, utiliser les transports, prendre ses médicaments, gérer son argent], ont des déficits très légers pour la réalisation des activités de base [toilette, habillage, alimentation, continence, déplacements, transferts], et ont peu de symptômes dépressifs. Le temps médian pour venir consulter est de douze mois. Les personnes consultant tardivement ont des troubles plus sévères, tant dans leurs capacités cognitives que pour la réalisation des activités instrumentales de la vie quotidienne.

Tang JY et al. Neuropsychological Profile and Dementia Symptom Recognition in Help-Seekers in a Community Early-Detection Program in Hong Kong. J Am Geriatr Soc 2016, 1er mars 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26928890.

Détection par le médecin généraliste : fin de l’incitation financière au Royaume-Uni

Les services nationaux de santé britanniques (NHS), le gouvernement et le comité des praticiens généralistes de l’Association médicale britannique ont décidé d’arrêter, à partir du 1er avril 2016, l’incitation financière dédiée à la détection de la maladie d’Alzheimer par les généralistes (Dementia Enhanced Service, General Practitioner contract), et de ne plus y affecter de ressources spécifiques qui s’élevaient à 42 millions de livres (54 millions d’euros) par an. Jeremy Hughes, directeur général de la Société Alzheimer, déclare : « si nous nous félicitons que les médecins généralistes identifient davantage en routine les personnes atteintes de démence, le travail n’est clairement pas fini. Bien que l’ambition du Premier ministre d’avoir un diagnostic porté chez 66% des personnes malades soit atteinte (objectif quantitatif du programme Prime Minister’s Challenge on Dementia), ce chiffre ne reflète qu’une moyenne nationale, et laisse encore 33% de personnes malades non diagnostiquées. Ce n’est pas le moment de décélérer. » Pendant trop longtemps, dit Jeremy Hughes, « les personnes vivant avec une démence ont eu une mauvaise relation avec les services nationaux de santé, les personnes atteintes d’autres maladies recevant davantage de soutien. De nombreuses personnes vivent avec une démence sans diagnostic du tout, ce qui les laisse perdues et confuses, alors que d’autres sont toujours confrontées à des délais inacceptables pour avoir un diagnostic. Les 42 millions de livres devraient être maintenant réinvestis dans le soutien post-diagnostic, le traitement, l’aide et les soins. »

www.alzheimer.org.uk, 19 février 2016.

Repérage des déficiences sensorielles : vers une recommandation de l’ANESM

« Au titre des changements physiologiques induits par le vieillissement, figure l’altération des capacités sensorielles : altération de la vue, de l’ouïe, du goût, de l’odorat et/ou du toucher », écrit l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico‐sociaux (ANESM), dans une lettre de cadrage sur le repérage des déficiences sensorielles et accompagnement des personnes qui en sont atteintes dans les établissements pour personnes âgées. « La diminution des capacités sensorielles  peut donc accélérer la survenue de la dépendance, avec une augmentation non négligeable des accidents domestiques et/ou une aggravation de la morbidité, voire même, un impact important sur la mortalité. La prévention et le repérage des déficiences sensorielles et l’ensemble des réponses à y apporter sont donc un enjeu majeur de santé publique, et ce d’autant plus lorsque l’on prend en considération l’évolution démographique de la population française. » Parmi les personnes de soixante ans et plus vivant en France métropolitaine, 82% souffrent de déficiences visuelles et 29% de déficiences auditives. « En établissement, les difficultés de communication de la personne âgée sont majorées dans la mesure où les espaces collectifs ont rarement été aménagés en tenant compte de l’acoustique. La présence presque continuelle de bruits de fond causés par le va‐et‐vient du personnel et des personnes, les sonnettes, la radio ou la télévision, etc., nuisent profondément aux personnes atteintes de presbyacousie notamment. D’ailleurs, à l’heure actuelle, des travaux sont en cours sur le lien entre l’altération de l’audition, non repérée et non traitée, et la dégradation des fonctions mnésiques et cognitives. Les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées doivent faire l’objet d’un repérage et d’un accompagnement spécifique », écrit l’ANESM. « Les recommandations auront pour objectif d’apporter des réponses aux besoins de cette population touchée par une ou des déficiences sensorielles tant en termes de prévention, de repérage que d’accompagnement. Elles fourniront aux professionnels des outils adaptés susceptibles d’améliorer le repérage des déficiences éventuelles et visant aussi à adapter les prises en charge pour un mieux‐être des personnes accueillies. » En tant que centre expert, la Fondation Médéric Alzheimer fait partie du groupe de travail désigné par l’ANESM pour élaborer cette recommandation.

ANESM. Lettre de cadrage. Repérage des déficiences sensorielles et accompagnement des personnes qui en sont atteintes dans les établissements pour personnes âgées. www.anesm.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_de_cadrage_Deficiences_sensorielles.pdf, janvier 2016 (texte intégral).

Douleur à la mastication : comment la mesurer ?

Merlijn de Vries et ses collègues, du centre académique de chirurgie dentaire d’Amsterdam (Pays-Bas), ont développé une échelle de seize critères pour estimer la présence et l’intensité de la douleur orofaciale à la mastication chez les personnes atteintes de démence. Deux observateurs ont regardé plus de deux cents vidéos de personnes malades dont le comportement a été filmé à l’heure du repas. Cette échelle de douleur à la mastication fait partie d’un nouvel instrument de mesure plus large pour estimer la douleur orofaciale chez des personnes incapables de s’exprimer.

De Vries MW. Orofacial Pain during Mastication in People with Dementia: Reliability Testing of the Orofacial Pain Scale for Non-Verbal Individuals. Behav Neurol, 18 janvier 2016. http://downloads.hindawi.com/journals/bn/2016/3123402.pdf(texte intégral).

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