Oscillations cérébrales : un nouveau marqueur ?

La magnétoencéphalographie est une technique de neuroimagerie qui enregistre le champ magnétique induit par l’activité électrique de différentes régions du cerveau. Ces enregistrements se traduisent par des ondes cérébrales caractérisées par des oscillations à différentes fréquences. Chaque fréquence constitue un canal de communication préférentiel pour des processus neuronaux spécifiques. Par exemple, l'activité de consolidation de la mémoire va plutôt se manifester à des fréquences élevées, alors que des processus attentionnels vont plutôt impliquer des fréquences plus basses. L’équipe de Fabrizio de Vico Fallani, de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a mis au point un indice mathématique qui mesure la capacité de chaque région cérébrale à diffuser l'information entre les différentes fréquences. L'étude, en collaboration avec l'Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer (IM2A), montre que dans 90% des cas, cet indice est capable de diagnostiquer un patient atteint de la maladie d'Alzheimer. « À terme, il pourrait constituer un nouvel outil diagnostic non invasif pour la maladie d'Alzheimer », déclarent les chercheurs. Des études longitudinales permettront de valider l'utilisation de cet outil comme marqueur prédictif de la maladie et de son évolution.

www.newspress.fr/Communique_FR_305235_5859.aspx, 24 octobre 2017. Guillon J et al. Loss of brain inter-frequency hubs in Alzheimer's disease. Sci Rep 2017; 7(1):10879. 7 septembre 2017. www.nature.com/articles/s41598-017-07846-w.pdf (texte intégral).

Baisse d’audition : validation d’un test à voix chuchotée pour le généraliste et le gériatre

La baisse d’audition liée à l’âge (presbyacousie) est très fréquente. Pour autant, elle est mal détectée, mal investiguée et mal traitée, rappellent Séverine Leusie, orthophoniste, docteur en neurosciences, présidente du Groupe de recherche Alzheimer Presbyacousie (GRAPsanté), et ses collègues. L’examen de référence (audiométrie tonale liminaire au casque) doit être fait chez un ORL dans des conditions d’examen parfois difficiles à remplir (matériel, techniques d’examen, cabine insonore, compétences de l’examinateur), qui le rendent peu pratique pour un usage clinique fréquent. Comme alternative, les chercheurs ont validé l’efficacité d’un test simple d’acoumétrie vocale pour dépister et évaluer l’importance de la dégradation auditive chez des patients âgés vivant en établissement. L’étude a été réalisée dans 20 EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, auprès de 207 résidents âgés de plus de 60 ans. Tous ont été évalués au moyen d’une acoumétrie vocale à 5 niveaux de voix (chuchotée, basse, normale, forte et criée) ou d’une audiométrie tonale liminaire au casque. L’acoumétrie vocale à la voix chuchotée a permis de détecter une déficience auditive, quelle que soit sa sévérité), avec une sensibilité de 100% (les personnes réellement atteintes de presbyacousie sont toutes détectées). La spécificité est de 91% pour une perte auditive très légère. Le test d’acoumétrie vocale à la voix chuchotée et aux 5 niveaux de voix a montré une bonne reproductibilité et permet de détecter le stade infra-clinique de la presbyacousie (perte auditive très légère). Pour les chercheurs, il s’agit d’un test de détection et de classification sensible, spécifique et reproductible qui répond aux besoins des médecins généralistes et gériatres pour détecter précocement une déficience auditive légère chez les patients âgés institutionnalisés et sélectionner ainsi ceux ayant effectivement besoin d’une consultation ORL. Les chercheurs proposent également une nouvelle échelle de notation pour la détection précoce de la déficience auditive.

Leusie S et al. Validation d’un test d’Acoumétrie Vocale versus l’Audiométrie Tonale (Étude AcoumAudio). Rev Gériatr 2017 ; 42(7) : 389-402. Septembre 2017.

www.revuedegeriatrie.fr.

Démence et migrations : un test de mémoire pour personnes illettrées

Didier Maillet, du service de neurologie du CHU Avicenne à Bobigny (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), et ses collègues, en collaboration avec le centre d’examens de santé de la caisse primaire d’assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, ont validé un nouveau test pour la mémoire épisodique (TMA-93) proposé à des personnes âgées ayant un faible niveau d’éducation et d’origine culturelle variée. Dans une étude auprès de 376 témoins sains et 94 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, les chercheurs montrent que le test peut identifier les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer avec une haute sensibilité [88% des personnes réellement malades sont identifiées par un test positif] et une très haute spécificité [97% de personnes réellement indemnes de la maladie sont identifiées par un test négatif].

Maillet D et al. The TMA-93: A New Memory Test for Alzheimer’s Disease in Illiterate and Less Educated People. Am J Alz Dis Other Demen 2017; 32(8): 461-467. Décembre 2017. http://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1533317517722630.

Usage de la parole et neurolinguistique : buter sur les mots

Buter sur les mots : un signe prédictif de la maladie d’Alzheimer ? titre Santé Log. La prosodie est un aspect important de la langue parlée. Elle est définie comme l’emphase placée sur certaines syllabes, changements de rythme et variations dans la hauteur du ton et l’intonation, rappellent Sylwia Misiewicz et ses collègues, du département de neurologie de l’Université Columbia (New York, Etats-Unis). La plupart des études sur l’expression et la compréhension de la prosodie se sont surtout intéressées à la prosodie émotionnelle, qui exprime la joie, la colère et la tristesse. Les études sur la prosodie supra-lexicale, qui exprime l’affirmation ou l’interrogation, sont moins nombreuses. Ces fonctions s’appuient sur des réseaux neuronaux distincts, identifiables en neuroimagerie. Les auteurs proposent une revue de la littérature sur l’utilisation de ces méthodes neurolinguistiques dans l’évaluation des capacités cognitives chez les personnes atteintes de démence.

Lorsqu’on montre un mot écrit à une personne, il faut 250 millisecondes pour que le cerveau traite l’information, une activité mesurable par électro-encéphalographie. À l’École de psychologie l’université de Birmingham (Royaume-Uni), Ali Mazaheri et ses collègues observent, auprès de 25 personnes atteintes de déficit cognitif léger, que la vitesse de traitement de l’information, associée au réseau cérébral de la compréhension du langage, est plus lente que chez les personnes sans troubles cognitifs. On ne sait pas encore si ce test est spécifique de la maladie d’Alzheimer.

Misiewicz S et al. Prosodic impairment in dementia: review of the literature. Curr Alzheimer Res, 30 octobre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29086698. Mazaheri A et al. EEG oscillations during word processing predict MCI conversion to Alzheimer's disease. NeuroImage Clin 2018; 17: 188-197. 9 octobre 2017.

www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2213158217302504?via%3Dihub.

https://medicalxpress.com/news/2017-10-word-patients-potential-alzheimer-disease.html, 20 octobre 2017.

Usage de la parole et neurolinguistique : le Petit Chaperon rouge et le discours spontané

À l’Institut de neurosciences du Trinity College de Dublin (Irlande), Paola Falanga et Adrià Rofes étudient le discours spontané des personnes atteintes de maladies neurodégénératives pour étudier les déficits du langage. Pour susciter le discours spontané, les chercheurs utilisent par exemple une illustration du conte du Petit Chaperon rouge, en demandant aux personnes le contenu du panier que celle-ci apporte à sa mère-grand : les personnes changent souvent la structure de leur phrase, interrompent la discussion et recommencent, ajoutent ou remplacent des mots qu’elles ont déjà dits.  Plusieurs variables peuvent être mesurées : la fluence verbale (nombre de mots par minute), la diversité lexicale (la richesse du vocabulaire), la récupération de mots (combien de noms, verbes et adjectifs apparaissent dans le discours), la complexité syntaxique (nombre de propositions principales et subordonnées, longueur de la phrase, les erreurs (phonologiques : « homme » au lieu de « pomme » ; lexicale : « banane » au lieu de « pomme » ; syntaxiques ou grammaticales : « j’ai prendre ma fourchette »).

En France, Alexandra König et ses collègues, de l’Université Côte-d’Azur à Nice (EA CoBTek), en collaboration avec le laboratoire de la parole d’IBM à Haïfa (Israël), utilisent une application mobile pour évaluer le déficit cognitif chez les personnes âgées. Les chercheurs leur demandent de réaliser plusieurs tâches vocales durant une consultation ordinaire : fluence verbale, description d’images, compte à rebours et discours spontané. Dans une étude portant sur 165 personnes, les chercheurs ont extrait les marqueurs vocaux en utilisant des techniques de traitement de signal. La fluence verbale et le discours spontané permettent de différencier significativement le déficit cognitif léger de la maladie d’Alzheimer ou de la démence mixte avec une précision de 92%.

König A et al. Use of Speech Analyses within a mobile application for the Assessment of cognitive impairment in elderly people. Curr Alzheimer Res, octobre 2017. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28847279.  Falanga P et Rofes A. What does remembering the “Little Red Riding Hood” story tell about your cognition? 28 août 2017. www.mappingignorance.org/2017/08/28/remembering-little-red-riding-hood-story-tell-cognition/.

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