Biomarqueurs : trouver un médicament pour que les critères diagnostiques soient utiles

Pour le Professeur Bruno Dubois, chef du service de neurologie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière de Paris, l’un des organisateurs du congrès AAIC (Alzheimer’s Association International Conference 2011) de Paris, « l’avancée principale a été la reconnaissance officielle des biomarqueurs », preuves selon lui d’une signature biologique de la maladie d’Alzheimer, et donc d’un diagnostic précoce. « Il faut maintenant trouver un médicament pour que les critères diagnostiques soient utiles », a-t-il déclaré.

Pour Philippe Amouyel, professeur d’épidémiologie au CHU de Lille et directeur général de la Fondation Plan Alzheimer, « on sent évoluer un certain nombre de grandes tendances » : la notion de diagnostic elle-même, avec des projets de recommandations prenant en compte la phase pré-clinique ; la découverte de biomarqueurs permettant d’identifier les personnes malades avant l’apparition des signes cliniques. « D’autre part, on se demande s'il ne serait pas plus intéressant, en utilisant ces biomarqueurs, de tester les nouveaux médicaments, et éventuellement ceux qu'on connaît déjà, à des phases qui sont plus précoces, c'est-à-dire pré-cliniques, au moment où le potentiel de neurones est encore suffisamment large pour que le patient puisse en bénéficier. Enfin, plusieurs facteurs de risque comme la consommation de tabac, la sédentarité, la dépression, l'obésité, ont été définis. Agir sur ces facteurs semble diminuer la prévalence et la fréquence de la maladie. Toutes ces pistes vont permettre d'améliorer la prise en charge, de faire entrer les sujets à des stades moins évolués de la maladie dans des cliniques pour qu'ils puissent mieux bénéficier des traitements si jamais on arrive à bloquer l'évolution de la maladie ».

www.agevillagepro.com, 2 août 2011. Le Monde, Le Quotidien du Médecin, 22 juillet 2011.

Biomarqueurs : les grands gardiens de la maladie d’Alzheimer

« Ayez confiance dans ce panier de biomarqueurs », lit Richard Taylor dans les dépêches de presse ; « plaçons tous nos espoirs dans ce panier, parce que s’il s’avère que le panier est plein, nous pourrons comprendre un jour que nous aurons avec certitude les traitements que l’on est encore loin d’avoir découverts ». Après tout, c’est la seule liste de souhaits qu’ils nous proposent depuis vingt ans », écrit-il ironiquement, en évoquant la difficulté de porter un diagnostic avec les méthodes actuelles. Il considère ces annonces comme une « double malédiction (double curse) »: « je me sens maudit personnellement parce que je vois le développement de la recherche sur le diagnostic comme une nouvelle justification pour ne pas s’occuper des vrais problèmes des vraies personnes qui vivent maintenant avec les symptômes de la démence : on investit davantage dans la recherche pour demain et de moins en moins dans les questions psychosociales d’aujourd’hui. A mesure que je deviens de plus en plus conscient de mon incapacité croissante à gérer mes propres symptômes, il n’y a simplement aucune raison, aucun espoir de croire que les grands gardiens de la maladie d’Alzheimer (the leadership of the Alzheimer’s disease keepers) osent déclarer un jour : « Stop ! Nous nous écartons de plus en plus vite des personnes atteintes de démence en continuant à courir de plus en plus vite vers les traitements, les pilules, le diagnostic précoce ».

www.richardtaylorphd.com, 18 juillet 2011.

Grande variabilité de la qualité des dosages des biomarqueurs

Le Dr Niklas Mattsson, du Département de psychiatrie et de neurochimie de l’Institut de physiologie et de neuroscience à Mölndal en Suède, avec la participation de quarante laboratoires d’analyses biomédicales dans dix-huit pays, a montré qu’il existe une grande variabilité (entre 13% et 36 %) de la qualité des dosages des biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer dans le liquide céphalo-rachidien (LCR). Ces différences de résultats s’expliquent par des procédures d’analyse des résultats et des kits d’analyse très variables d’un laboratoire à un autre. Selon l’auteur, une standardisation des procédures des laboratoires et l’amélioration de la performance des kits d’analyse devraient améliorer l’utilité de ces biomarqueurs dans le LCR.

Mattsson N et al. The Alzheimer’s Association external quality control program for cerebrospinal fluid biomarkers. Alzheimer’s and Dementia, juillet 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21784349.

Imagerie

Dans un communiqué commun, l’institut Pasteur, le Commissariat à l’Energie atomique (CEA), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut Roche de recherche et de médecine translationnelle, annoncent la signature d’un partenariat public-privé visant à développer de nouveaux outils pour permettre un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer, avant l’apparition des premiers symptômes. L’un des défis scientifiques majeurs est le passage de la barrière hémato-encéphalique par des anticorps. Des fragments d’anticorps de lama, couplés à différents agents de contraste, seront utilisés pour surmonter cet obstacle.

www.senioractu.com, 1er juillet 2011.

Retard au diagnostic

Une étude britannique, menée par les services de santé de Doncaster et de l’Université Hallam de Sheffield auprès de trente-et-une personnes atteintes de démence et quarante-neuf aidants, révèle deux périodes-clé conduisant au retard de diagnostic précoce, qui peut atteindre trois ans : tout d’abord, la période entre la détection des troubles et le moment où l’on en parle avec les membres de la famille ou les amis (période qui dure en moyenne un an), puis  la période allant jusqu’au premier contact avec un professionnel de santé (période qui peut durer deux ans). Le délai moyen entre la première consultation avec un professionnel de santé et une consultation en centre mémoire est de trente-cinq semaines ; toutefois, il est de huit semaines ou moins dans 90% des cas.

Chrisp TAC et al. Dementia timeline : journeys, delays and decisions on the pathway to an early diagnosis. Dementia, 7 juillet 2011.

http://dem.sagepub.com/content/early/2011/07/05/1471301211409375.abstract?rss=1.

Retour haut de page