Histoire naturelle des symptômes psycho-comportementaux de la démence

Le Pr Carol Brayne, de l’Institut de santé publique de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), a coordonné une revue systématique de la littérature sur l’évolution au cours de la vie des symptômes psycho-comportementaux de la démence. Cinquante-neuf études ont été retenues. Leurs objectifs et leurs méthodes sont très hétérogènes. Mais il existe des différences cliniquement pertinentes quant à l’évolution de onze symptômes. L’hyperactivité et l’apathie ont une grande persistance dans le temps et ont une incidence élevée ; la dépression et l’anxiété ont une persistance faible ou modérée et une incidence modérée ; les symptômes psychotiques (délires, hallucinations) ont une persistance faible et une incidence faible à modérée.

Van der Linde RM et al. Longitudinal course of behavioural and psychological symptoms of dementia: systematic review. Br J Psychiatry 2016 ; 209(5) : 366-377. Novembre 2016. http://bjp.rcpsych.org/content/bjprcpsych/209/5/366.full.pdf (texte intégral).

Les décès liés à la démence : un biais de codage

Aux Etats-Unis, l’espérance de vie a reculé (de 0.1 an) pour la première fois en vingt-deux ans, selon les centres de contrôle et de prévention de la maladie (CDC).  Ce recul est dû à une augmentation de la mortalité entraînée par la maladie d'Alzheimer - de loin la plus forte hausse (+15.7%) - mais aussi de pathologies cardiovasculaires (+0.9%), de maladies respiratoires chroniques (+2.7%), rénales (+1.5%), d'accidents (+6.7%), d'attaques cérébrales (+3%), du diabète (+1.9%) et des suicides (+2.3%). En Angleterre et au Pays-de-Galles en 2015, selon le Bureau britannique des statistiques, la part des décès attribués à la démence atteint 11.6%. « Pour la première fois, la démence a dépassé la maladie cardiaque ischémique comme première cause de mortalité ». Les causes de ce changement sont le vieillissement de la population, une meilleure reconnaissance, un meilleur diagnostic et un meilleur suivi de la maladie, mais aussi le succès des traitements et de la prévention d’autres maladies. [Il convient toutefois de rester prudent : l’attribution à la maladie d’Alzheimer de la cause principale de décès résulte de l’avis du médecin qui signe le certificat de décès. Il existe un biais de codage important : le décès résulte-t-il principalement d’un arrêt cardio-respiratoire ou d’une autre cause ? L’attribution de la cause du décès à la démence traduit probablement une plus grande sensibilisation des médecins à ce syndrome.] Par ailleurs, l’éditorialiste du Lancet utilise cette nouvelle « augmentation de la mortalité entraînée par la maladie d'Alzheimer » pour dénoncer une « réalité des soins inacceptable » dans ce domaine, et déplore le manque de formation à la démence des cinq cent vingt mille professionnels du domicile britannique : 38% n’ont jamais été formés ; 43% ont demandé une formation qui leur a été refusée dans 50% des cas, selon la Société Alzheimer britannique.

Editorial: The unacceptable reality of care for people living with dementia. Lancet 2016 ; 388. 26 novembre 2016. www.lesechos.fr/monde/ameriques/0211574691002-lesperance-de-vie-recule-aux-etats-unis-pour-la-premiere-fois-en-22-ans-2048990.php, 8 décembre 2016.

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