La prise en charge des personnes âgées à l’horizon 2050-2060

« Quelle sera la population en perte d’autonomie de demain ? Les personnes âgées en perte d’autonomie vieilliront-elles plus souvent avec un conjoint en mesure de les aider ou un conjoint lui-même en situation de dépendance ? », s’interrogent Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques (IPP) et chercheur associé à l’École d’économie de Paris, Roméo Fontaine, maître de conférences en économie à l’Université de Bourgogne Franche-Comté, chercheur associé à la Fondation Médéric Alzheimer, et Manuel Plisson, responsable du pôle Études économiques et actuarielles à la Fondation Médéric Alzheimer. « Les interrogations de nature démographique sont nombreuses et cruciales pour ceux qui désirent anticiper l’évolution des besoins de prise en charge et les réponses à y apporter. Dans une démarche prospective, il est cependant indispensable d’enrichir la réflexion par une analyse des évolutions socioéconomiques susceptibles de peser sur la demande et l’offre de prise en charge. Comment l’évolution des niveaux de retraites, des patrimoines, ou encore des niveaux d’instruction va-t-elle reconfigurer la demande de services médico-sociaux, le recours à l’aide informelle et le montant du reste à charge ? Comment l’évolution du taux d’activité des femmes ou l’éloignement géographique des familles vont-ils impacter le soutien familial effectif ? C’est pour tenter de répondre à ces questions que la Fondation Médéric Alzheimer s’est associée en 2015 à des chercheurs de l’École d’économie de Paris et de l’Institut des politiques publiques (IPP), afin de créer une chaire consacrée à l’étude de la prise en charge des personnes âgées dépendantes. La Banque Postale Prévoyance, la mutuelle Mutex et le réassureur mutualiste MutRé ont rejoint le cercle des partenaires de la chaire.« L’originalité du projet de recherche de cette chaire, dirigée par Pierre-Yves Geoffard, réside dans le choix d’une approche socio-économique de la dépendance et de sa prise en charge, qui allie les compétences de la Fondation Médéric Alzheimer en matière de dépendance à l’expertise de l’IPP en matière de microsimulation », expliquent les chercheurs. « Le projet consiste à créer un module "dépendance" au sein du modèle de microsimulation dynamique du "cycle de vie" développé par l’IPP, TAXIPP-LIFE. Cet enrichissement permettra, à terme, de projeter les futures conditions de vie d’un échantillon représentatif de personnes âgées dépendantes et d’évaluer, au niveau individuel et collectif, l’éventualité des réformes du système de prise en charge de la perte d’autonomie. »

Bozio A et al. La prise en charge des personnes âgées à l’horizon 2050-2060. Une chaire « Dépendance » à l’Institut des politiques publiques. Recherches sur le vieillissement 2016 ; 7. Mai 2016. www.statistiques-recherches.cnav.fr/images/publications/lettre-info-gdr/GDR-Lettre-information-7.pdf.

Société vieillissante, société innovante – L’ESS au défi du vieillissement démographique, de Futuribles International et La Fonda-Fabrique...

Quel rôle peuvent tenir les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans la réponse à apporter au défi du vieillissement de la population ? La Fonda-Fabrique associative et Futuribles, centre de réflexion et d’études prospectives, ont réuni de nombreux acteurs du domaine pour élaborer quatre scénarios. Ce projet a été cofinancé par le Fonds social européen et de nombreux partenaires (MACIF, OCIRP, Chorum, Malakoff-Médéric, la Croix-Rouge française, la Fondation EDF, la Fondation Crédit coopératif, la Caisse des dépôts, la Fondation Caritas France, les petits frères des Pauvres, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, le ministère des Affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, le ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique). 1/ Dans le premier scénario (2015 à 2025), « la France à la dérive », le déclin économique et la crise sociale s’aggravent. Les solidarités informelles, familiales ou de voisinage demeurent précaires tant la situation économique et sociale est dégradée. La société française, de plus en plus duale, se polarise en une classe de personnes hautement qualifiées, très mobiles, bien rémunérées, et des populations précaires, aux faibles revenus, vivant d’activités informelles. 2/ Dans le deuxième scénario, « vers un nouvel ordre moral » (2020-2025), « sur fond d’exaspération générale vis-à-vis des institutions politiques et à la faveur de vagues de protestation vigoureuses, un régime autoritaire d’inspiration libérale voit le jour. La déréglementation du travail et la réduction de l’aide sociale contribuent à l’accroissement des inégalités. » D’importants phénomènes de pauvreté apparaissent chez les personnes âgées dont l’espérance de vie en bonne santé chute de manière sensible. » 3/ Dans le troisième scénario, « la social-démocratie réinventée » (2020-2035), un gouvernement d’inspiration social-démocrate porte une nouvelle conception de la modernisation de l’économie et de la société articulée autour du principe de responsabilité. Seuls les risques maladie et invalidité sont couverts par le système public de santé. Les assurés sont soumis à un strict contrôle concernant les efforts qu’ils font eux-mêmes en vue de préserver leur capital-santé, grâce à un carnet de santé numérique permettant une traçabilité de leur trajectoire. Les politiques publiques sont axées sur la prévention. Ce sont les villes qui mettent en œuvre les politiques sociales. 4/ Dans le quatrième scénario, « la société digitale et collaborative » (2020-2035), prenant appui sur une infrastructure sociale numérisée, l’économie de marché réinvente son offre et développe une activité où l’usage des biens prime sur leur propriété (économie de la fonctionnalité). Un nouveau système d’assurance collective couvre tous les risques de l’existence (pauvreté, dépendance, maladie ou chômage) auquel tous les citoyens doivent contribuer, soit financièrement, soit par le temps qu’ils peuvent consacrer à des activités bénévoles ou d’entraide. L’État est garant de la bonne gestion de ce système d’assurance. Quel que soit le scénario d’évolution du contexte, les acteurs de l’économie sociale et solidaire peuvent se positionner sur neuf « questions essentielles » : le capital-santé, l’activité des seniors, les revenus et le patrimoine, les relations sociales, le soutien aux aidants, les lieux de vie, la mobilité, la participation citoyenne et la fin de vie.  En s’appuyant sur l’analyse d’une dizaine de monographies consacrées à des projets jugés innovants par rapport à ces questions essentielles, le groupe de travail a élaboré des pistes stratégiques. Par exemple, de nouvelles modalités d’aide aux aidants, à l’image des solutions de répit comme les « villages répit famille » ou d’échange entre pairs comme les cafés des aidants, et le développement de formes d’habitat intermédiaire groupé (habitat partagé, colocation intergénérationnelle, habitat coopératif).

Futuribles International - La Fonda, fabrique associative. Société vieillissante, société innovante – L’ESS au défi du vieillissement démographique. Rapport final, février 2016. www.fonda.asso.fr/IMG/pdf/rapport_silver_def_web.pdf (texte intégral). Actualités sociales hebdomadaires, 24 mai 2016.

Le soin, une valeur de la République - Ce que soigner signifie, d’Emmanuel Hirsch

« Comment concevoir une éthique partagée au service des valeurs de la cité ? », s’interroge Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à la Faculté de médecine de l’Université Paris-Sud, directeur de l’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France au sein de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, et de l’Espace national de réflexion éthique sur les maladies neurologiques dégénératives (EREMAND). « Répondre à cette question, c’est engager une réflexion sur les valeurs constitutives du soin et de l’accompagnement à la lumière de la vie démocratique. Par l’attention portée aux individus, aux droits de la personne et aux situations de vulnérabilité, les professionnels et les bénévoles des associations qui interviennent dans les champs du sanitaire et du médico-social incarnent des valeurs de sollicitude, de solidarité, de justice. Ce souci du bien commun n’éclaire-t-il pas le lien social ? Que signifie soigner l’autre et lui consacrer une attention dans un contexte où l’individualisme, la solitude, la culture de l’instant présent semblent altérer les principes qui rassemblent autour d’engagements communs, voire une certaine idée de la fraternité ? Les espaces et la culture du soin ne sont-ils pas emblématiques d’un engagement citoyen, et propices à un ressourcement ou à une nouvelle signification des valeurs républicaines ? Témoignant d’un parcours personnel, la réflexion proposée se confronte aux situations parmi les plus éprouvantes et délicates pour les pratiques soignantes et les vies individuelles que sont la démence, la maladie gravement invalidante, la douleur, la fin de vie, afin de donner à mieux comprendre leurs enjeux éthiques, sans se départir jamais d’un abord sensible. » Pour Annie de Vivie, d’Agevillage, Emmanuel Hirsch, acteur éthique engagé, « explique l’évolution de la relation avec la personne malade, qui veut rester "humaine", citoyenne, malgré la maladie, malgré la relégation sociale qu’on lui inflige. Il salue les compétences, l’humanité, la tendresse, la sollicitude de tous ces professionnels, sensibles à la douleur, à la recherche du soin juste, abordant sans paternalisme le secret professionnel. Et si le "H" de EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) devenait "hospitalité" ? Un ouvrage dense, engagé, qui invite au débat en équipe, avec les personnes concernées, avec leurs proches. »

www.agevillagepro.com, 23 mai 2016. Hirsch E. Le Soin, une valeur de la République - Ce que soigner signifie. 13 mai 2016. Paris : Les Belles Lettres. 224 p. 978-2-251-43038-6.

www.lesbelleslettres.com/livre/?GCOI=22510100617030.

Singapour : l’activité d’aide doit-elle être assurée par des aidants familiaux ou par des travailleurs immigrés ?

À Singapour, en 2030, 6.9% des aidants informels (0.34% de la main d’œuvre domestique) devraient quitter le marché du travail pour s’occuper de leur proche, selon un modèle de microsimulation dynamique développé par John Ansah et ses collègues, dans le cadre d’une collaboration entre le centre médical de l’Université Duke à Durham (Caroline du Nord, Etats-Unis) et le département de politique de santé et management de l’Université de Séoul (Corée du Sud). Ce retrait des aidants informels du marché du travail peut être réduit grâce à des politiques adaptées. Cependant, le nombre de travailleurs requis pour déployer davantage de services d’aide à l’autonomie est plus grand que le nombre d’aidants qui pourraient retourner travailler. Les décideurs politiques se retrouvent donc devant un dilemme entre l’aide à domicile reposant principalement sur les aidants informels, et l’ouverture des frontières à une immigration de travail. Un article du quotidien Straits Times évoque également les « carrières sacrifiées » des aidants de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, le manque de soutien et d’infrastructure dans le système de prise en charge, et le manque de formation des aides à domicile.

Ansah JP et al. Projecting the effects of long-term care policy on the labor market participation of primary informal family caregivers of elderly with disability: insights from a dynamic simulation model. BMC Geriatr 2016; 16(1):69. 23 mars 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4806512/pdf/12877_2016_Article_243.pdf(texte intégral). Alzheimer’s Insights, 3 mai 2016. www.straitstimes.com/singapore/more-help-needed-for-dementia-caregivers, 2 mai 2016.

Éthique et management du soin et de l’accompagnement, d’Alice Casagrande

Alice Casagrande est directrice de la formation et de la vie associative à la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs). Dans son nouvel ouvrage, elle donne la parole à des managers de terrain, qui décrivent et analysent leurs expériences en établissements et services à domicile pour personnes âgées et handicapées. Elle invite à « penser la dissonance entre les valeurs affichées et les pratiques au quotidien. » Comment développer cette pensée collective, cette éthique de la responsabilité ? s’interroge Michel Laforcade, directeur de l’Agence régionale de la santé (ARS) Aquitaine dans la préface de l’ouvrage. « Tout d’abord : partager la vision d’un prendre soin de qualité auprès de personnes vulnérables, mais toujours vivantes (avec des capacités). Elles risquent de subir le pouvoir des professionnels, de l’institution abusive, des injonctions contradictoires des financeurs. Les représailles, les habitudes, la lassitude, le sentiment d’impuissance, l’obligation de fonctionnement plutôt que la qualité, les huis clos… peuvent ne pas rencontrer de questionnements, de positions claires, affirmées et défendues. » Pour Annie de Vivie, d’Agevillage, « les expériences de terrain présentées montrent à quel point le métier de manager est un travail de tissage entre les dimensions potentiellement concurrentes d’une institution (individu versus collectif, court versus long terme). Il faut du temps, des lieux, des espaces d’expression, une "éthique de la discussion" pour construire une argumentation, une décision la plus "juste". Face à l’urgence, face à la pression de l’immédiateté (accélérée par les technologies de l’information), face à la passion d’agir et de se sentir utile, Alice Casagrande recommande aux managers de prendre du temps, de différer une décision pour se poser, réfléchir, demander conseil. Une fois la crise passée, l’idéal serait d’anticiper, de réfléchir aux principaux dilemmes rencontrés (fin de vie, actes complexes, professionnels incompétents, conflits de valeurs). Le manager devra se montrer exemplaire dans l’action quotidienne ("l’acte avant la puissance", selon Aristote). Un des points de vigilance est le pourrissement de situations à risque de maltraitance. Ces temps, ces lieux, ces soutiens à la réflexion pour construire une culture de l’élaboration du projet d’établissement, de services représentent un coût, non fléché à ce jour. À quel prix ! Celui des difficultés quotidiennes, des risques d’épuisement, des coûts de la non qualité, de la standardisation impossible des politiques d’aide et de soin au regard des variétés et des singularités… »

Casagrande A. Éthique et management du soin et de l’accompagnement. 2016. Paris : Dunod. 224 p. ISBN 978-2-1007-4726-9. www.dunod.com/sciences-sociales-humaines/action-sociale-et-medico-sociale/etablissements/ethique-et-management, 17 mai 2016. www.agevillagepro.com.

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