Éloge de l’insuffisance, de Jean-Yves Barreyre

« Ils sont en France plusieurs millions, ceux qu’on appelle les "aidants familiaux". Discrets, parfois tristes, parfois avec de l’énergie pour quatre ; forts et fragiles. Nécessaires et insuffisants », écrit Jean-Yves Barreyre, directeur du Centre d’études, de documentation et d’action sociale (CÉDIAS), responsable du pôle études recherches et observation (PERO) de l’Association nationale des centres régionaux d’études, d’action et d’information (ANCREAI) en faveur des personnes en situation de vulnérabilité, et vice-président du Conseil scientifique de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). « Faire l’éloge de l’insuffisance est une autre manière de dire la nécessaire interdépendance des membres de la société et de mettre en évidence les forces insoupçonnées que recèle la vulnérabilité » : « les intéressés évoluent en équilibre instable et précaire à l'intérieur de "chaînes d'interdépendances" sur lesquelles ils ont peu de prise, qui articulent leurs ressources personnelles, celles de leurs proches et celles de leur environnement. » « N’est-ce pas l’insuffisance constitutive de l’être humain qui, en se revendiquant comme telle, permet de fonder le lien social comme une nécessité réciproque de vivre et de travailler ensemble ? Les configurations sociales de vulnérabilité qui concernent les " perdus de vue" de la République sociale – jeunes incasables, familles avec un enfant autiste ou polyhandicapé, un adulte handicapé, ou des parents atteints de la maladie d’Alzheimer – mobilisent des compétences et des savoir-faire le plus souvent ignorés de tous, qui permettent de remplacer pour un temps toutes les aides prévues par le système de protection sociale habituelle. » 

www.creaicentre.org, www.creai-bretagne.org, 21 mai 2015. Actualités sociales hebdomadaires, 22 mai 2015. Barreyre JY. Éloge de l’insuffisance. 16 octobre 2014. Toulouse : Erès. 288 p.  ISBN : 978-2-7492-4275-0. www.editions-eres.com/parutions/societe/pratiques-du-champ-social/p3507-....

Prévenir les maltraitances envers les personnes âgées vulnérables, de Jean-Michel Caudron, Valentine Charlot, Marie-Pierre Grange et Caroline Gu...

Jean-Michel Caudron est consultant en ingénierie gérontologique. Valentine Charlot est neuropsychologue à la Faculté de psychologie de l’Université catholique de Louvain, Marie-Pierre Grange est conseillère spécialisée à la direction de l’ingénierie médico-sociale au département du Rhône. Caroline Guffens est directrice de maison de retraite et administratrice de l’association belge Le Bien vieillir. Dans un ouvrage destiné aux cadres territoriaux, ils écrivent : « la maltraitance des personnes âgées, longtemps considérée comme une affaire privée, est devenue, depuis le début des années 2000, un problème de santé publique. L'ampleur reste difficile à quantifier, car aucune approche méthodologique partagée et commune des faits de maltraitance n'existe. C'est un phénomène souvent insidieux, devant lequel réticence à dénoncer et mutisme persistent. Les gouvernements successifs ont fait évoluer la législation et les politiques publiques en matière de prévention et de lutte contre la maltraitance. Prévenir la perpétration d'abus à l'égard des aînés, leur offrir des environnements sécurisants et exempts de toute forme de maltraitance est le but recherché. L'État doit veiller à la protection des personnes vulnérables par l'ensemble des acteurs concourant à leur prise en charge. L'élaboration de procédures, d'outils et de guides de bonnes pratiques a permis aux professionnels de revisiter leurs modes d'interventions, à domicile ou en établissement. » 

Caudron JM et al. Prévenir les maltraitances envers les personnes âgées vulnérables, Mai 2015. Paris : Territorial Éditions. 234 p.  ISBN : 978-2-8186-0806-7. www.territorial.fr/PAR_TPL_IDENTIFIANT/584/TPL_CODE/TPL_OUVR_NUM_FICHE/PAG_TITLE/Pr%E9venir+les+maltraitances+envers+les+personnes+%E2g%E9es+vuln%E9rables+/1007-fiche-auteur.htm. www.senioractu.com, 16 juin 2015.

Protéger les majeurs vulnérables -Quelle place pour les familles ? de Karine Lefeuvre et Sylvie Moisdon-Chataignier

Aujourd'hui en France, en raison d'un handicap, de la vieillesse ou de l'exclusion, 800 000 personnes majeures font l'objet de mesures de protection (curatelle, tutelle, mandat de protection...), rappellent Karine Lefeuvre professeur à l’École de hautes études en santé publique (EHESP), directrice adjointe du département des sciences humaines et sociales, membre du laboratoire « Institut de l'Ouest : droit et Europe » (IODE, UMR 6262), et Sylvie Moisdon-Chataignier, maître de conférences, présidente de l'Association pour la diffusion et la connaissance du droit dans le secteur social, médico-social et éducatif (ADICOD), du même laboratoire de recherche. Près de la moitié des mesures de protection sont assumées par les familles, dont le rôle essentiel a été reconnu par la loi du 5 mars 2007. Mais la transformation des structures familiales, en plus des situations d’éloignement, complique les mesures de protection. Parfois, la légitimité des familles quant à la protection de leur parent doit être interrogée. Les deux juristes publient un ouvrage qui permet de découvrir toute la palette des modalités de protection des majeurs. « Des professionnels du soin, du droit ou de l’aide sociale, des proches de majeurs protégés soulignent de façon exemplaire les avancées et les difficultés qu’ils rencontrent qu quotidien pour atteindre leur objectif commun : protéger les personnes vulnérables et les familles. » Dans la préface de l’ouvrage, Anne Caron-Déglise, magistrat, pose la problématique : « c’est souvent lorsque la personne n’a pas de famille que naît le besoin d’une protection. Mais la personne elle-même, fragilisée par les altérations qu’elle présente, peut-elle vraiment toujours élever la parole pour demander une protection et à qui peut-elle s’adresser ? La subsidiarité de l’intervention de la collectivité publique, et en particulier du juge, ne présente-t-elle pas aussi des risques au regard des droits fondamentaux, de la dignité et du respect de l’autonomie des personnes ? Les familles veulent-elles toujours assumer le rôle de protecteur, officiellement ou non, et le peuvent-elles ? Se questionnent-elles suffisamment sur les besoins et sur les volontés réelles de celui qu’elles accompagnent ? Peuvent-elles dépasser ce qui, dans leur histoire passée ou dans leur vie présente, les oppose à leur parent affaibli ou entre leurs membres ? Ce sont autant de questions posées au quotidien qui se résolvent encore trop souvent par des rapports de force au détriment de la personne vulnérable. » Pour la magistrate, « les professionnels de l’accompagnement social et médico-social, ceux du soin et ceux de la protection juridique ont un rôle à jouer pour apaiser ces tensions en proposant des solutions adaptées d’abord aux personnes elles-mêmes, à partir d’une évaluation pluridisciplinaire de la situation comprenant une analyse des liens et des soutiens dont la personne peut bénéficier. Cela suppose un effort de compréhension mutuelle et d’ouverture aux compétences acquises dans d’autres champs. Cela suppose aussi un questionnement permanent et une véritable démarche pour faire respecter effectivement les droits des personnes et promouvoir, autant qu’il est possible, leurs capacités. De telles pratiques existent sur les territoires et des travaux ont été lancés pour rapprocher les professionnels et les familles, et proposer des solutions d’information, d’accompagnement et de soutien. »

Lefeuvre K et Moisdon-Chataigner S (coord.). Protéger les majeurs vulnérables - Quelle place pour les familles ? Rennes : Presses de l’EHESP. 16 juin 2015. 254 p. ISBN : 978-2-8109-0374-0. http://fr.calameo.com/read/004146568b897150a26db (extraits).

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