A l’exception de 0,3% des personnes malades, qui présentent une forme précoce de la maladie en raison d’une mutation génétique, on ne connaît toujours pas les causes de la maladie d’Alzheimer. Et le professeur Bruno Dubois, chef du centre des maladies cognitives et comportementales de La Pitié-Salpêtrière, en tire une conclusion quelque peu désabusée : « Rien ne sert d’éradiquer des protéines anormales dans le cerveau si cela n’est suivi d’aucune amélioration clinique » (Le Figaro, 3 mai). Même son de cloche dans toute la presse scientifique internationale : il n’existe pas de consensus sur des critères de diagnostic hautement fiables pour le déclin cognitif, le déficit cognitif léger et la maladie d’Alzheimer (NIH News National Institutes of Health State-of-the-Science Conference Statement, Preventing Alzheimer’s Disease and Cognitive Decline, 26-28 avril ;www.cbsnews.com, 28 avril). Certains vont même jusqu’à considérer que le concept de déficit cognitif léger, en tant que catégorie diagnostique, prédictrice de démence, serait très peu valide et devrait être abandonné au profit d’une approche plus complexe et plus évolutive (www.mythe-alzheimer.over-blog.com, 17 mai).
Le but ultime, rappelle Philippe Amouyel, responsable au plus haut niveau de l’initiative conjointe de recherche européenne, est évidemment de trouver un traitement pour la maladie et de permettre un diagnostic précoce en vue de mettre en place des thérapeutiques ciblées. Mais le délai pour atteindre cet objectif n’est pas prévisible. En attendant, il est essentiel d’appliquer dès aujourd’hui des solutions concrètes pour alléger, même partiellement, la situation des familles et le fardeau économique lié à la prévalence croissante de la maladie (Dementia in Europe, avril 2010).
Brutalement résumé : le temps du réalisme est enfin venu.
Dès que l’on consent ainsi à regarder en face les vérités dérangeantes, des questions encore plus dérangeantes se posent : avons-nous les moyens financiers de nos ambitions ? Sommes-nous sûrs que l’organisation de notre système de soins réalise l’affectation la plus efficace de nos ressources ?
Le déficit financier le plus éclatant, le plus commenté dans les medias et dans le débat politique, c’est évidemment celui des retraites. On sait que le rapport remis au gouvernement par le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit qu’à l’horizon 2050 il y aurait moins de 1,2 cotisant pour un retraité. Le financement du système de retraite varierait de soixante-douze milliards d’euros (1,7% du PIB, hypothèse « optimiste ») à cent quinze milliards (3% du PIB, scénario « pessimiste »). Selon le COR, dont les conclusions sont vivement débattues par l’opposition et certains syndicats, aucune des hypothèses de durée d’assurance et d’âge de départ ne permettrait de combler les déficits. Il faudrait envisager d’agir sur d’autres leviers, comme l’augmentation des prélèvements obligatoires ou la baisse des prestations (Actualités sociales hebdomadaires, 23 avril ; Conseil d’orientation des retraites, 8ème rapport, 14 avril).
Face à ces évaluations, le gouvernement a présenté quatorze engagements, dont celui d’écarter « toute hausse générale des impôts ou des cotisations sociales », mais avec une « contribution supplémentaire sur les hauts revenus et les revenus du capital », exclue du bouclier fiscal (Les Echos, 17 mai).
Moins voyant, mais plus explosif à court ou moyen terme, le problème de l’endettement des départements pour faire face aux charges liées à la dépendance commence à prendre une place importante dans le débat public. Pour l’agence de notation financière Standard & Poor’s, la détérioration de leurs finances relève de l’accroissement de leurs dépenses obligatoires, insuffisamment compensées par l’Etat : le taux de couverture de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) est tombé de 41% en 2003 à 30% en 2008. La crise de l’immobilier a mis un terme à l’explosion des droits de mutation. La solvabilité des départements ne pourra que continuer à se détériorer rapidement au cours des prochaines années (www.standardandpoors.com, 19 avril).
Dans ce contexte de restrictions budgétaires, « le système actuel de l’aide à domicile se meurt », constate une responsable de la Sarthe, qui signale « une opposition entre une politique nationale de développement de services et la capacité ou la volonté des Conseils généraux de les financer ». D’où le risque d’« une sélection des personnes aidées », en abandonnant les prises en charge les plus onéreuses, celles des personnes les plus dépendantes, ou d’accorder la priorité aux seules personnes solvables (Soins Gérontologie, Maillard A, mars avril 2010).
Pour la commission présidée par le député UMP Gilles Carrez, chargée d’analyser les dépenses des collectivités territoriales, l’Etat devrait revoir au plus vite la politique sociale que les départements doivent assurer financièrement, notamment l’APA et l’allocation de compensation du handicap (PCH) : « les lois votées en matière sociale sont au dessus de nos moyens », conclut-il dans son rapport (Direction(s), mai 2010; Les Echos, 29 avril).

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