Gériatrie : une spécialité à part entière

La réforme du diplôme des études spécialisées (DES) entrée en vigueur le 1er novembre dernier, consacre la gériatrie comme une spécialité à part entière. À moyen terme, cette réforme fera disparaître la « capacité en gériatrie », le diplôme largement le plus utilisé par la profession pour se former. « En créant cette spécialité, nous avons obtenu que la capacité soit maintenue jusqu’en 2020 ou 2021, afin d’assurer un tuilage entre cette dernière et la sortie des premiers gériatres issus du DES. Par conséquent, il devient impératif d’organiser une formation spécifique aux fonctions de médecin coordonnateur », sous la forme d’un diplôme universitaire national, annonce Claude Jeandel, président du Conseil national professionnel (CNP) de gériatrie. Les médecins coordonnateurs s’inquiètent. La plupart sont d’anciens médecins généralistes qui ne peuvent s’absenter de leur cabinet sur une longue période pour reprendre des études universitaires. Cette formation devrait être prodiguée par des acteurs de terrain qui connaissent les contraintes du métier : les médecins coordonnateurs eux-mêmes, argumente pour sa part Renaud Marin la Meslée, vice-président du Syndicat national des généralistes et gériatres intervenant en EHPAD. Arnaud Caupenne, membre de l’Association des jeunes gériatres hospitaliers, s’interroge : faut-il donner au médecin coordonnateur la possibilité de prescrire ou alors organiser la coexistence au sein de chaque établissement, d’un médecin prescripteur, en l’occurrence un gériatre, et d’un médecin coordonnateur ? Pour l’instant, le nombre de gériatres est insuffisant pour assumer ce type de missions mais avec la réforme du diplôme d’études spécialisées, leur nombre va augmenter et il faudra envisager cette option.

Collège national des enseignants de gériatrie. Diplôme d’étude spécialisées de gériatrie. Maquette et organisation officielles. www.ajgh.fr/pages/des-geriatrie/organisation-du-des.html, 22 août 2017 (texte intégral). Le Journal du médecin coordonnateur, octobre-décembre 2017.

Du temps infirmier pour maintenir le sens de la cohérence chez les personnes malades

Daniela Lillekroken, de la Faculté des sciences du sport et de la santé de l’Université d’Agder (Norvège), et ses collègues infirmières, s’intéressent aux meilleures pratiques pouvant maintenir le « sens de la cohérence » chez les personnes atteintes de démence, c’est-à-dire le sentiment que les événements de la vie sont structurés, prévisibles et explicables ; que l’on dispose des ressources disponibles pour répondre aux exigences de l’existence ; et que ces exigences méritent que l’on y consacre du temps et de l’énergie. Le slow nursing (prise en charge infirmière incitant à passer davantage de temps avec la personne malade pour améliorer la qualité des soins) permet le maintien de ce sens de la cohérence, selon les chercheuses. Celles-ci ont observé, pendant 4 mois, 55 résidents de 2 maisons de retraite et ont réuni des groupes de travail avec 11 infirmières. Trois thèmes ont émergé : être dans l’instant présent, faire une seule chose à la fois et créer de la joie et du contentement.

Lillekroken D et al. The meaning of slow nursing in dementia care. Dementia (London) 2017; 16(7): 930-947. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26710798.

Le « patient sans valeur »

En Australie, Robin Digby et ses collègues, de l’École infirmière de l’Université Monash à Frankston ont demandé à 29 infirmières d’évaluer, de façon critique, les raisons de la faible qualité des soins aux personnes atteintes de démence en unité de soins de suite et de réadaptation gériatrique. Le premier thème émergeant de la discussion est celui du patient « sans valeur » économique dans le cadre médico-administratif de l’hôpital. La pression budgétaire oblige les hôpitaux à justifier chaque dépense, à accroître le flux de patients et à minimiser les risques. Les patients atteints de démence peuvent être hospitalisés plus longtemps en raison de leur fragilité, de complications cliniques ou de problèmes sociaux. La focalisation sur la sortie rapide des patients modifie le cadre de pensée et les habitudes des infirmières : les personnes ayant des comorbidités multiples sont mal vues, ne sont pas considérées comme prioritaires et on leur alloue moins de ressources. La culture organisationnelle incite les infirmières à adopter ce point de vue. Pour les chercheurs, face aux priorités managériales, il est nécessaire de maintenir des pratiques empathiques chez les infirmières.

Digby R et al. The ‘unworthy’ patient with dementia in geriatric rehabilitation hospitals. Collegian, 18 octobre 2017; www.collegianjournal.com/article/S1322-7696(17)30085-9/pdf (texte intégral).

Représentations de la démence : le rôle du médecin généraliste

Dianne Gove, directrice des projets d’Alzheimer Europe, Neil Small et Murna Downs, de l’École des études sur la démence à l’Université de Bradford (Royaume-Uni) et Myrra Vernooij-Dassen, du centre médical de l’Université de Radboud (Pays-Bas), ont interrogé 23 médecins généralistes britanniques sur leur perception de la stigmatisation liée à la démence. Les praticiens évoquent, dans leur difficulté à communiquer avec la personne malade, les stéréotypes du stade avancé de la démence et le manque d’opportunités pour la personne malade de s’engager dans un échange réciproque. Pour les chercheurs, les médecins généralistes ont un rôle clé pour remettre en cause ces stéréotypes. S’ils étaient formés à la communication avec les personnes atteintes de démence, ils pourraient accroître leurs possibilités d’échanger, pour améliorer la qualité des soins, la qualité de vie des personnes, le maintien de leur inclusion sociale et les perceptions de leur personnalité. La formation par les pairs dans le domaine de la démence, en petits ateliers centrés sur la pratique, se développe rapidement, constatent Tara Foley et ses collègues, du département de médecine générale de l’Université de Cork (Irlande).

Gove D et al. General practitioners' perceptions of the stigma of dementia and the role of reciprocity. Dementia (London) 2017; 16(7): 930-947. Octobre 2017.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26759447. Foley T et al.The development and evaluation of peer-facilitated dementia workshops in general practice. Educ Prim Care, 20 octobre 2017.www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29050541.

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