« Champions de la démence » en hôpital général : qu’en pensent les jeunes médecins ?

Autrefois, un champion était « celui qui combattait en champ clos pour défendre la cause d’une autre personne ou la sienne propre ». Aujourd’hui, le terme désigne une personne qui excelle dans une activité. Et un « champion de la démence » (dementia champion) ? Au Royaume-Uni, dans certains services hospitaliers, notamment en gériatrie et en chirurgie orthopédique, la proportion des patients présentant des troubles cognitifs plus ou moins sévères peut atteindre 40%. Iain Wilkinson et ses collègues, des services nationaux de santé du Surrey et du Sussex, font partie d’une équipe spécialiste de la démence et de l’état confusionnel aigu (delirium) impliquée dans le changement des pratiques professionnelles dans un hôpital général. Quels sont les facteurs motivant de jeunes médecins à s’engager dans un tel programme et devenir un « champion de la démence » ? Trois thèmes émergent : avoir eu une expérience préalable de la démence (souvent avec un membre de la famille), être impliqués dans un projet avec des pairs et penser qu’ils en retireront des connaissances et des compétences. Les chercheurs ont observé une transformation de l’attitude de ces jeunes médecins durant l’apprentissage de leur nouveau rôle de « champion de la démence » : ils ont initié le changement dans la pratique quotidienne et ont acquis jour après jour une information personnelle sur leurs patients atteints de démence, appris à communiquer ace eux, compris la nature globale de leurs besoins et se sont impliqués davantage dans les soins auprès de ces personnes. Ils ont eu une approche de leader. Ils ont « passé un seuil » dans leur métier en soins gériatriques.

Wilkinson I et al. Junior doctor dementia champions in a district general hospital (innovative practice). Dementia (London) 2016; 15(2): 263-272. Mars 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25924617.

Les risques du métier : accidents du travail

Les accidents du travail dans le secteur de l’hébergement médicalisé ont augmenté de 28% entre 2010 et 2014, alors que dans la majorité des secteurs, elle stagne ou diminue. Aujourd’hui, ces accidents du travail représentent plus d’un million de journées perdues en EHPAD. Le risque le plus fréquent est lié aux « manutentions manuelles » (68% des accidents du travail avec arrêt en 2014). Dans ce secteur d’activité, il s’agit essentiellement des « manutentions de personnes âgées. »Les établissements sont sous-équipés en aides techniques et les soignants insuffisamment formés. Les partenaires sociaux ont voté une recommandation précisant que la manutention d’un résident ne doit jamais se faire par une personne seule, mais avec deux soignants a minima. Pour des raisons économiques notamment, « les EHPAD ont du mal à analyser les problèmes de santé au travail et donc à s’équiper », écrit Marie-Suzel Inzé, de Géroscopie. Le deuxième risque le plus fréquent est la chute de plain-pied. En effet, dans les établissements non rénovés, les sols glissants, pentus et les passages encombrés ne sont plus adaptés aux activités actuelles. Les salariés manipulent des chariots dont le poids peut dépasser 250 kg, et parfois sur des pentes de plus de 6%. Les membres supérieurs sont donc très fragilisés. Les arrêts consécutifs aux troubles musculo-squelettiques peuvent excéder cent cinquante jours, et plus les salariés sont âgés, plus les arrêts sont longs. Philippe Bielec, ingénieur conseil à la direction des risques professionnels à la CNAMTS (Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés), indique que les contrats de prévention et les aides accordées aux entreprises de moins de deux cents salariés peuvent financer en partie toutes ces actions de prévention et l’acquisition d’aides techniques. Dans les EHPAD qui ont investi dans la santé au travail, « l’absentéisme diminue, la qualité de vie au travail augmente, ainsi que le confort des personnes âgées lors des transferts. Une démarche de santé au travail, c’est aussi un facteur d’attractivité pour un secteur qui attire peu les jeunes », souligne-t-il.

Géroscopie pour les décideurs en gérontologie, février 2016.

Les risques du métier : risques psychosociaux

Les troubles musculo-squelettiques peuvent être aussi l’expression d’un mal-être personnel (« en avoir plein le dos »). Pour la psychologue Virginie Debono, de l’EHPAD Jardins d’Agapé à Auch (Gers), « le bien-être professionnel passe par le bien-être psychologique individuel. Les soignants peuvent venir parler à la psychologue des difficultés qu’ils ressentent. Je les écoute en leur offrant une première réponse et les oriente vers un confrère lorsqu’il est nécessaire de mettre en place un suivi. » « Les raisons premières de l’épuisement professionnel sont « le manque de communication verbale entre le résident et le soignant. Les pathologies des résidents modifient leur moyen de communication. Ils basculent d’une communication verbale à une communication comportementale. Cela génère un mimétisme : le soignant se met à communiquer de moins en moins. Parfois, on rencontre également des manques de communication de la part de la direction. » En conséquence, « la direction, le cadre de santé, la psychologue observent quotidiennement les équipes, qui sont sans cesse restructurées pour éviter la routine et l’enfermement. Cette observation permet aussi de prendre du recul et d’analyser les situations auxquelles nous sommes confrontées. Le rôle de la psychologue est important dans notre structure. Elle agit en interaction avec la direction et le cadre de santé, en apportant de la cohérence. »

www.agevillagepro.com, 14 mars 2016.

Continuité d’animation

Le métier d’animateur, créé voici une quinzaine d’années, est de plus en plus reconnu, déclare Bernard Hervy, vice-président du GAG (groupement national des animateurs en gérontologie). « La professionnalisation a rempli son rôle ». Les transformations viennent de l’environnement : « les structures se regroupent, y compris domicile et établissement d’hébergement, avec ou sans forfait de soins, et l’animateur est amené à intervenir de plus en plus sur différents sites et auprès de différentes catégories. L’animateur devient davantage l’animateur d’une population de personnes âgées plutôt que celui d’une institution. » Dans le champ de l’animation à domicile, « le Finistère fait intervenir des bénévoles, mais sans encadrement. Ce département propose aux établissements de libérer leur animateur professionnel une journée par semaine pour qu’il puisse coordonner les actions à domicile. C’est tout bénéfice pour l’institution, pour l’animateur et pour les personnes âgées, parce qu’on réduit l’écart entre l’institution et le domicile. Des passerelles se mettent en place avec des personnes que l’on connaît et qui arrivent à l’institution. »

Géroscopie pour les décideurs en gérontologie, février 2016.

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