Troubles cognitifs et chirurgie orthopédique : la communication péri-opératoire

Ferid Krupic et ses collègues, du service d’orthopédie à l’Université de Gothenburg (Suède), ont interrogé dix infirmiers anesthésistes : la démence est perçue comme l’une des maladies les plus difficiles et les plus fluctuantes dont une personne peut être atteinte. Il faut donner du temps pour pouvoir communiquer de façon claire et patiente. Établir un « pont mental » (mental bridgehead) avec la personne malade, en confirmant les perceptions ou le ressenti réduit la souffrance psychologique chez une majorité de patients. Une approche globale et respectueuse est une obligation de chaque instant. Apporter des objets personnels peut calmer certains patients, qui demandent de la reconnaissance. Une analgésie performante et des anxiolytiques sont obligatoires. En résumé, disent les infirmiers anesthésistes, les problèmes péri-opératoires peuvent être surmontés avec patience, empathie et une connaissance profonde de la façon dont les personnes atteintes de démence répondent avant d’être opérées.

Krupic F et al. Experience of anaesthesia nurses of perioperative communication in hip fracture patients with dementia. Scand J Caring Sci, 13 avril 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25867040.

Permanence des soins en EHPAD : la nuit

L’Ordre des médecins constate que, dans la majorité des départements, la prise en charge des résidents est effectivement assurée par les médecins de garde mais de manière inégale. La généralisation de l’arrêt des gardes de "nuit profonde" (de minuit à 8h), combinée au nombre réduit de médecins mobiles, rend la prise en soins en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de plus en plus délicate, souligne EHPA Presse. « Dans certains départements, le transport en ambulance vers les urgences est la seule solution restante. Les territoires mettent donc en œuvre des projets alternatifs pour pallier ces manques, des expérimentations en télémédecine notamment (Indre-et-Loire, Orne…).Mais la solution qui a la faveur de l’Ordre des médecins, c’est la présence d’infirmiers la nuit dans les EHPAD. Cette présence est déjà assurée dans certains territoires (Essonne, Hérault, Maine-et-Loire…), parfois à l’aide d’astreintes mutualisées entre établissements, mises en place en concertation par les agences régionales de santé (ARS) et leurs partenaires. C’est le cas en Auvergne, dans les Pays-de-la-Loire ou encore en Champagne-Ardenne. Souvent à l’état d’expérimentations, ces astreintes permettent une présence d’infirmières sept jours sur sept, de 20 heures à 6 heures, ce qui facilite grandement la mission des médecins. Aujourd’hui, pourtant, la grande majorité des EHPAD (plus de 80%) ne dispose d’aucune infirmière présente la nuit. »Le projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement, en cours d’examen, prévoit la systématisation de l’accès à une infirmière de nuit dans son chapitre consacré à l’amélioration de l’accompagnement de la fin de vie. Pour EHPA Presse, « parler d’"accès" plutôt que de "présence" est bien sûr volontaire, la possibilité de mutualiser de tels postes étant franchement conseillée au regard du peu de moyens disponibles pour financer la mesure. »

www.ehpa.fr, 30 avril 2015.

Réseaux de santé gérontologiques

« Les personnes âgées atteintes pour la plupart de pathologies chroniques ont une forte propension à générer des situations complexes plurifactorielles », rappelle Hélène Bas, directrice de la FREGIF (Fédération des réseaux gérontologiques d’Ile-de-France). « L’interdisciplinarité facilite l’analyse multidimensionnelle de la situation et la coordination facilite la mise en œuvre des axes envisagés. Les fonctions de coordination su parcours de santé sont considérées comme étant les leviers pour fluidifier le parcours de soin de ces patients dits "complexes" ». Mais, sur le terrain, La diversité des dispositifs de coordination ne facilite pas les parcours. Des plateformes de coordination émergent, rassemblant les différents dispositifs. Le réseau travaille surtout dans l’urgence médicale (sorties d’hospitalisation le vendredi). Le CLIC peut gérer le volet social (demandes d’APA [allocation personnalisée d’autonomie]…), et le gestionnaire de cas l’entrée en établissement d’hébergement. Les collaborations se multiplient : plus de la moitié des vingt-et-un réseaux de santé d’Ile-de-France ont mutualisé leur expertise avec un CLIC (centre local d’information et de coordination) ou une MAIA (maison pour l’autonomie et l’intégration des malades Alzheimer, dans la terminologie du plan Alzheimer 2008-2012). Un réseau coopère en moyenne avec trois cent soixante-et-un professionnels de santé, quarante-quatre professionnels du social (CLIC, centres communaux d’action sociale, équipe APA…), vingt-cinq du médico-social (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, MAIA, accueils de jour…).

Géroscopie pour les décideurs en gérontologie, avril 2015.

Soignants spécialisés de première ligne : dynamique de professionnalisation

Lucie Lechevalier-Hurard est doctorante en sociologie à l’Université Paris-13 (IRIS-Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux). Elle questionne la dynamique de professionnalisation entraînée par le développement, au sein des institutions d’hébergement pour personnes âgées, de secteurs spécialisés dans l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elle a mené une enquête qualitative dans une UHR (unité d’hébergement renforcée) de trente-huit lits, dont quatre d’hébergement de courte durée, avec un personnel salarié composé de trente-quatre équivalents temps plein, dont quatorze aides-soignants et trois aides médico-psychologiques. La professionnalisation du personnel de première ligne s’opère par la diversification des tâches (incluant davantage d’animation), la formalisation des interventions et la délimitation d’un champ de compétences autonome, fondé sur la proximité avec les personnes malades. Cette dynamique de professionnalisation est cependant freinée par l’organisation, susceptible de « respécialiser » les tâches accomplies par les professionnelles, et par les logiques de recrutement et d’évaluation de la direction, explicitement fondées sur la valorisation des compétences « naturelles » des soignantes, forgées hors du monde professionnel.

Lechevalier-Hurard L. Nouveaux dispositifs de professionnalisation pour les soignants de première ligne en milieu spécialisé Alzheimer. Retraite et société 2014 ; 69 : 99-120. www.statistiques-recherches.cnav.fr/images/publications/retraite-societe/Retraite-Societe-69.pdf. Décembre 2014.

Assistant de soins en gérontologie

Créée en 2009, la fonction d’assistant de soins en gérontologie (ASG) consiste à aider dans leur vie quotidienne des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Sous la responsabilité de l’infirmier, l’assistant de soins en gérontologie assure la stimulation sociale et cognitive de leurs capacités restantes. Il travaille au sein d’une équipe pluridisciplinaire dans les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), les équipes spécialisées Alzheimer à domicile (ESAD), les unités spécialisées UHR (unités d’hébergement renforcées) et PASA (pôle d’activités et de soins adaptés) des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et les unités de soins de longue durée (USLD), ainsi que dans les unités cognitivo-comportementales (UCC) des services de soins de suite et de réadaptation (SSR). Fin 2012, 2 450 assistants de soins en gérontologie étaient formés et en exercice. Pour suivre la formation à la fonction d’assistant de soins en gérontologie, il faut être aide-soignant ou aide médico-psychologique et en situation d’exercice effectif auprès de personnes souffrant d’Alzheimer ou de pathologies apparentées. D’une durée de 140 heures, la formation doit être suivie en totalité sans possibilité d’allégement, y compris pour les professionnels disposant déjà d’une partie des compétences visées. Elle est organisée en périodes discontinues, sur une amplitude de douze mois maximum afin de permettre l’alternance entre formation et exercice professionnel. Elle s’appuie également, et autant que possible, sur l’analyse des pratiques en valorisant l’expérience professionnelle. La formation comprend cinq modules : concourir à l’élaboration et à la mise en œuvre du projet individualisé dans le respect de la personne (35 heures) ; aider et soutenir les personnes dans les actes de la vie quotidienne en tenant compte de leurs besoins et de leur degré d’autonomie (21 heures) ; mettre en place des activités de stimulation sociale et cognitive en lien notamment avec les psychomotriciens, ergothérapeutes ou psychologues (28 heures) ; comprendre et interpréter les principaux paramètres liés à l’état de santé (28 heures) et réaliser des soins quotidiens en utilisant les techniques appropriées (28 heures). Les assistants de soins en gérontologie sont titulaires d’une attestation de validation de leur formation.

Direction(s), mai 2015. http://emploi.directions.fr. Fondation Médéric Alzheimer, Association France Alzheimer, Aquino JP, Lavallart B et Mollard J. Assistant de soins en gérontologie, le manuel officiel de la formation. Décembre 2011. Paris : Masson.  288 p. ISBN : 978-2-2947-2213-4. www.elsevier-masson.fr/assistant-de-soins-en-gerontologie-9782294722134.html.

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