Déménagement : un jeu de société ?

Le 6 février 2015, le journal Sud-Ouest annonce que la maison de retraite de Langoiran(Gironde) va déménager. « Un rachat par un groupe commercial et une nouvelle implantation à vingt kilomètres qui la fait passer d’un bourg rural à la métropole urbanisée. Un détail, vu d’un bureau, sur une carte ou au travers d’un outil de planification », s’indigne le psychosociologue Jean-Jacques Amyot, fils d’une résidente et directeur de l'OAREIL (Office aquitain de recherche, d'étude, d'information et de liaison sur les problèmes des personnes âgées). « Ici, on abrite des lits, pas des personnes, on ne déplace que des lits, pas des personnes (…) Si vous avez de l’argent, suffisamment, vous pouvez acheter des lits et les déplacer au gré de vos intérêts, même s’ils sont occupés », comme dans un jeu de société ». Pour le Conseil départemental : « l’arrêté de transfert est conforme au schéma départemental. Le projet de délocalisation de Langoiran n’entraînera pas de situation de déséquilibre sur un territoire de santé qui reste excédentaire en offres de places en EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). » Jean-Jacques Amyot s’indigne : « il faut donc comprendre à travers cette expérience qu’en résidant dans un EHPAD, on n’obtient pas le statut d’habitant. Le lieu de vie, la chambre comme espace intime, les droits qui lient l’individu à son logement, c’est un discours malhonnête qui laisse les résidents dans une ignorance crasse et dangereuse (…). On ne déplace pas des habitants d’un immeuble à vingt kilomètres sans informations, sans précautions, sans négociations et même parfois sans contreparties ; on n’expulse pas quelqu’un d’un logement sans tenir compte d’une législation qui réglemente ces initiatives, comme l’on n’exproprie pas sans respecter une procédure (...). Pour les résidents de maisons de retraite, il en va autrement. Ce n’est ni l’environnement, ni l’établissement, ni la chambre qui comptent. Un résident habite un lit. Peu importe qu’il soit ici ou là. L’action à contre-pied du discours : plus on est vulnérable, moins on est protégé. » Jean-Jacques Amyot dénonce une « irresponsabilité collective » aux conséquences potentiellement « redoutables », et une « interprétation cynique » de l’adaptation de la société au vieillissement : « l’immense dispositif d’accompagnement des personnes âgées avec ses formations, ses législations, ses recommandations, ses bonnes pratiques, sa bientraitance, bref son arsenal éthique, peut s’écrouler comme château de cartes au moindre bruissement commercial ? Des centaines de milliers de personnes très âgées peuvent être ainsi déménagées, suivies d’une longue procession de professionnels et d’aidants de proximité qui n’ont qu’à se taire ? Au suivant ? »

Amyot JJ. L’adaptation de la société au vieillissement : l’envers du décor ? Rev Gériatrie 2015 ; 40(4) : 241-242. www.revuedegeriatrie.fr/index.php.

Mandat de protection future

Le mandat de protection future a été créé en 2007. « Malgré son intérêt, il reste trop peu souvent utilisé », constatent les notaires de France. « Ce mandat permet de désigner la ou les personnes par qui l’on souhaite être pris en charge en cas de dégradation de sa santé mentale ou physique. » Le mandat peut être établi sous seing privé. Un formulaire est disponible en ligne à cet effet. Une notice complète y est jointe. Une fois signé par chacun, il faut lui donner date certaine, en le faisant enregistrer à la recette des impôts. Le mandat peut aussi être établi par acte authentique, chez le notaire. Cela permet de bénéficier d’une consultation approfondie et de conseils personnalisés. Passer devant le notaire permet de donner davantage de pouvoirs au mandataire : il peut l’autoriser à accomplir des actes de disposition du patrimoine du mandant, par exemple une vente. Par ailleurs, le mandataire devra rendre des comptes au notaire une fois le mandat mis en œuvre. L’officier public signalera au juge des tutelles tout acte lui paraissant contraire aux intérêts du mandant. Si l’état de santé de la personne se dégrade, il faut faire établir un certificat médical par un médecin inscrit sur une liste établie par le procureur de la République. Il faut ensuite présenter ce document et faire viser le mandat au greffe du tribunal d’instance pour qu’il prenne effet.

Royaume-Uni : honneur royal

Nancy McAdam, atteinte de démence vasculaire, et Agnes Houston, atteinte de la maladie d’Alzheimer, toutes deux membres du groupe de travail écossais sur la démence, ont été distinguées par une décoration à l’occasion de l’anniversaire de la Reine. Nancy McAdam, qui a œuvré au niveau local et national à sensibiliser le grand public à la démence, a reçu la médaille de l’Empire britannique [décernée pour une contribution locale ou un travail innovant à fort impact social sur une période brève (trois à quatre ans)]. Agnes Houston, présidente de ce groupe expert de personnes malades de 2010 à 2012, et actuellement vice-présidente du groupe de travail européen des personnes atteintes de démence, a été faite membre de l’Ordre de l’Empire britannique [décoration décernée pour une réalisation importante ou un service exceptionnel à la cité, ou pour un service local exemplaire].

Canada : homicide et responsabilité pénale

La Cour provinciale du Manitoba a rendu public vendredi le rapport de l'enquête médico-légale sur le décès de Frank Alexander, qui est mort en établissement d’hébergement, tué par Joseph McLeod, un autre résident atteint de la maladie d’Alzheimer. Pour Jacques Marcoux, de Radio Canada, « le rapport dévoile l'incapacité du système juridique et du système de santé à composer avec les personnes qui adoptent des comportements agressifs ou violents en raison de leur démence. » Selon la police, « M. McLeod a attaqué M. Alexander de sorte que celui-ci est tombé à la renverse et s'est cogné la tête contre le sol. Il est mort de ses blessures quelques jours plus tard. Joseph McLeod avait été accusé d'homicide involontaire, mais les accusations avaient été abandonnées après que l'accusé eut été jugé inapte à subir son procès. L'homme, âgé de soixante-dix ans, avait déjà été emprisonné à l'automne 2010 après avoir frappé sa femme qu'il prenait pour une inconnue. » Le juge provincial Michel Chartier, auteur du rapport, recommande la création d'un protocole entre le ministère de la Santé et le ministère de la Justice visant l’hébergement des personnes inculpées d'infractions pénales qui sont atteintes d'une démence. Il demande également que l'Office régional de la santé de Winnipeg et le ministère de la Santé augmentent le nombre d'unités spécialisées en gestion des troubles de comportement pour que le temps d'attente pour un lit ne dépasse pas 60 jours. »

Chine, Portugal, Canada : maltraitance sans frontières

XinQi Dong, professeur de médecine, sciences infirmières et comportementales à l’Université Rush de Chicago (Etats-Unis) et directeur du programme « santé des Chinois, vieillissement et politiques », propose une revue épidémiologique sur la maltraitance des personnes âgées en Chine. Les facteurs de risque sont le jeune âge, de bas revenus, la dépression, le déficit cognitif et le manque de soutien social. « Le fardeau des aidants est un facteur constant de propension à la maltraitance », précise-t-il.

Au Portugal, la première étude nationale de prévalence intitulée « vieillissement et violence », menée auprès d’un échantillon représentatif de onze cents personnes, estime à 12.3% le risque de maltraitance des personnes âgées à l’intérieur du cercle familial.

Au Canada, un homme de cinquante-et-un ans a été condamné à une peine de neuf mois de prison, assortie d'une probation de deux ans, pour avoir soutiré à sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer la somme de 110 000 dollars canadiens (78 914 euros) en quatre ans. La Couronne avait requis une peine de dix à douze mois, et l'avocat de la défense plaidait pour une peine de dix mois. Le juge n'a pas caché qu’il aurait imposé dix-huit mois de prison, mais a tenu compte de l’absence d'antécédents judiciaires du prévenu, du fait qu’il a toujours été impliqué dans des activités sociales, des problèmes de santé de ses enfants et de sa volonté de rembourser l'argent. Toutefois, il estime qu' « il est primordial de dissuader quiconque dans la société de s'en prendre de la sorte aux personnes vulnérables, d'autant plus qu'un lien de confiance avec sa famille a été brisée et que le crime s'est déroulé sur une longue période. »

Dong X. Elder abuse in Chinese populations: a global review. J Elder Abuse Negl 2015; 27(3): 196-232. Juin-juillet 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25874889. Dong X. Elder Abuse: Systematic Review and Implications for Practice. Elder Abuse: Systematic Review and Implications for Practice. JAGS 63: 1214–1238, 2015. 11 juin 2015. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/jgs.13454/pdf (texte intégral - Prix 2014 de la Société américaine de gériatrie et de gérontologie). Gil AP et al. Elder abuse in Portugal: findings from the first national prevalence study. J Elder Abuse Negl 2015; 27(3):174-195. Juin-juillet 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25122109. www.lapress.ca, 5 juin 2015.

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