Le maintien d’une identité affective

Les troubles de la mémoire épisodique constituent l’un des premiers déficits cognitifs dans la maladie d’Alzheimer. Sandrine Kalenzaga, post-doctorante au Centre de recherche sur la cognition et l’apprentissage de l’Université de Poitiers (UMR-CNRS 7295), en collaboration avec le Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement de l’Université de Bourgogne (UMR-CNRS 5022) a mené une étude auprès de vingt-deux personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et de dix-huit personnes témoins, montrant qu’une identité affective est préservée chez les personnes malades : les émotions faisant référence à soi augmentent la « conscience autonoétique », c’est-à dire la capacité d'imaginer le passé en relation avec le futur et d'anticiper le futur en se basant sur les expériences passées.

Kalenzaga S et al. Self-Reference Effect and Autonoetic Consciousness in Alzheimer Disease: Evidence for a Persistent Affective Self in Dementia Patients. Alzheimer Dis Assoc Disord, 16 mai 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22596082.

La cognition sociale et la possibilité d’une amitié : le soutien aux autres (1)

La revue Dementia consacre son numéro de mai 2012 à l’amitié entre personnes atteintes de démence. Steven Sabat et Joanna Lee, du département de psychologie à l’Université Georgetown de Washington (Etats-Unis), s’intéressent aux interactions sociales des personnes au stade modéré, dans l’environnement social naturel d’un centre d’accueil de jour. Les chercheurs observent des relations mutuellement désirées, initiées de façon indépendante, apportant du soutien aux autres. Ce comportement « dicté par la signification » (meaning-driven) n’aurait pas pu être prédit par les critères de diagnostic. Pour l’auteur, « les pertes de la fonction sociale décrites dans le manuel de diagnostic DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) de l’Association psychiatrique américaine (référentiel international de diagnostic) et associées au diagnostic clinique de la démence semblent être causées davantage par une dynamique sociale impliquant des personnes en bonne santé (healthy others) que par les lésions cérébrales seules », ce qui conforte l’approche non-médicamenteuse. Le blog du Mythe Alzheimer propose une analyse approfondie de cet article en français.

Au Royaume-Uni, Richard Ward et ses collègues de l’Ecole de soins infirmiers de l’Université de Manchester, proposent le récit personnel de l’un des auteurs, atteint de démence, sur ses amitiés, ainsi que les réflexions menées dans un groupe de soutien par des pairs (d’autres personnes malades), les amitiés jouant alors un rôle facilitateur collectif. 

Sabat SR et Lee M. Relatedness among people diagnosed with dementia: Social cognition and the possibility of friendship. Dementia 2012 ; 11(3) : 315-327. http://dem.sagepub.com/content/11/3/315.abstract. Mythe Alzheimer. Les personnes avec une « démence » peuvent avoir des relations sociales riches et signifiantes. 25 septembre 2011. http://mythe-alzheimer.over-blog.com/article-les-personnes-avec-une-demence-peuvent-avoir-des-relations-sociales-riches-et-signifiantes-85155238.html. Ward R et al. Supporting the friendships of people with dementia. Dementia 2012 ; 11: 287-303. Mai 2012. http://dem.sagepub.com/content/11/3/287.abstract.

La cognition sociale et la possibilité d’une amitié : les facteurs favorisants (2)

Pour Phyllis Braudy Harris, de l’Université jésuite John Carroll (Ohio, Etats-Unis), la survenue de la démence éloigne les amis, qui finissent par « disparaitre », parce qu’ils ne peuvent plus supporter les changements de personnalité de la personne malade. Et si, au lieu de disserter sur cet abandon, on s’intéressait plutôt aux facteurs pouvant favoriser la poursuite des amitiés durables ? s’interroge-t-elle. Des entretiens auprès de huit personnes malades ayant réussi à préserver ces amitiés permettent d’identifier six facteurs : l’importance des amitiés, la qualité des relations, le caractère mutuellement profitable des relations, les valeurs de base partagées, l’acceptation et l’annonce de la maladie, la reconnaissance des forces et la compréhension des limites.

Michel Campo et Habib Chaudhury, du département de gérontologie de l’Université Simon Fraser de Vancouver (Canada), s’intéressent quant à eux aux influences de l’environnement physique et social des résidents des unités spécifiques Alzheimer. Une étude ethnographique menée auprès du personnel et de résidents montrent que plusieurs facteurs influent sur les interactions sociales des personnes malades : le rôle des professionnels, l’effectif des résidents, l’aménagement de l’unité « comme à la maison », l’emplacement du poste infirmier, le confort des assises des sièges, la vue sur l’extérieur. Les auteurs proposent des recommandations architecturales pour créer des environnements physiques favorisant les interactions sociales en unité spécifique.

Campo M et Chaudhury H. Informal social interaction among residents with dementia in special care units: exploring the role of the physical and social environment. Dementia 2012 11: 401-423. Mai 2012. http://dem.sagepub.com/content/11/3/401.  Braudy Harris P. Maintaining Dementia May 2012 11: 401-423, friendships in early stage dementia: Factors to consider. Dementia 2012 ; 11: 305-314. Mai 2012.

http://dem.sagepub.com/content/11/3/305.abstract

Contention : comment la réduire ?

Malgré une réglementation explicite et l’absence démontrée d’efficacité, la contention physique des résidents de maison de retraite reste fréquente en Allemagne, où elle concerne près d’un résident sur trois. Un essai clinique contrôlé et randomisé en aveugle, mené par Sascha Köpke et ses collègues, de l’unité des sciences de la santé de l’Université de Hambourg, auprès de quatre mille quatre cents résidents de maisons de retraite, a évalué l’efficacité d’une intervention combinée visant à réduire la contention, comprenant formation spécifique du personnel infirmier, formation supplémentaire d’infirmières référentes, documentation écrite pour les infirmières, les résidents, les proches et les représentants légaux. A l’inclusion, 30.6% des résidents du groupe témoin et 31.5% des résidents du groupe d’intervention faisaient l’objet d’une contention. Six mois après l’intervention, la contention concernait 29.1% des résidents du groupe témoin et 22.6% des résidents du groupe d’intervention. La réduction de la contention dans le groupe d’intervention est significative. L’arrêt de la contention ne provoque aucune différence significative de la fréquence des chutes, des fractures associées à ces chutes, ou de l’usage de psychotropes.

Köpke S et al. Effect of a guideline-based multicomponent intervention on use of physical restraints in nursing homes: a randomized controlled trial. JAMA 2012; 307(20):2177-84. 23 mai 2012. www.west-info.eu/files/Report161.pdf (texte intégral).

Prévention de la maltraitance

La Revue de gériatrie de mai 2012 consacre un dossier à la maltraitance. Si la violence est vieille comme le monde, le mot maltraitance apparaît pour la première fois dans le dictionnaire historique de la langue française Robert en 1987. L’antonyme bientraitance ne figure dans aucun dictionnaire, rappelle le Dr Pierre Delaunay, président d’ALMA 76. « Le concept de maltraitance a fait irruption dans notre histoire sociale, apparaissant comme un phénomène émergent, alors qu’il s’est simplement débarrassé de la chape de plomb qui empêchait, pour des raisons multiples et complexes, les auteurs, les victimes et les témoins de parler. Aujourd’hui encore, ce phénomène peine à être reconnu, même si de très nombreuses approches scientifiques, sociales et juridiques sont réalisées. Peut-être même fait-il peur, au point qu’on le cache, ou qu’on fait semblant de ne pas le voir ».

Pour le professeur Robert Moulias, président d’ALMA France, et Sophie Moulias, « la maltraitance des aînés vulnérables est liée à des facteurs sur chacun desquels il est possible d’agir » : la faiblesse de la victime ; l’inconscience des besoins de la personne et de son humanité, qui conduit à la négligence ; la fréquente ignorance de la bonne réponse à apporter au besoin ; l’isolement social, l’un des facteurs les plus sévères ; le silence par impossibilité d’accès à une écoute indépendante, par honte, peur des représailles ou des sanctions, qui garantit la pérennité de la maltraitance. « Un facteur humain est quasiment constant. Le plus souvent non intentionnel, il peut relever du sentiment de culpabilisation, de l’épuisement, de la routine, de l’abus de précaution ou de la bêtise. Parfois intentionnel, il peut impliquer des professionnels de la délinquance qui ciblent ce type de victimes. Mais à côté, l’occasion fait le larron et explique les abus « ordinaires » de citoyens sans trop de scrupules qui vont abuser de la faiblesse de leur proche ou de celui qui passe à leur portée ». Pour les auteurs, dans une très vaste majorité des cas, les voies efficaces de prévention et de « traitement » de la maltraitance ne sont pas des voies judiciaires. Le mot « maltraitance » ne correspond à aucun délit défini. « Ce sont les voies de la formation, de l’information, de la prise de conscience, de l’éthique professionnelle, des voies valorisantes et motivantes. Par contre, existe un noyau de maltraitances intentionnelles basées sur l’appât du gain, ou du pouvoir, ou une perversion qui relèvent de toute la sévérité de la loi sur l’abus de faiblesse. Cette sévérité de la loi actuelle n’est pas assez connue. Entre les deux persiste la difficile question : à partir de quel niveau une négligence devient-elle « coupable » ?  Nulle maltraitance n’est un « accident » inévitable. Toutes devraient être combattues ».

Delaunay P. La maltraitance des personnes vulnérables. Histoire, vocabulaire, contributions et vœux. Revue de gériatrie 2012 ; 37(5) : 317-322. Moulias R et Moulias S. Les six piliers de la maltraitance. Revue de gériatrie 2012 ; 37(5) : 331-337. 

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