Journée nationale des aidants (1)

Eric Woerth, Ministre du Travail, de la solidarité et de la fonction publique, et Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée des Aînés, ont lancé le 6 octobre 2010 la première Journée nationale des aidants, pour « souligner et de valoriser l’action remarquable de 3.5 millions d’aidants qui accompagnent au quotidien les personnes âgées, malades, ou en situation de handicap », et qui « livrent un combat quotidien solitaire, dans l’anonymat », selon un message de Nicolas Sarkozy. « Connaître, reconnaître soutenir » sont les trois principes annoncés par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, pour qui améliorer la situation des aidants aura un impact sur le système de santé et la société dans son ensemble. Ces « partenaires de soins » jouent un « rôle nouveau et méconnu » de soutien, dont il convient de reconnaître la valeur pour la personne malade comme pour l’aidant lui-même. Au-delà des retentissements négatifs sur la santé et le moral des aidants, Roselyne Bachelot souligne le rôle gratifiant que peut constituer l’aide dès lors que l’aidant trouve sa juste place. Toutefois, reconnaître et valoriser ne signifient « en aucun cas un désengagement de l’Etat ou des professionnels de santé », selon elle. Aider un proche doit rester « un choix libre ». Pour l’exercer pleinement, il faut bien en connaître toutes les implications et « disposer des moyens pour l’assumer » ajoute Roselyne Bachelot, pour qui la création des Agences régionales de la santé et la multiplication des coopérations entre professionnels de santé, permettant une meilleure articulation entre l’hôpital, la ville et le médico-social devraient faciliter le quotidien des aidants en établissant des passerelles. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du développement de l’économie numérique, a rappelé quant à elle les pistes ouvertes par les gérontechnologies.

Un site Internet a été développé pour l’occasion (www.journeedesaidants.fr). Les partenaires de l’opération sont la Fondation d’entreprise Novartis, l’Assemblée des départements de France, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, la Mutualité sociale agricole, la MACIF, la Fondation Médéric Alzheimer, la Société française de gériatrie et de gérontologie, le CIAAF (collectif inter-associatif des aidants familiaux, Aider, l’Association française des aidants, la Maison des aidants, le GRATH (Groupe de réflexion et réseau pour l'accueil temporaire des personnes en situation de handicap), l’UNAF (Union nationale des associations familiales), Voisins solidaires, l’Université des aidants, la Ligue contre le cancer.

Journée nationale des aidants (2)

Nora Berra a déclaré : « il ne s’agit pas de substituer le soignant par l’aidant, mais au contraire de lui apporter la réassurance et la sécurisation dont il a besoin tout au long de l’accompagnement de son proche ». Elle a ajouté : « les professionnels ont un rôle important à jouer dans le repérage des signes de souffrance ou d’épuisement des aidants ; ils sont à même de les orienter vers des bénévoles d’accompagnement ou des professionnels susceptibles de les aider. Des questionnaires existent pour évaluer l’épuisement des aidants : ils méritent d’être plus largement diffusés auprès des médecins généralistes ». L’activité professionnelle des aidants constitue « un élément déterminant de leur identité et de leur indépendance ». Or actuellement « la carrière des aidants peut être freinée à cause de leur situation personnelle et des absences répétées ». Toutefois, « des solutions existent, comme les congés accordés aux aidants, mais elles méritent d’être améliorées, harmonisées et élargies à la situation de l’ensemble des aidants. Le champ de la petite enfance a bien fonctionné au sein de l’entreprise. Il faut donc s’en inspirer ». La secrétaire d’Etat ajoute : « la dernière table ronde animée par Marie-Jo Guisset-Martinez [responsable du pôle Initiatives locales à la Fondation Médéric Alzheimer] a permis de montrer que la relation d’aide ne doit pas supprimer les autres dimensions de sa personne. L’aidant est avant tout un parent, un conjoint, une fille ou un fils, un ami, un voisin avec son histoire et son projet de vie.  Et cette vie ne doit justement pas s’arrêter à celle d’aidant, d’où la nécessité d’offrir à ces personnes un cadre leur permettant à la fois de souffler et de se retrouver.  Dans le cadre du plan national Alzheimer les plateformes de répit ont pour rôle de proposer une offre diversifiée et coordonnée de répit et d’accompagnement aux aidants. Ces plateformes répondent là aussi aux problématiques de l’ensemble des aidants. La première de toute est bien le temps pour soi ». 

Journée nationale des aidants (3)

Un statut des aidants ? Pour Marine Lamoureux, de La Croix, les pouvoirs publics sont déjà « tombés à côté de la question en créant en 2007 un congé de soutien familial non rémunéré, qui suscite peu d’engouement ». La députée de Meurthe-et-Moselle Valérie Rosso-Debord explique : « ce congé est destiné à ceux qui travaillent, or beaucoup d’aidants sont déjà à la retraite. Quant aux salariés, ils n’ont pas forcément envie de se couper de leur univers professionnel », ce que confirme le sondage BVA/Fondation d’entreprise Novartis. La députée ajoute : « On tâtonne, mais c’est normal : nous sommes la première génération de l’humanité à faire face au défi de la grande dépendance ». Pour Valérie Rosso-Debord, pour soutenir vraiment les aidants, il faudrait avancer sur trois points : valider des trimestres supplémentaires pour la retraite ; favoriser l’accueil de jour pour un droit au répit des aidants ; étoffer l’offre de formation qui repose encore très largement sur les associations.

www.la-croix.com, 4 octobre 2010.

Journée nationale des aidants (4)

Selon un sondage BVA/Fondation d’entreprise Novartis publié à l’occasion de la journée nationale, et portant sur un panel de mille aidants familiaux interrogés entre novembre 2008 et juin 2010, 71% des aidants interrogés s'estiment « insuffisamment aidés et considérés » par les pouvoirs publics. 46% ont une activité professionnelle et sont à 60% des femmes. Les aidants disent apporter d'abord un soutien moral (96% des aidants), de la surveillance (88%), de l'aide aux tâches domestiques (68%), à la gestion financière et administrative (60%), aux activités élémentaires de la vie quotidienne (41%), aux soins ou à la prise de médicaments (39%), une aide financière (22%). Si 90% des aidants arrivent à concilier vie familiale et vie professionnelle, 9% pensent ne pas y parvenir. Pour autant, 70% des personnes interrogées évoquent des répercussions négatives sur leurs loisirs, sorties ou leurs départs en week-end, 57% sur leur forme physique, 56% sur leur situation financière, 53% sur leur vie intime et sexuelle, 49% sur leur vie professionnelle, 49% sur leur moral. 71% des aidants Les aidants sont motivés en premier lieu par « les liens affectifs » (75%) ; 55% évoquent leurs « valeurs de vie », 48% le « devoir ». Loin derrière suivent la « satisfaction personnelle » (10%), le fait de « bien savoir le faire » (8%), le fait de ne pas avoir le choix financièrement (7%). Seuls 6% évoquent le fait que la personne aidée le leur avait demandé.

AFP, Le Figaro, Actualités sociales hebdomadaires, www.journeedesaidants.fr, www.travail-solidarite.gouv.fr, BVA-Fondation d’entreprise Novartis, www.bva.fr/fr/sondages/les_aidants_familiaux_en_france.html, 5 octobre 2010. Le Figaro, La Croix, 4 octobre 2010.

Journée nationale des aidants (5)

Le lien familial est prédominant dans le couple aidant/aidé, 39% des aidants s'occupant de leur père ou de leur mère, et 10% de leur beau-père ou belle-mère. Un tiers des aidants de plus de soixante-quinze ans s'occupe de leur compagnon/conjoint. Les aidants sont extrêmement impliqués dans leur rôle : 89% d'entre eux vivent avec la personne aidée, et quand ce n'est pas le cas, s'en occupent tous les jours ou plusieurs fois par semaine. La problématique centrale demeure la gestion du temps : le fait de devoir le gérer différemment (59%) et le souci permanent de l'autre (33%) apparaissent comme les deux répercussions les plus significatives. Les relations des aidants avec les professionnels de santé sont en majorité « appréhendées de façon plutôt positive » : 70% des aidants estiment que les professionnels de santé les considèrent comme de véritables partenaires de soin. Quelques difficultés relationnelles subsistent cependant, notamment du fait que les professionnels visitent la personne aidée en leur absence (17%) ou qu'ils leur parlent directement plutôt qu'à la personne aidée (16%). Quant aux dispositifs de formation, 45% des aidants déclarent ne pas être intéressés par ce type de démarche (ils n'en voient pas l'utilité ou manquent de temps). Pour ceux qui sont motivés, « l'objectif majoritaire est l'amélioration de la qualité de vie de la personne aidée (42%) et l'acquisition des bons gestes pour éviter de nuire (32%) ».

Quelles sont les conséquences de l’aide sur la vie professionnelle des aidants ? Seuls 3% des aidants ont dû cesser de travailler pour s'occuper d'un proche, tandis que 44 % ont eu recours à au moins une forme d'aménagement de leur temps de travail. Le sondage BVA souligne que près de 30 % des aidants ignorent les congés auxquels ils pourraient prétendre, comme le congé de soutien familial. Enfin, le manque à gagner annuel lié à la situation des aidants est estimé à environ 20 % de leurs revenus. Globalement, les attentes sont donc fortes pour développer « des modes d'aménagement qui favorisent le maintien de la dynamique professionnelle ».

AFP, Le Figaro, Actualités sociales hebdomadaires, www.journeedesaidants.fr, www.travail-solidarite.gouv.fr, BVA-Fondation d’entreprise Novartis, www.bva.fr/fr/sondages/les_aidants_familiaux_en_france.html, 5 octobre 2010.

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