Entraînement cognitif assisté par ordinateur : quelle efficacité ?

Amit Lampit, du centre Cerveau et esprit de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney (Australie) a coordonné une méta-analyse des essais cliniques contrôlés et randomisés évaluant l’efficacité de l’entraînement cognitif sur ordinateur de personnes atteintes de déficit cognitif léger ou de démence. Au stade du déficit cognitif léger, dix-sept études de bonne qualité montrent des effets faibles à modérés sur la cognition globale, l’attention, la mémoire de travail [à court terme], l’apprentissage, la mémoire verbale et les symptômes dépressifs. Chez les personnes au stade de la démence, trois essais utilisant les technologies de réalité virtuelle montrent une amélioration significative de la cognition globale et des compétences visuelles et spatiales. « L’entraînement cognitif assisté par ordinateur peut maintenir, voire améliorer les capacités cognitives des personnes âgées à haut risque de déclin cognitif. C’est une intervention financièrement accessible et sans effets indésirables », explique Amit Lampit. L’enjeu consiste maintenant à maintenir les effets positifs de l’entraînement cognitif sur le long terme, sortir ce traitement d’un univers de recherche clinique et l’expérimenter au domicile des personnes malades, ajoute le Pr Michael Valenzuela, coordonnateur du groupe de neurosciences de l’Université de Sydney. Ce type d’intervention est encore émergent. Au centre d’étude de l’activité du cerveau de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), Nahid Zokaei et ses collègues rappellent le manque de consensus sur le protocole d’évaluation de cette technologie. Pour les chercheurs, le succès de cette intervention dépendra du ciblage de certaines fonctions cognitives spécifiques, avec des tests pouvant établir l’« empreinte digitale » des capacités individuelles d’une personne. L’entraînement cognitif n’est pas une panacée. Mais des interventions centrées sur la personne, prenant en compte les différences individuelles, devraient être développées dans le vieillissement normal et le vieillissement pathologique.

Hill NT et al. Computerized Cognitive Training in Older Adults With Mild Cognitive Impairment or Dementia: A Systematic Review and Meta-Analysis. Am J Psychiatry, 14 novembre 2016.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27838936. http://sydney.edu.au/news-opinion/news/2016/11/14/brain-training-can-help-fight-against-dementia.html, 14 novembre 2016.  www.dementiatoday.com/brain-training-may-help-fight-dementia/, 17 novembre 2016. Top Santé, novembre 2016. Zokaei N et al. Cognitive Training in the Elderly: Bottlenecks and New Avenues. J Cogn Neurosci, 29 novembre 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27897677.

Stimulation motrice : la susciter de manière implicite par le jeu vidéo

« Planifier, anticiper, prédire les conséquences de nos actions sont des préalables nécessaires à l’exécution harmonieuse du mouvement. Ces processus reposent en partie sur la capacité à se représenter mentalement le geste à accomplir, explique le Pr France Mourey, professeur en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) au CHU de Dijon, qui a montré que l’apparition de troubles de la mémoire est accompagnée d’altérations de cette représentation. « Par ailleurs les mouvements, en particulier ceux des bras, nécessitent des ajustements successifs de l’équilibre. Or ce couplage entre mouvement et équilibre est modifié chez les patients Alzheimer dès les premières phases de la maladie. Sont en cause le déclin des capacités d’anticipation et d’attention. Les personnes atteintes parviennent moins facilement à sélectionner les informations sensorielles pertinentes pour guider leur geste. La moindre perturbation extérieure transforme l’accomplissement d’un mouvement banal en défi. De même, elles peinent à contrôler leur posture générale quand elles exécutent une tâche secondaire, par exemple lorsqu’elles se mettent à discuter tandis qu’elles marchent. »  Depuis bientôt un an, une quarantaine de personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés expérimentent un jeu vidéo pour retarder l’apparition des problèmes de motricité. « La solution du jeu s’est vite imposée, par son côté agréable et stimulant. Comme nous nous adressons à des personnes âgées et fragiles, nous avons cherché des défis à leur mesure : cueillir des fruits dans un verger, susciter de la musique par des mouvements coordonnés. Et plutôt que de donner des consignes, nous sollicitons des mécanismes intuitifs chez les participants. » Les premiers tests cliniques ont montré l’adhésion des patients aux prototypes de jeu et leur efficacité à court terme, notamment une l’amélioration de l’équilibre grâce aux mouvements répétés des bras.L’équipe travaille aussi sur les effets du rythme de la musique sur la motricité, suscitée de manière implicite. « Le défi majeur à relever, dans notre projet, est de faire cohabiter la recherche fondamentale et le développement technologique, qui relèvent de cultures très différente »

Trompe-l’œil

Depuis le début du mois d'octobre 2016, la maison de retraite de La Treille à Valenciennes (Nord) prend des allures de décor de cinéma. Une des salles de l'établissement a été revisitée en gare fictive avec panneaux d'affichage, guichet, banc, horloge. Les passagers qui prendront place dans ce train virtuel en janvier prochain seront des résidents atteints de la maladie d'Alzheimer, accompagnés d'un professionnel soignant de l'établissement. Des écrans diffuseront des paysages en fonction des saisons et de l'attrait personnel des malades : dans un décor de campagne, ville, ou mer, ces « fugues organisées » dureront entre quinze et quarante-cinq minutes. « L'objectif est de créer un pont émotionnel avec la mémoire », explique Laura Drici, infirmière coordinatrice. « On pourra proposer du tricot ou de la lecture à bord du train, pour réactiver un plaisir ancien pour certains patients. » Dix soignants ont été formées par l'initiateur de ce projet, le Dr Cilesi, médecin dans une unité de vie Alzheimer à Milan (Italie), qui a mis en place cette intervention depuis cinq ans. Après avoir suivi cent patients embarqués dans ces voyages virtuels, le médecin a constaté une baisse moyenne de 30% des déambulations et une réduction de 40% des traitements médicamenteux. Des tests préliminaires, qui dureront trois mois, seront menés auprès de trois résidents qui ne prennent aucun traitement médicamenteux. Ces tests incluront par la suite un nombre plus large de résidents. Seules les personnes présentant des délires ou hallucinations ainsi que les personnes réfractaires à ce mode de transport seront exclues du protocole d'expérimentation.

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