Inégalités des personnes âgées face aux technologies de la vie quotidienne

De nombreuses personnes âgées, qu’elles aient des troubles cognitifs ou non, ont des difficultés pour utiliser les télécommandes, téléphones mobiles, systèmes domotiques et communication assistée par ordinateur. Anders Kottorp, de la division d’ergothérapie de l’Institut Karolinska de Stockholm (Suède) et ses collègues de l’Université d’Illinois à Chicago (Etats-Unis) et de l’Université de Linköping (Suède), analysent la recherche sur le sujet sous l’angle d’une injustice systémique qui désavantage une partie de la population âgée (occupational justice theory : théorie de la « justice d’accès à des activités », Nilsson et Townsend, 2010). Pour les chercheurs, « le diagnostic ou le handicap ne sont pas les seuls marqueurs pour cette population vulnérable à haut risque devant l’injustice d’accès. Des résultats empiriques montrent au contraire que d’autres déterminants, notamment économiques ou éducatifs, peuvent aussi avoir une influence sur l’accès aux technologies de la vie quotidienne et à leur utilisation par les personnes âgées. »

Kottorp A et al. Access to and use of everyday technology among older people: An occupational justice issue – but for whom? J Occupat Sci, 16 mars 2016.

www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/14427591.2016.1151457?journalCode=rocc20. Nilsson I et Townsend E. Occupational Justice: Bridging theory and practice. Scand K Occupat Ther 2010: 17: 57-63. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20170412.

Dépression, apathie, motivation : quelles perspectives pour les technologies ?

De quoi parle-t-on ? « Les personnes déprimées peuvent se sentir tristes, anxieuses, vides, sans espérance, inquiètes, impuissantes, coupables, seules, irritables, blessées ou sans repos. Elles peuvent perdre l’intérêt pour des activités qui leur faisaient autrefois plaisir, perdre l’appétit ou manger en excès, avoir des difficultés à se concentrer, à se souvenir de détails ou à prendre des décisions », rappellent le Pr Philippe Robert et ses collègues de l’équipe CoBTek (Cognition, Behaviour, Technology) au Centre mémoire de ressources et de recherche du CHU et de l’INRIA (institut national de recherche dédié au numérique) de Nice. L’apathie, quant à elle, est définie comme « un trouble de la motivation et de l’intérêt », impliquant notamment l’initiation de l’action et la réactivité émotionnelle. « De nombreux travaux montrent une forte association entre la démence et la dépression. De plus, l’apathie et la dépression sont les symptômes neuropsychiatriques les plus fréquents dans la maladie d’Alzheimer et les troubles apparentés. Ces symptômes confrontent les cliniciens à deux difficultés majeures : le diagnostic et l’association avec les symptômes de la démence, notamment au début de la maladie, et la stratégie de traitement à envisager. Il est important de développer de meilleurs instruments pour l’évaluation de la sévérité de la maladie et de sa progression, pour optimiser l’accompagnement des personnes malades. » Les chercheurs proposent une analyse systématique des forces, faiblesses, opportunités et menaces concernant l’emploi des technologies de l’information et de la communication pour l’évaluation et la stimulation de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, ainsi que des recommandations pour l’usage de ces technologies en recherche clinique.

Robert P et al. Depression, apathy and Alzheimer’s disease: new perspectives. Neurobiol Aging 2016; 39(S1):S29-S30. Mars 2016. www.neurobiologyofaging.org/article/S0197-4580(16)00136-6/fulltext.

La télévision : fuite ou fenêtre sur le monde ?

Allumer la télévision ou non ? Pour le Pr June Andrews, du département d’études sur la démence au centre de développement de services sur la démence de l’Université de Stirling (Ecosse), « regarder la télévision est souvent considéré comme un passe-temps passif et mauvais pour la santé. L’utilisation de la télévision dans les maisons de retraite est souvent associée à une piètre qualité des soins. L’essentiel de la recherche sur le sujet s’intéresse à l’impact négatif de la consommation de télévision sur la vie des personnes âgées, notamment lorsqu’elles vivent en établissement d’hébergement. » Si l’on veut mettre en avant les bénéfices de la technologie numérique d’aujourd’hui, plusieurs étapes sont à prendre en compte : 1/ comprendre et respecter la différence entre regarder la télévision dans un espace privé ou dans un espace collectif ; 2/ s’assurer que la télévision est adaptée pour chacun (télécommande simple, casque sans fil pour ne pas gêner les voisins, prothèse auditive…) ; 3/ remettre en question les préjugés sur la passivité devant la télévision : si elle peut être perçue comme une solution de facilité pour certains professionnels qui peuvent faire autre chose que de prêter attention à la personne, elle peut aussi être vue comme un moyen de structurer la vie quotidienne, satisfaire les besoins de réflexion ou de contemplation des personnes âgées, et leur permettre de rester intégrées à la société, ce qui contribue à leur capacité de faire face au désengagement et peut être utilisé pour promouvoir la communication et le bien-être (Ostlund, 2010); 4/ le personnel doit être présent pour rendre la télévision aussi positive et active que possible pour les résidents ; 5/ ne pas préjuger des choix des programmes : un élément crucial pour réduire le stress chez les personnes atteintes de démence est de leur offrir ce qu’elles préfèrent et retirer ce qui les irrite ; il faut rester vigilant quant à la réaction des personnes par rapport aux programmes ; 6/ être créatif : les nouvelles technologies permettent de contrôler le temps devant la télévision et de mélanger des contenus, avec une part d’émissions en direct et une part de contenus choisis ; les établissements peuvent même créer leurs propres programmes ; 7/ utiliser la télévision pour former le personnel ; 8/ considérer la télévision comme faisant partie de la conception active de l’environnement de soins.

Andrews J. Is the telly good for older people with dementia? University of Stirling Dementia Services Development Centre. 19 mars 2016.

http://dementia.stir.ac.uk/blogs/diametric/2016-03-09/telly-good-older-people-dementia (texte intégral).

Ostlund B. Watching television in later life: a deeper understanding of TV viewing in the homes of old people and in geriatric care contexts. Scand J Caring Sci 2010; 24(2): 233-243. Juin 2010. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20030771.

Utilisation des aides technologiques

Ordinateurs, tablettes, robots d’assistance : une enquête nationale a été lancée sur l’utilisation des aides technologiques dans l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée (enquête Ithaca). Cofinancée par l'association France Alzheimer et la Fondation de France, cette étude est coordonnée par le Pr Anne-Sophie Rigaud, du laboratoire LUSAGE de l'hôpital Broca (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Descartes).

www.agevillage.com, 29 février 2015. Laboratoire LUSAGE. Enquête ITHACA. Aides technologiques et accompagnement des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées (questionnaire en ligne), 1er mars 2016.

https://qeurope.eu.qualtrics.com/jfe/form/SV_0vJZ5gCtPGZaChL. Pino M. User-driven Innovation for Dementia Care in France: The LUSAGE Living Lab Case Study. Interdisciplinary Studies Journal 2014; 3(4): 251-268.

http://crawl.prod.proquest.com.s3.amazonaws.com/fpcache/7e20e2cd08997bf008d3c74b59aa5c08.pdf?AWSAccessKeyId=AKIAJF7V7KNV2KKY2NUQ&Expires=1456941751&Signature=s2hCk5V1pK%2FbblBs5AKcsikt4JY%3D .

Jeux sur écrans tactiles : autonomie, plaisir et familiarité

Arlene Astell et ses collègues, du centre des sciences de santé mentale de l’Université de Sheffield (Ontario, Canada), et du centre de recherche sur les innovations en santé de l’Université des sciences appliquées de Rotterdam (Pays-Bas), ont testé si le caractère familier d’un jeu améliorait l’autonomie des personnes atteintes de démence. Trente personnes malades ont été réparties en deux groupes, l’un pour jouer au Solitaire, un jeu familier [le joueur déplace des billes sur un plateau où toutes les cases sont remplies, sauf une ; avec une règle simple, le joueur doit supprimer des billes adjacentes pour terminer avec une seule bille], et l’autre pour jouer à un nouveau jeu, Bubble Xplode [le joueur doit réaliser des combinaisons de bulles pour que celles-ci explosent en chaîne], les deux jeux étant proposés sur écrans tactiles. Chaque participant a joué au même jeu, à trois occasions distinctes, durant une semaine. Un seuil de réussite a été fixé pour chacun des deux jeux. 90% des participants ont essayé de jouer de façon autonome. 88% ont déclaré s’être amusés durant les séances de jeu. 17% de ceux ayant joué au jeu familier et 93% de ceux ayant joué au nouveau jeu ont atteint le seuil de réussite. Pour les chercheurs, la familiarité seule n’assure pas le succès de la partie. Le plaisir, en revanche, apparaît indépendant de la progression dans le jeu.

Astell AJ et al. Does familiarity affect the enjoyment of touchscreen games for people with dementia? Int J Med Inform, 12 février 2016.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26897552.

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