Paroles d’une assistante de vie, de Zouhour Ben Salah

Amour, bonheur, compassion, dignité… : c’est l’abécédaire faussement naïf que propose Zouhour Ben Salah, assistante de vie, qui fait part de sa réflexion profonde mûrie par quinze années d’expérience auprès de personnes âgées, dans une nouvelle édition de son livre. « Ces Paroles d’une assistante de vie tentent de mettre en lumière un métier pas assez connu, ni reconnu à sa juste valeur », écrit-elle. « Prendre soin d’une personne âgée ou contribuer à l’éducation d’un enfant nous met face à une grande responsabilité, une responsabilité qui pousse à la réflexion et à l’investissement personnel : il s’agit de l’investissement de la personne au service de la personne, de l’investissement de l’humain au service de l’Humain. Ce métier invite donc à la recherche de la lumière à l’intérieur de soi et autour de soi. » « Nous accompagnons nos aînés, tandis qu’ils nous montrent le chemin. Nous les assistons dans leur vieillesse et ses difficultés, et ils nous donnent le privilège de découvrir des expériences de longue vie très riches en sentiments, en histoires humaines et bien d’autres substances de vie. C’est un bouquet dense, varié et multicolore. Prenons-en soin, lisons le message de chacune de ses composantes, veillons à ce que ce bouquet rayonne les couleurs de l’arc-en-ciel et qu’il dégage le parfum de la vie. » Dans la préface, le généticien et humaniste Albert Jacquard (1925-2013) écrit : « ce que je suis n’est pas seulement une ensemble d’organes, une collection de métabolismes. La nature a produit un objet humain, c’est l’intronisation en humanité qui l’a métamorphosé en personne humaine (…).  Puis vient la période où la nature nous trahit. Si l’on n’y prend garde, les liens perdent avec l’âge leur solidité, les rencontres sont plus rares et perdent leur richesse. C’est alors à la collectivité de prendre le relais, ce qui n’est pas toujours le cas. Zouhour Ben Salah nous livre ici les réflexions d’un témoin qui a œuvré en première ligne dans le combat à mener pour que personne, notamment parmi les plus âgés, ne soit abandonné sur le bord de la route. Elle contribue à faire comprendre qu’une attitude solidaire est plus féconde qu’un geste solitaire. ».

Ben Salah Z. Paroles d’une assistante de vie. Paris : L’Harmattan.  1er janvier 2015. 60 p.  ISBN : 978-2-343-05262-5.

www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45470.

Vivre avec le sentiment que la vie nous abandonne

« J'avais un emploi et je commençais à faire des erreurs. Le patron s'en était rendu compte. Une fois rentrée à la maison, mon mari et les enfants m'ont avoué qu'ils avaient remarqué du changement depuis un an. J'ai appelé ma fille et elle m'a confirmé que les trois enfants avaient remarqué, finalement… », témoigne Julianne, une québécoise qui a appris il y a un an son diagnostic de démence fronto-temporale.  « Je ne m'en rendais pas compte et ma fille me conseillait d'aller voir un médecin. Je ne voulais pas l'entendre, évidemment. Après consultation, on m'a annoncé ma maladie. Au-devant de mon cerveau, les cellules meurent, alors ça agit sur la mémoire, la perception et la vision, entre autres. J'ai vu les images du scan ! On voit des trous dans le cerveau, qui eux se remplissent d'eau, malheureusement. » De son propre aveu, Julianne trouve difficile de subir des deuils jour après jour. « J'étais bonne en peinture et je jouais du piano tous les jours. Maintenant, j'essaye et j'en suis presque incapable. Je ne suis même plus capable de tricoter. Je vais perdre mon permis de conduire, donc une partie de ma liberté. Puis une des choses les plus difficiles, c'est de se faire dire qu'on est malade ou perdue. On le sait qu'on vit avec la maladie alors ne le répétez pas à la personne sans arrêt. C'est dur à entendre !», confie-t-elle. » « Il y a une période où j'étais même suicidaire. Mais ma nouvelle gériatre veut s'arranger pour que je me sente mieux. J'ai l'impression d'être en enfer à temps plein et ce n'est pas une vie pour moi. Ma vie actuelle n'a rien à avoir avec mon ancienne vie. Je suis toujours perdue et j'ai des projets que je ne peux plus faire. Mais bon, je dois rester positive et j'ai encore des plaisirs quotidiens. Aller magasiner [faire les courses] me fait un grand bien. Je reste positive parce que j'ai toujours été une fonceuse. »

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