Craintes et inquiétudes

Un sondage Harris Interactive pour la Fondation MetLife, mené auprès de mille adultes américains en septembre 2010, montre que la maladie d’Alzheimer est la seconde grande maladie la plus redoutée (31%) après le cancer (41%), mais loin devant les maladies cardiovasculaires (8%), l’accident vasculaire cérébral (8%) et le diabète (6%). 44% des adultes ont un membre de la famille ou un ami atteint de la maladie d’Alzheimer ; 23% se déclarent extrêmement préoccupés ou très préoccupés d’avoir un jour à prendre soin d’un proche atteint de la maladie d’Alzheimer (ils étaient 18% en 2006). Seules 18% des personnes interrogées déclarent avoir pris des dispositions au cas où elles auraient la maladie d’Alzheimer (12% en 2006). Moins de la moitié des personnes interrogées (41%) déclarent avoir parlé de la maladie d’Alzheimer à leurs familles ; 33% ont étudié les différentes options disponibles en cas de survenue de la maladie d’Alzheimer ; 44% ont désigné une personne de confiance, et 21% ont pris des dispositions financières.

Connaissance de la maladie

Une étude de Brian Carpenter et ses collègues du service de psychologie de l’Université Washington à Saint Louis (Missouri, Etats-Unis), menée auprès de huit cents personnes, a testé leurs connaissances de la maladie d’Alzheimer. Cette connaissance est très variable selon l’origine socio-professionnelle des répondants et leur expérience de la maladie. La meilleure connaissance est évidemment observée chez les professionnels de la prise en charge de la démence, elle est plus faible chez les aidants de personnes d’atteintes de démence n’ayant pas suivi de formation et chez les personnes âgées en général, et elle est la plus faible chez le personnel des services d’aide aux personnes âgées et les étudiants au-dessous du niveau de la maîtrise. 

Carpenter BD et al. Demographic and contextual factors related to knowledge about Alzheimer’s disease. Am J Alzheimers Dis Other Demen, 13 janvier 2011. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21233137.

Destination Alzheimer

Margaret Lock est professeur émérite de sociologie de la médecine et d’anthropologie à l’Université McGill de Montréal, et médaille d’or du Conseil de la recherche en sciences sociales et humaines du Canada (SSHRC). Aujourd’hui, elle étudie comment la connaissance émergente en biologie moléculaire transforme la compréhension de la maladie d’Alzheimer auprès des professionnels et du grand public. Elle écrit : « la maladie d’Alzheimer est décrite de plus en plus aujourd’hui dans la littérature professionnelle et les média comme une épidémie, qui devrait toucher cent quinze millions de personnes dans le monde en 2050. Moins visibles sont les arguments discutés dans le monde médical sur l’intrication de la maladie d’Alzheimer avec le vieillissement normal, et les efforts répétés pour délimiter ce qui constitue exactement la maladie d’Alzheimer », générant une incertitude permanente (abiding uncertainty). Il existe également un sens de l’urgence, la médecine devant trouver, en toute hâte, un traitement curatif pour cette « mort vivante », qui épuise l’économie et la vie de famille. Confrontés à cette incertitude, certaines personnes vont demander des tests génétiques pour savoir si elles sont « destinées » à la maladie (destined for Alzheimer’s disease). Les représentations de la génétique doivent changer afin que le grand public comprenne que nous travaillons sur un tout nouveau modèle, explique-t-elle.

http://whatsortofpeople.wordpress.com, 3 mars 2011. Lock M. Seduced by Plaques and Tangles: Alzheimer’s Disease and the Cerebral Subject. In The Cerebral Subject: Neurosciences and Contemporary Society (Vidal F et Ortega, coord.). Routledge. 2011.
www.psu.edu/dept/rockethics/education/disability/alzheimers/documents/lock.pdf (texte intégral).

Bien vieillir : qu’en pensent les Français ? (1)

Selon un sondage de l’IFOP réalisé auprès de mille personnes pour le groupe d’assurance Prévoir, 62% des Français pensent qu'il est difficile de bien vieillir ; 70% déclarent que « bien vieillir c'est vieillir en bonne santé », ce qui demande une bonne hygiène de vie et un environnement social et culturel riche, et 72% pensent que leur style de vie leur permettra de bien vieillir. La perception diffère selon la catégorie socio-professionnelle : l’âge du basculement dans « la vieillesse » est largement anticipé chez les ouvriers (soixante-cinq ans) et les personnes aux faibles revenus (soixante-six-ans), en comparaison avec les catégories les plus aisées de la population : soixante-dix ans chez les cadres supérieurs et soixante-douze ans chez les personnes possédant les plus hauts revenus. En moyenne, les Français établissent l'âge du basculement dans la vieillesse à soixante-neuf ans, et repoussent cette échéance, au fur et à mesure qu'ils s'en approchent : on devient vieux à soixante-et-un ans, estiment les moins de vingt-cinq ans, et à soixante-dix-sept ans, estiment les plus de soixante-cinq ans. La majorité des personnes interrogées (62%) estiment qu'il est «difficile» de bien vieillir. Toutefois, cette perception semble davantage tenir d'une projection pessimiste que d'un constat, puisque 57% des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans considèrent qu'il est facile de bien vieillir contre 31% des personnes âgées de moins de vingt-cinq ans.

Quelles personnalités incarnent le mieux le « bien vieillir » pour les Français ? Line Renaud, Simone Veil, Jane Fonda, Clint Eastwood, Sean Connery, Charles Aznavour.

www.prevoir.com, 1er mars 2011. www.senioractu.com, 2 mars 2011. 

Bien vieillir : qu’en pensent les Français ? (2)

Pour la sociologue Anne-Marie Guillemard, professeur à l’Université Paris-Descartes Sorbonne, « les réponses des Français révèlent de nouveaux besoins en sécurité auxquels les édifices actuels de la protection sociale, bâtis après la Seconde guerre mondiale, ne sont pas à même de répondre. Désormais la sécurité des individus ne passe plus seulement par une indemnisation a posteriori de risques standards. La protection sociale doit être préventive et viser à sécuriser des trajectoires de vie désormais individualisées et incertaines, faites de ruptures multiples tout au long de l'existence et de va-et-vient entre formation, travail et inactivité. Il s'agit donc d'une sécurité attachée à l'individu et à son parcours spécifique. Cette nouvelle stratégie d'investissement social implique la mise en œuvre de nouveaux instruments définis comme des politiques du cycle de vie. L'offre d'une large gamme de services préserve les possibilités de choix pour couvrir des besoins désormais plus individualisés ».

www.prevoir.com, 1er mars 2011. www.senioractu.com, 2 mars 2011. 

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