Bettencourt Boulevard, de Michel Vinaver

Au Théâtre de la Colline d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), « Michel Vinaver tire du feuilleton médiatique français une analyse en demi-teinte. Et érige le fait divers en moment familial de l’histoire nationale », écrit Philippe Lançon, de Libération. Francine Bergé, dans la peau de Liliane Bettencourt, « n’est ici ni franchement vieille, ni gâteuse, ni stupide. Simplement une femme élégante qui vieillit, qui perd parfois la mémoire ou les pédales, mais jamais son instinct ni son intelligence. Sa longue silhouette égarée mais lucide traverse le plateau et les crustacés qui la guettent comme une Antigone vieillie et inversée, qui n’obtiendra ni la justice ni la paix ».

Vignettes théâtrales

Nicholas Jenkins, de l’École Médias, culture et société de l’Université d’Ecosse occidentale à Paisley, Sarah Keyes, de l’Université d’Édimbourg et Liz Strange, du Strange Theatre de la même ville, ont créé des « vignettes théâtrales » [représentations simplifiées de situations] pour représenter ce que veut dire de vivre avec les symptômes de la démence avant l’âge de soixante-cinq ans. Les vignettes ont été développées dans des ateliers auxquels participaient des familles confrontées à la démence chez les personnes jeunes. Ces ateliers ont fait émerger des thèmes et des questions clés issues de l’expérience collective du groupe. Le contenu des vignettes renvoie à des débats sociologiques majeurs, tels que l’expérience vécue du temps, du risque, de l’exclusion sociale et de la stigmatisation de la démence. Pour les auteurs, le processus de création et d’utilisation de ces vignettes représente « la première application empirique d’une approche de sociologie publique à la démarche centrée sur la personne dans la démence » : selon Gilles Deleuze, la personne n’est plus vue comme un « individu », c’est-à-dire la plus petite unité à laquelle la société peut être réduite, mais toujours transaction avec les autres.

Par ailleurs, le grand public est parfaitement capable d’utiliser des vignettes pour distinguer les trois stades de la maladie d’Alzheimer (léger, modéré, sévère), montre une étude menée par Mark Oremus et ses collègues, de l’École de santé publique de l’Université de Waterloo (Ontario, Canada), auprès de quarante-huit personnes âgées en moyenne de cinquante-trois ans. Ces résultats suggèrent qu’un tiers extérieur pourrait estimer la qualité de vie liée à la santé des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer lorsque celles-ci ne seraient plus capables de le faire.

Jenkins J et al. Creating Vignettes of Early Onset Dementia: An Exercise in Public Sociology. Sociology 2015; 50(1): 77-82. 29 janvier 2016.

http://soc.sagepub.com/content/50/1/77?etoc. https://en.wikiversity.org/wiki/Social_Relations_as_Persons, 29 janvier 2016.

Oremus M et al. Can the general public use vignettes to discriminate between Alzheimer’s disease health states? BMC Geriatrics (2016) 16:36. 3 février 2016. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4738787/pdf/12877_2016_Article_207.pdf(texte intégral).

Les Nœuds au mouchoir, de Denis Chérer

Faire rire de la maladie d’Alzheimer ? Denis Chérer [Charly dans Plus belle la vie], a mis en scène l’histoire de sa propre mère, jouée par Anémone. « L’humour est une arme et un pied de nez à cette maladie qui touche des personnes de plus en plus jeunes », dit-il. « On a vécu ça avec mon frère (Pierre-Jean Chérer qui joue aussi dans la pièce) et puis j’ai écrit des petites notes avec des répliques de ma mère qu’on trouvait marrantes. Un jour, je me suis dit que j’allais en faire une pièce. Je suis parti de faits réels et j’ai fabriqué des personnages fictifs. Toutefois, ce qui est raconté dans Les Nœuds au mouchoir est à 80% autobiographique. J’ai souhaité toucher les gens par le rire à un stade de la maladie où on peut encore se marrer, c’est-à-dire juste le moment où la personne commence à perdre la boule. Six mois après ce stade de la maladie, j’aurais pu écrire un drame sur ce sujet. » Cette pièce était un pari loin d’être gagné. « J’ai écrit la pièce il y a bientôt sept ans et j’ai eu beaucoup de mal à la monter, à rencontrer les bonnes personnes qui voulaient bien croire à ce projet. Au début, on me disait qu’il ne fallait pas faire rire avec un tel sujet, que les gens n’avaient pas envie de venir au théâtre pour voir autre chose que des couples qui se déchirent. Finalement, le public est là et réagit très bien ! Tout ce que m’a dit le microcosme bien-pensant du théâtre parisien s’avère être totalement faux et c’est tant mieux. Mon père est décédé en 2008 et ma mère en 2009. J’aurais aimé qu’ils voient ça. Quand je joue la pièce et que je vois son succès, j’ai encore plus de regrets qu’ils ne soient pas là. » Cette comédie est « une façon d’exorciser la chose. Ça me faisait du bien de raconter ça plutôt que de la garder pour moi. Mon frère m’a encouragé pour monter cette pièce même s’il a eu peut-être plus de mal à faire la part des choses au début des lectures. Le rire, c’est vraiment une arme. »

The Father, de Florian Zeller

Au Royaume-Uni, l’acteur Kenneth Cranham, âgé de soixante-et-onze ans, a été récompensé par un prix du meilleur acteur, décerné par le Cercle des critiques de théâtre, pour son rôle dans la version anglaise du Père, du jeune dramaturge français Florian Zeller (trente-cinq ans). Celui-ci devient l’auteur français le plus joué dans le monde. La pièce, qui a été jouée 171 fois au Théâtre royal Ustinov de Bath et au Tricycle Theatre de Londres, revient à West End [le quartier des théâtres londoniens] pour une centaine de représentations supplémentaires, et sera créé à Broadway (New York, Etats-Unis) au Samuel Theater en mars 2016. Dominic Cavendish, du quotidien britannique The Telegraph, présentait la pièce en 2015 comme « l’un des portraits les plus fins, les plus absorbants et les plus dérangeants de la démence que j’aie jamais vus. » « Le principe, c’est de perdre le fil de l’histoire ». Le Père a été récompensé en France en 2014 par un Molière du meilleur spectacle et un Molière du meilleur comédien, pour Robert Hirsch.

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