Le pari de l’improvisation (1)

« Le pari est osé, mais c’est à chaque fois une réussite », annonce Marie Dessy au journal télévisé du 29 juin 2015, sur la chaîne belge RTBF. « Pour la quatrième année consécutive, des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer se produisent sur la scène de la Maison pour associations de Marchienne-au-Pont (Belgique). Le projet est initié par le centre d’action laïque et le centre public d’action sociale de Charleroi (CPAS). Il y a Annette, Nicolas, Suzanne et les autres. Tous sont atteints de la maladie d’Alzheimer. Ils ont un autre point commun : ne pas laisser la maladie les empêcher de se lancer des défis, comme se produire sur scène devant un public. » Les acteurs sont tous résidents de maisons de repos carolorégiennes. « Le but de l’exercice est de sortir du cadre de vie habituel et de renforcer les liens entre les encadrants et les résidents. Le second objectif pour les acteurs est de monter à leurs proches ce qu’ils sont encore capables de faire » explique David Paul, animateur chargé de projets au centre d’action laïque. Les résidents se sont entrainés toute l’année avec leurs encadrants pour réaliser le spectacle. Sur scène pas question de réciter un texte par cœur. Les acteurs improvisent. Pour la plupart d’entre eux, c’est leur première expérience de la scène. « Ils ont un naturel et une réplique à couper le souffle. Cela m’impressionnera toujours » dit David Paul en souriant. Cette initiative originale stimule les patients, elle permet d’accroître leur bien-être. « D’un point de vue subjectif, on voit au sourire des personnes que c’est un moment important. Un moment de vie à retenir qui est probablement gravé dans leur mémoire. C’est très positif », explique Sabine Henry, présidente de la Ligue Alzheimer belge.

Le pari de l’improvisation (2)

Une vingtaine de personnes participent à la pièce de théâtre, en préparation depuis des mois. C’est une succession de petits tableaux dans lesquels deux à trois participants interviennent. Les animateurs les font réagir. Ils leur parlent de ce qu’ils aiment, témoigne le journaliste Didier Albin, de L’Avenir. « Un dialogue s’instaure. Le résultat est imprévisible et évolue selon l’humeur, les circonstances», explique Laurence Constant, du centre d’action laïque. « Une dame m’a confié qu’elle avait été bouleversée par la prestation de sa maman qu’elle croyait complètement éteinte », rapporte Patricia Scorneau, référente Alzheimer du CPAS. « Nous avons en nous des ressources extraordinaires. Ce projet permet de les faire remonter à la surface pour les exploiter. » Pascale et Greta assistent pour la première fois à la représentation. « Un de nos proches souffre de la maladie, disent-elles. Nous avons entendu parler de cette activité. Nous sommes venues la découvrir pour voir en quoi elle pourrait améliorer le bien-être de notre parent, le mettre en confiance. » Augusta est la première à entrer en scène. Elle donne des conseils vestimentaires pour se rendre au palais en visite chez le Roi. « Parfois, ce sont des astuces de couture, une chanson, l’éducation des enfants, la cuisine… Il faut prendre le temps de parler avec les personnes pour voir quand leur regard se met à pétiller. Notre histoire, notre vécu conditionnent nos souvenirs et nos centres d’intérêt.» Le spectacle mobilise beaucoup d’énergie, de moyens (de déplacement notamment), de personnel, mais il est fantastique. Il suscite l’émotion et le vrai bonheur. En plus de parvenir à ses fins thérapeutiques, conclut Didier Albin. Stéphanie Gosek, directrice du centre d’action laïque, rappelle : « nous poursuivons, entre autres missions, d’amener les personnes vers plus d’autonomie. C’est évidemment le cas ici, avec ces beaux moments de brillance dans le contexte plus sombre de la maladie. » « Le rire, c’est le langage universel qui dépasse tous les handicaps, toutes les maladies », écrit Sébastien Gilles, de L’Avenir.

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