Campagnes médias : des confetti dans la tête (1)

Des confetti dans la tête (Konfetti im Kopf) est le titre de la campagne de sensibilisation grand public de l’association Alzheimer allemande (deutsche Alzheimer Gesellschaft). En octobre 2009, quatre cents affiches et trois cents photos de personnes atteintes de démence avaient été exposées à Berlin, notamment à la gare centrale par laquelle transitent trois cent mille voyageurs tous les jours, et sur des barques naviguant sur la rivière Spree. « La campagne visait à changer les perceptions de la maladie chez les personnes n’ayant eu aucun contact avec des personnes atteintes de démence, et remettre en cause les préjugés et la stigmatisation », explique Michael Hagedorn, photographe et membre fondateur de l’association Konfetti im Kopf. « Mais nous voulions aussi essayer d’impliquer les responsables politiques et les professionnels de la démence pour encourager l’usage de traitements non médicamenteux ». Le lieu principal de la campagne était le site d’une ancienne brasserie, aujourd’hui transformé en espace de création en plein air. La campagne de Berlin a bénéficié d’une excellente couverture médiatique à la télévision, à la radio et dans la presse écrite, ce qui est difficile dans une ville comme Berlin où beaucoup d’événements ont lieu simultanément. Les professionnels ont fortement apprécié la campagne, qui a été pour eux « source d’inspiration ». Quatre-vingt villes et communautés urbaines ont demandé à utiliser la campagne, qui a été menée à Stuttgart en septembre 2011 à une plus petite échelle, et qui sera lancée à Hambourg en mai 2013. La campagne a été primée en 2010 (Public Relations Report Award) et en 2011 (Hertie Award for Engagement and Self-Help) en 2011.

J Dementia Care, juillet-août 2012. www.konfetti-im-kopf.de (site en allemand).

Campagnes médias : cadres et contre-cadres (2)

En Belgique, Baldwin van Gorp, professeur assistant à l’Institut d’étude des médias de l’Université catholique de Louvain, et ses collègues, testent différentes représentations publicitaires pour tenter d’atténuer le regard négatif porté par la société sur la maladie d’Alzheimer : il s’agit de construire des contre-cadres (counterframes), c’est-à-dire des représentations plus nuancées de la maladie. Mais la route est longue. Les chercheurs ont présenté deux publicités à mille personnes dans le cadre d’une expérience. La publicité dans laquelle le titre évoque la peur de la mort et la dégénérescence retient encore davantage l’attention, est plus facile à comprendre et est plus crédible qu’une autre publicité indiquant qu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer peut toujours aimer jouer aux cartes.

Ces travaux ont été publiés par le réseau des fondations européennes (NEF : The Atlantic Philanthropies, Fondation Roi-Baudouin, Fondation Robert-Bosch, Fondation Médéric Alzheimer).

Van Gorp B et al. Towards a more nuanced perception of Alzheimer’s disease : designing and testing a campaign advertisement. Am J Alzheimers Dis Other Demen, 7 août 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22871907. Network of European Foundations. “I am still the same person” - An invitation to communicate differently about Alzheimer’s disease and related illnesses. Septembre 2011. www.nef-europe.org/sites/default/files/Leaflet-com-framing_EN_final(texte intégral). De Rynck P.  « Je suis toujours la même personne » - Une invitation à communiquer autrement à propos de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. Bruxelles : Fondation Roi-Baudouin. Septembre 2011. 30 p. ISBN 978-2-87212-655-2. www.kbs-frb.be/uploadedFiles/KBS-FRB/05 (texte intégral).

Campagnes médias : les stéréotypes asphyxient la réflexion (3)

Pour Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage.com, « à côté de ces images médiatiques d’un « vieux incapable dont il faut s’occuper » pour se déculpabiliser, les publicités destinées aux seniors promeuvent une image unique de vitalité (grand-père « Père Noël » refusant de vieillir), voire un dynamisme tourné en dérision (sexe, tourisme…). Quant aux images parlant de personnes ayant besoin d’aide, de maladie, de fin de vie… « elles ne font pas vendre ». Cette profusion d’une double série de stéréotypes a pour conséquence d’asphyxier la réflexion ». Par ailleurs, ajoute Annie de Vivie, « les vieilles personnes d’aujourd’hui prennent encore peu la parole, et ne critiquent guère le regard que l’on porte sur elles. Ce ne sera sûrement pas le cas des générations qui vont leur succéder », prédit-elle.

www.agevillagepro.com, 27 août 2012. 

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