Quand il y a photo : comment la photographie professionnelle voit les seniors (2)

Pour Benoît Goblot, directeur de l’agence de publicité Matinal, les agences de publicité se trouvent désemparées face aux seniors, quelle que soit la place à leur donner dans la stratégie envisagée : consommateurs, prescripteurs, influenceurs, faire-valoir. Pourquoi investir lourdement auprès d’une cible qui va mourir un jour ? Pour des raisons économiques, le publicitaire va faire son marché de photos au sein des banques d’images qui commercialisent les mêmes photos à toutes les entreprises, voire utilisent le même mannequin senior comme porte-parole : « certains seniors ont l’impression que les marques se moquent d’eux », voire les humilient, dans les clichés du Père Noël, de l’intergénération idyllique et hypocrite, la vitalité, du senior de compétition, du corps dénudé, vieilli et enlaidi, des vieux dégoûtants qui ne pensent qu’au sexe. Mais le poids économique grandissant des seniors (les personnes âgées de cinquante ans réalisent aujourd’hui plus d’un achat sur deux) commence à faire bouger les lignes, observe-t-il.

Et les photos de famille, « rite du culte domestique » ? « Avec le traitement numérique, la vie familiale n’est plus photographiée, développée, puis sélectionnée, mais enregistrée, convertie en trace, puis stockée », écrit pour sa part la sociologue Irène Jonas. Avec le numérique « semble se profiler le rêve d’une vie familiale photographiée en continu, et d’une mémoire intégrale, incompatible avec le processus même de la mémorisation, qui implique de retenir et trier pour éliminer ».

Goblot B. La représentation des seniors dans la publicité. Documents Cleirppa 2012 ; 46 : 8-12. Jonas I. La photographie de famille à l’ère du numérique. Documents Cleirppa 2012 ; 46 : 13-17. Mai 2012. 

Quand il y a photo : comment la photographie professionnelle voit les seniors (1)

Le CLEIRPPA (Centre de liaison, d’étude, d’information et de recherche sur les problèmes des personnes âgées) consacre un cahier aux représentations photographiques de la vieillesse. Pour Michel Christolhomme, directeur photo de l’association Pour que l’esprit vive, la vieillesse suscite, plus que n’importe quel autre âge de la vie, des représentations stéréotypées. La photographie a élargi l’amplitude de notre champ de vision de la vieillesse dans une époque où elle a pris une importance sans commune mesure avec ce qu’elle était jusqu’ici. Ilpropose une typologie de la photographie professionnelle : la photo peut être égotique (autoportrait réalisée par un photographe) ; stéréotypée (représentant le modèle dans une pose conforme à la conception conventionnelle de la catégorie à laquelle il appartient) ; mémorielle (constituant une représentation en référence à un personnage notoire) ; scénique (représentant une personne dans une mise en scène excentrique) ; intimiste (représentant un ou plusieurs proches du photographe dans leur quotidienneté et dans leur contexte familier) ; sérielle (personnes ayant dans leur histoire de vie un dénominateur commun fondamental) ; empathique (susceptible de susciter une émotion et une réaction d’aide, de sympathie, de compassion, d’attendrissement) ; tragique (destinée à provoquer un sentiment pénible de douleur, pitié, horreur, terreur, tristesse). 

Christolhomme M. La vieillesse dans la photographie. Documents Cleirppa 2012 ; 46 : 4-7. Mai 2012.

Quelles images symboliques pour représenter la maladie d’Alzheimer ?

Amy Dobos, étudiante au Centre pour la sensibilisation du grand public à la science et employée d’Alzheimer Australie, a mené une enquête sur la signification de quatre images symboliques représentant la science biologique, l’impact social et psychologique, la maladie d’Alzheimer chez les malades jeunes, la prévalence et l’impact sur la société. L’enquête a été administrée via les canaux de communication d’Alzheimer Australie (Facebook et Dementia News). Cent trente-cinq personnes, âgées de vingt-deux à quatre-vingt-deux ans, ont répondu à l’enquête. La capacité des répondants à comprendre le sens des images dépend du contexte social : ainsi, la représentation d’un neurone n’est pas reconnue par la plupart des répondants. La majorité des personnes n’a rien appris de plus sur la maladie à travers les images.

Dementia News, 12 juillet 2012. 

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