Handicap et dépendance, mettre en scène des collectifs, de Jean-Robert Dantou

Comment montrer avec pédagogie le handicap et la dépendance sans sombrer dans le misérabilisme ? Jean-Robert Dantou, ancien élève de Florence Weber, directrice des études au département de sciences sociales de l'Ecole normale supérieure, a mis son savoir-faire photographique au service de la recherche, dans une exposition intitulée « handicap et dépendance, mettre en scène des collectifs ». La grand-mère du photographe est elle-même atteinte de neuropathie sensitive : « elle est devenue dépendante du jour au lendemain. J’ai connu ce parcours du combattant que j’ai retrouvé dans les écrits de Florence. On est perdu, on ne sait pas comment ça marche, on navigue de structure en structure ». Ensemble, ils ont pensé ces photographies selon des choix radicaux, explique Dorothée Duchemin, de Citazine. Professionnels et familles sont montrés ensemble autour de la personne dépendante et dans son univers quotidien : le domicile, la maison de retraite, la structure d’accueil. Une mise en scène théâtralise les clichés : « c’est une composition dans laquelle chacun rejoue ce qu’il joue d’habitude dans ses relations avec la personne qu’il aide ». A travers cette exposition, intégrée dans un projet de recherche du MEDIPS (modélisation de l’économie domestique et incidence des politiques sociales), Florence Weber souhaite montrer « la diversité des formes familiales et celle des métiers concernés, mais aussi le contraste entre des personnes très entourées ou très peu » ; « la force des collectifs investis au quotidien autour de chaque personne rencontrée, mais aussi la division des tâches et surtout les inégalités selon les modes de prise en charge » ; « une communauté d’expérience – être aidé, aider – mais aussi la diversité sociale, qui saute aux yeux grâce à la mise en série ». Pour le professeur d’anthropologie sociale, l’exposition souhaite transformer l’image du handicap et de la dépendance : « la communication visuelle des institutions en charge du problème repose sur l’esquive : des champs de coquelicots, deux mains l’une ridée l’autre fraîche, au mieux deux personnes face à face. Mais ce n’est pas ça du tout ! Le problème - et la solution aussi d’ailleurs – n’est pas dans la relation, il n’est pas d’ordre privé, il est social, économique et politique ».

www.citazine.fr/article/handicap-dependance-une-expo-sans-pathos-photographie-jean-robert-dantou, 23 mai 2012. Actualités sociales hebdomadaires, 1er juin 2012.

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