Les couleurs de l’oubli, de Jean-Claude Ameisen et François Arnold (1)

« Tu as le regard de ma mère, de ma grand-mère, d'un ami, d'un voisin qui un jour sont partis et que je n'ai plus revus... Pouvoir traverser les couleurs du tableau. Poser la main sur ton épaule. Me tenir auprès de toi. Entendre ta voix. La Bretagne, ça me rappelle les marins et la mer... murmure Maurice... Rachel traverse en pensée la mer, et montrant son dessin, dit doucement : Regardez, c'est mon village, mon village de là-bas... Cyrilla vient d'une île lointaine. En elle battent les rythmes de l'art africain... Et Eugénie, qui voudrait que le chat qu'elle a peint la regarde... De l'oubli de combien de voyages, de combien de paysages, de combien de rencontres, de l'oubli de combien d'êtres aimés, de combien de rêves, de combien de drames sont tissés ces éclats de splendeur que tu fais remonter en toi et que tu transformes en couleurs. Et qu'importe le fil de la mémoire qui parfois se brise. » Jean-Claude Ameisen est médecin, immunologiste et chercheur en biologie. Il anime l'émission Sur les épaules de Darwin de France Inter. Son ami François Arnold, âgé de quatre-vingts ans, est artiste plasticien. Il a créé et animé de 1993 à 2010 l’atelier de peinture de L’Arbre à mains à l’hôpital Georges-Clemenceau de Champcueil (Essonne). Il a choisi quarante-quatre peintures que lui ont laissées des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, « ultimes traces de beauté, ultimes témoignages d’humanité. » Dans une nouvelle édition de leur ouvrage à deux voix Les couleurs de l’oubli, Jean Claude Ameisen et François Arnold témoignent : « la mémoire qui s’efface n’est pas le blanc de l’oubli. La mémoire qui s’efface n’est pas la perte de l’identité : il y a chez chacun des auteurs de ces peintures la présence d’une vie intérieure qui bat. La présence d’un monde qui n’en finit pas de se construire. »

www.franceculture.fr/oeuvre-les-couleurs-de-l-oubli-de-jean-claude-ameisen-fran%C3%A7ois-arnold.html, 19 août 2014. Ameisen JC et Arnold F. Les Couleurs de l'oubli. Editions de l’Atelier. 2014. 136 p. ISBN 978-2708-24281-4.

Les couleurs de l’oubli, de Jean-Claude Ameisen et François Arnold (2)

Le scientifique s’interroge : « qu’est-ce que la mémoire ? Qu’est-ce que cette capacité étrange à convoquer en soi le passé ? Qu’est-ce que ce phénomène mystérieux qui déforme en permanence la perception de la réalité que nous renvoient nos sens, l’enrichissant en permanence du retour en nous de ce que nous avons vécu auparavant et qui a disparu ? Ce phénomène qui nous permet sans cesse de nous adapter, de devenir autre et de répondre différemment à une situation semblable à celles que nous avons déjà vécues ? Qui nous permet de re-connaître, de connaître à nouveau, de revisiter différemment ce qui nous est devenu familier parce que nous en avons déjà fait l’expérience ? Notre mémoire fait sans cesse entrer en résonance ce que nous avons été et ce que nous sommes devenus. Elle est à la fois l’empreinte que nous conservons en nous du passé et la modification que cette empreinte a provoquée en nous, et qu’elle provoquera un jour de nouveau, lorsque nous nous souviendrons. » L’artiste ajoute : « par-delà la diversité des peintures, le message apparaît clairement : l’homme, jusqu’à la dernière heure de sa vie, est capable de s’exprimer en beauté et d’y trouver joie. Puisse ce message être saisi et donner envie d’aller au-devant des "vieillards" et de créer des lieux et des temps où ils laissent jaillir leurs émotions, leur rayonnement intérieur et le savoir d’une vie. Cet ouvrage est un livre de mémoire, mémoire radieuse et émouvante. »

Les Couleurs de l'oubli. Editions de l’Atelier. 18 septembre 2014. 136 p. ISBN 978-2708-24281-4.

Les couleurs de l’oubli, de Jean-Claude Ameisen et François Arnold (3)

« Ce livre révèle les capacités de création des personnes vulnérables. Il révèle la beauté des œuvres peintes par des personnes âgées et/ou atteintes de la maladie d’Alzheimer et montre qu’il est possible de susciter l’expression créative d’aînés au sein d’un hôpital. Une source de liens et d’espoir capable de changer le regard des soignants, des familles et des soignés. Chaque personne - fut-elle âgée, malade, handicapée - est riche de son histoire singulière et de ses talents particuliers si souvent ignorés. Il suffit parfois d’un petit déclencheur pour redonner confiance et permettre des expressions inouïes de leurs talents et de leur vie. Ce livre en témoigne avec force », écrit Senioractu. Jean-Claude Ameisen rappelle : « en 2007, le Comité consultatif national d’éthique concluait ainsi son avis n°102 : " une société incapable de reconnaître la dignité et la souffrance de la personne, enfant, adolescent ou adulte, la plus vulnérable et la plus démunie, et qui la retranche de la collectivité en raison même de son extrême vulnérabilité, est une société qui perd son humanité". Aujourd’hui, trop peu encore a changé dans notre volonté et notre capacité à accompagner les personnes les plus démunies, à leur donner leur place auprès de nous, à leur permettre de vivre avec et parmi nous. Ce qui devrait nous tenir éveillés, la nuit, c’est la nécessité de construire une société ouverte sur les autres, dans laquelle la singularité de chacun, y compris dans sa dimension la plus extrême de vulnérabilité, soit considérée comme une source de richesse pour tous, et non comme une justification possible à l’abandon, à la discrimination, ou encore à l’exclusion. »

www.senioractu.com/Les-couleurs-de-l-oubli-Alzheimer-et-peintures-livre_a17244.html, 21 août 2014. Les Couleurs de l'oubli. Editions de l’Atelier. 18 septembre 2014. 136 p. ISBN 978-2708-24281-4.

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