Les troubles cognitifs et la création artistique : Willem de Kooning

Le peintre Willem de Kooning (1904-1997), l’un des chefs de file de l’expressionisme abstrait, a eu une productivité débordante à la fin de sa vie (deux cent cinquante-quatre tableaux entre 1981 et 1986, rappelle François Sellal, chef de service de neurologie à l’hôpital Pasteur de Colmar. « Son art évolue, devient libre et vivant, les couleurs se simplifient, tendent à se réduire aux couleurs primaires, les coups de pinceau sont longs, sinueux et sobres. De Kooning est alors au sommet de son art ». Mais la facture a perdu sa complexité, fondement de l’expressionnisme abstrait, critiquent des historiens de l’art, et ses séries tardives ne sont, selon eux, pas achevées. En 1989, alors qu’il a quatre-vingt-cinq ans, un diagnostic d’Alzheimer est posé, des troubles cognitifs étant avérés depuis plusieurs années. Jusqu’à son décès, son besoin de peindre ne s’est jamais éteint, au contraire. Mais comment analyser ce rebond de productivité ? s’interroge François Sellal. « Est-ce un aboutissement de sa carrière, avec l’envie de faire simple et d’aller à l’essentiel ? Ou au contraire, est-ce une simplification nécessaire, car l’artiste perd le fil de sa pensée, oublie ses intentions créatrices, voire souffre de troubles visuels et praxiques le rendant incapable de réaliser certains gestes ? Ou la peinture est-elle une thérapie pour un artiste n’ayant pas perdu son envie de peindre et ayant retrouvé goût à la vie en développant un nouveau style ? » L’artiste avait déclaré : « je dois changer pour rester le même ».

Sellal F. Willem de Kooning : la métamorphose d’un style. L’Essentiel Cerveau & Psycho 13 :94-95. février 2013.

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