On n’est pas là pour disparaître, d’Olivia Rosenthal

« Le 6 juillet 2004, Monsieur T. a poignardé sa femme de cinq coups de couteau. Quand, lors de son interrogatoire, on a demandé à Monsieur T. pourquoi il avait agi de la sorte, il a été incapable de répondre », écrivait Olivia Rosenthal, dans son roman On n’est pas là pour disparaître, publié en 2007.   « Dans une analyse de la notion du personnage du roman français contemporain, Monique Landais-Choimet, de l’Université nationale autonome de Mexico, évoque cette œuvre en ces termes : « l’écrivaine nous lance un défi peu facile à relever puisqu’il s’agit d’explorer la maladie d’Alzheimer, mais pas seulement à travers ses manifestations constatées chez l’autre, le patient, celui qui est déjà atteint et dont le comportement fait naître en nous l’apitoiement, d’une part, et le soulagement d’y avoir échappé, d’autre part. Non, l’enjeu va beaucoup plus loin étant donné que l’auteure mène des recherches sérieuses dans le milieu médical concerné justement parce qu’elle sait que son propre univers pourrait être un jour ébranlé : “ Ce livre a pour but de m’accoutumer à l’idée que je pourrais être un jour ou l’autre atteinte par la maladie de A. ou que, plus terrible encore, la personne avec qui je vis pourrait en être atteinte […]. Si on se projette un tant soit peu dans l’avenir, il n’y a en effet aucune raison d’être particulièrement optimiste. ” Ce récit s’affiche, en quelque sorte, comme un calque du réel, comme un documentaire de par ses documents et recherches, référentiels à tout moment vérifiables, mais il relève tout autant de la subjectivité de l’auteure quand cette dernière se projette, avec lucidité et empathie, dans un monde cruel qu’elle découvre avec stupeur. Nous assistons en tant que lecteur à la démarche d’un esprit curieux (le vrai personnage littéraire), qui veut révéler un aspect de la vie dont il ignorait jusqu’alors la complexité et l’inexorabilité ; et cette révélation se développera en adoptant le paradoxe comme structure matricielle au risque de se perdre dans les méandres pervers de l’inconscience et de la folie. Olivia Rosenthal reconnaît, d’ailleurs, que son métier d’écrivain lui octroie des privilèges dangereux comme celui de pénétrer dans des endroits qui, sans cet insigne, lui resteraient fermés ; la prison de la Santé ou l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, par exemple. Néanmoins, il est important de souligner que si le thème résulte poignant, le livre ne sombre nullement dans le mélodrame grâce à la ferme volonté déployée par son auteur de le subvertir. Comment les malades d’Alzheimer pourraient-ils se soustraire à l’aliénation de la doxa [ensemble des opinions couramment admises, des croyances largement partagées, des savoirs informels diffusés au sein d’une communauté socio-historique et culturelle donnée] et se pourvoir d’un langage propre, qui ferait fi de la mémoire et leur rendrait leurs propres émotions ? Cette perspective innovante ne prétend pas minimiser le problème mais procure d’autres voies afin d’en finir avec l’enfermement de l’amnésique et la négation de son individualité.

Landais-Choimet M. Le personnage du roman français contemporain. http://ru.ffyl.unam.mx/bitstream/handle/10391/4893/Landais_M_LE%20PERSONNAGE%20DU%20ROMAN%20FRANC%CC%A7AIS%20CONTEMPORAIN_2016.pdf?sequence=1&isAllowed=y, 22 août 2016.  Rosenthal O. On n’est pas là pour disparaître. Paris : Gallimard. 23 août 2007. 224 p. ISBN 978-2-0707-8531-5.

www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Verticales/On-n-est-pas-la-pour-disparaitre.

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