Solitude, dialogue sur l’engagement, de Jean-François et Michel Serres (1)

« Un père et un fils se retrouvent et dialoguent autour d’un projet porté par le fils, Jean-François : Monalisa, la Mobilisation nationale contre l’isolement des personnes âgées. Ils cherchent tous deux à comprendre comment notre société, marquée par une individualisation qui nous a libérés de nombreux enfermements, est aussi porteuse d’un risque majeur, celui de la solitude, en particulier chez les personnes âgées. Ce dialogue entre Jean-François et Michel Serres, entre père et fils, entre deux générations questionne l’émergence de l’individu moderne. Michel a œuvré pour cette indépendance à laquelle il a aspiré durant toute sa jeunesse, tandis que Jean-François, né dans un monde déjà marqué par l’individualisme, est en quête de nouvelles appartenances. Délégué général des petits frères des Pauvres, Jean-François appelle à la mobilisation contre l’isolement et la solitude avec conviction. Il invite chacun à s’engager aujourd’hui dans le chemin de la relation, une relation réelle et proche, dans son quartier ou son village. Cette nouvelle forme d’engagement s’incarne en initiatives citoyennes locales, diverses et collectives, qui peuvent bouleverser les modes d’intervention sociale, les organisations, la place des institutions et renouveler le fait politique. Membre de l’Académie française, Michel Serres est l’auteur de nombreux essais philosophiques dont le dernier, Petite Poucette, s’est vendu à plus de 250 000 exemplaires. Il est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. »

Monalisa est un dispositif impulsé par le président de la République en 2014, après une réflexion initiée en 2012 par Michèle Delaunay, alors ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’autonomie, qui avait confié à Jean-François Serres l’animation d’un groupe de travail. Aujourd’hui, cent quarante-cinq associations, organismes publics et collectivités territoriales (dont la Fondation Médéric Alzheimer) sont engagées dans la mobilisation pour déployer le bénévolat de type associatif, favoriser l’initiative et faire de la lutte contre l’isolement relationnel des personnes âgées un axe majeur d’implication citoyenne.

Serres JF et Serres M. Solitude, dialogue sur l’engagement. Paris : Le Pommier. Septembre 2015. ISBN : 978-2-7465-0912-2. www.editions-lepommier.fr/ouvrage.asp?IDLivre=739.  

Serres JF (animateur).  Rapport Monalisa. Ministère des Affaires sociales et de la santé.www.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Monalisa_BD.pdf(texte intégral). www.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_rapport_monalisa.pdf (synthèse).www.agevillage.com, 14 septembre 2015.

Solitude, dialogue sur l’engagement, de Jean-François et Michel Serres (2)

Jean-François Serres s’interroge : « ne sommes-nous pas au bout d’un système qui porte en lui-même son incapacité à remplir ses missions ? Faut-il produire toujours plus d’interventions sociales qui, au bout du compte, n’apporteront jamais aux personnes en situation de précarité ou de fragilité les relations dont elles ont besoin ? Ou faut-il faire émerger les conditions permettant la mise en place d’un liant social porteur d’empathie et de confiance dans la relation humaine, un "bain" dans lequel, sans rien faire de particulier, on est réellement avec l’autre ? Je fais un rêve, que je crois profondément réalisable : sur chaque territoire, des travailleurs sociaux sont dédiés à soutenir les initiatives et engagements des citoyens, ils favorisent les contributions volontaires permettant de cultiver la convivialité et la fraternité, ils aident les gens à monter des projets pour rendre les voisinages bienveillants, ouverts, solidaires et attentifs… Et ainsi, sans dépenses supplémentaires, on dispose des forces assurant à notre système de protection sociale richesse des relations, mixité sociale, entraides et engagements solidaires, autant d’apports dont nous manquons aujourd’hui si cruellement. » Jean-François Serres observe que « notre société, qui crée cette misère de l’isolement en raison de l’individualisation qui la caractérise, n’a pas perdu ses valeurs (…), du sacré, de la morale, même si ce n’est pas exprimé ouvertement. Comment ces valeurs-là sont-elles produites ? Comment perdurent-elles ? » C’est un mystère pour lui. Il cite en exemple le mouvement des aidants, que son père ne connaît pas. Le fils précise : « on appelle "aidant" quelqu’un qui accompagne de façon importante pendant un temps donné un proche affaibli. Par exemple une fille qui est auprès de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui prend du temps pour cela et l’aide dans les gestes de la vie quotidienne. Une réflexion importante se développe autour du statut et des droits des aidants. Leur situation est difficile à vivre et ils sont souvent isolés (…). Comment la société organise-t-elle ces temps d’humanité dans un monde où, du fait de la mobilité et de l’individualisation, les entourages familiaux sont beaucoup moins à même qu’autrefois de faire face à ces difficultés ? Et où l’aidant familial est plus seul qu’il ne l’était autrefois. Michel Serres répond : « il y a donc un paradoxe : en aidant, je ne suis plus seul ; mais si je reste seul à aider sans cesse la même personne, je m’isole gravement. Voilà un excellent résumé de notre échange. »

Serres JF et Serres M. Solitude, dialogue sur l’engagement. Paris : Le Pommier. Septembre 2015. ISBN : 978-2-7465-0912-2. www.editions-lepommier.fr/ouvrage.asp?IDLivre=739.

L’interlocutrice, de Geneviève Peigné

« Je supprime des adjectifs / je pousse des mots à côté en dessous / pour finir je retire le tuteur / savoir si la page tient ? » Avant sa mort, une femme atteinte de la maladie d’Alzheimertient son journal dans les marges des romans policiers du Masque (Simenon, Exbrayat). « Au fur et à mesure que la maladie progresse, elle en vient à s’immiscer dans les dialogues des personnages, et à répondre pied à pied aux répliques de Miss Marple ou de Maigret. Quelques mois après sa mort, sa fille découvre cette collection de livres, et une activité qu’elle ne soupçonnait pas. À travers la lecture de ces confessions souvent très prosaïques sur la douleur commence un dialogue posthume autour du livre et de l’écriture, qui pousse l’auteure à s’interroger sur elle-même. »Anthony Dufraisse, du Matricule des anges, écrit : « reflet de la confusion des sens, miroir de la dépression, L’Interlocutrice constitue en quelque sorte un devoir de mémoire. C’est aussi, et non moins profondément, une réflexion intime sur ce qui pousse un être à lire, à écrire, et à vivre comme il peut dans cet entre-deux. » « Une plongée dans la maladie et les affres du mal être. Un hommage aussi à la lecture, quand celle-ci peut prendre le relais des mots manquants et permettre de s’exprimer autrement », écrit Gringo Pimento, d’Addict-culture. « Un mémorial très émouvant que Geneviève Peigné consacre à sa mère, d’un délicatesse absolue », ajoute Julien de la Panneterie, libraire au Merle Moqueur (Paris) sur France Culture. « Au plus proche de l’intime, cette poésie de l’instant et de la solitude laisse le lecteur se frotter au ronronnement fou de la maladie. Absolument bouleversant », écrit Charlotte Desmousseaux, libraireà La Vie devant soi (Nantes). « Beau, touchant, éminemment poétique et remarquablement construit. C’est à pleurer », témoigne Julien Doussinault, libraire à L’Écume des pages (Paris). « C’est bouleversant d’humanité, de cette écriture ciselée comme de la dentelle de Calais », écrit la librairie Saint-Christophe (Lesneven).

Peigné G. L’Interlocutrice. Paris : Le Nouvel Attila. 17 septembre 2015.120 p. 978-2-37100-012-4  www.lenouvelattila.fr/linterlocutrice/#livre.

Papami, de Claude Bonnin

L'auteur-illustrateur niortais Claude Bonnin, professeur des écoles, dont le père était atteint de la maladie d’Alzheimer, publie un livre destiné aux enfants. Il a voulu « expliquer aux plus jeunes ce que c'était de voir son papi perdre la tête ». Il est persuadé que les enfants peuvent être réceptifs au message, qu'en tout cas les mots ne les laissent pas indifférents. Les droits d’auteur sont reversés à l’association de soins palliatifs L’Estuaire.

Bonnin C. Papami. La Crèche : Marmaille et compagnie (Geste Editions). 8 septembre 2015. 32 p. ISBN : 978-2-3677-3075-2. www.courrierdelouest.fr/actualite/niort-un-livre-pour-enfants-sur-la-maladie-dalzheimer-06-09-2015-234249,  6 septembre 2015.

Le Deuil blanc, journal d’un accompagnant, de Jean Biès

Jean Biès (1933-2014) était un « écrivain, poète, enseignant, marqué par les spiritualités chrétiennes, indiennes, tibétaines », résume Annie de Vivie, d’Agevillage. Il a fait face pendant sept ans à la « maladie-sans-nom » de son épouse psychanalyste. « Au fil de ces "feuilles de déroute", dans un style magnifique, Jean Biès tente de trouver le meilleur compensé par le pire dans la maison de retraite où elle réside. L'accompagnement des professionnels est ici salué : tant pour la résidente que son aidant qui s'épuise. Le directeur de la maison de retraite travaille une ambiance où le "personnel est à la fois dirigé, libre et responsable", en cohérence avec les valeurs de l'établissement. Il sait que les personnes malades ressentent cette ambiance, telles des éponges à émotions, positives ou négatives. L'auteur va tenter de se protéger, de déjouer les appels de Rolande : "Je n'ai rien fait de mal". Le bouddhisme enseigne à l’auteur que le Nirvana est partout, y compris dans cette maison de retraite, "cette maison où faire retraite". Le deuil blanc parle de cette absence qui révèle une présence subtile, de cette période de séparation progressive comme pour se déshabituer l'un de l'autre. »

www.agevillage.com, 1er septembre 2015. Biès J. Le Deuil blanc, journal d’un accompagnant. Editions Hozhoni. 10 septembre 2015. 165 p. ISBN : 978-2-37241-013-7. http://revue-ultreia.com/site/wp-content/uploads/2014/08/Avant-Programme_automne2015-EDITIONS-HOZHONI1.pdf.

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