Flore, de Jean-Albert Lièvre (1)

« Artiste peintre, Flore est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. Elle a été "enfermée" successivement dans deux institutions spécialisées », écrit Première. « Les traitements l’avaient rendu aphasique, muette, elle ne savait plus ni marcher, ni manger, ni sourire. Elle est devenue de plus en plus violente, agressive, "ingérable". Pour les médecins, la seule perspective, c’était le "placement" dans une maison "sécurisée". » Contre l‘avis général, son fils, Jean-Albert Lièvre (le réalisateur) et sa fille décident de l’installer dans la maison de famille, en Corse, au contact de la nature, entourée d‘une équipe atypique. Là-bas, pas à pas, mois après mois, pendant un an, elle va littéralement revenir à la vie. « Nous avons assisté à une véritable renaissance », témoigne le réalisateur. « Arrivée en fauteuil roulant, dans un état de "glissement" vers une fin de vie certaine, aujourd’hui, elle marche, se baigne, et s’est remise à parler, elle a retrouvé l’usage des crayons et des pinceaux. Au contact des éléments, dans un environnement sain, elle est revenue à la vie. Elle est heureuse. » « Et si nous vivions dans un monde qui s’occupe de ses vieux, qu’ils aient ou non la maladie d’Alzheimer, qui décide d’avoir les moyens de les aimer, les accompagner, les encourager, les nourrir, les masser, les promener, leur sourire ? », écrit l’IFRAD (Association pour la recherche sur Alzheimer). « Car dans ce cas, la vie jaillit et cela fait du bien à tous ceux qui sont autour. Un beau film, qui ouvre une porte, qui fait réfléchir, qui donne envie d’agir. Un film indispensable. » Flore a remporté le prix du meilleur documentaire 2014 au Festival du film français de Los Angeles. Un entretien du réalisateur avec Frédéric Mitterrand, dans l’émission Jour de Fred, est disponible sur le site de France Inter. Le film sortira en salles le 24 septembre 2014.

Flore, de Jean-Albert Lièvre (2)

« Jean-Albert Lièvre ne s’est pas résolu à la fatalité d’un anéantissement qui trop habituellement impose ses règles et son inhumanité », écrit Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’Université Paris-Sud. « Dans un acte d’amour ultime et de compassion, il a mobilisé tous le moyens à sa portée afin de proposer un autre destin à sa mère enfermée dans les dédales et l’obscurité d’un monde sans horizon » : « il ne s’agit pas seulement de démontrer qu’un environnement aimant, attentionné et compétent contribue à défier la maladie et à inverser les logiques. Mais aussi de donner à comprendre que le regard que l’on porte sur l’autre, trop souvent relégué dans l’exil d’une maladie assimilée à la démence, contribue à retrouver le chemin d’une créativité dont on ne soupçonne pas toutes les ressources. » Pour le philosophe, « Flore impose à tous une réflexion politique urgente : quelle sollicitude témoigne-t-on aujourd’hui à ces femmes et à ces hommes plus vulnérables que d’autres car entravés dans leur autonomie ? Doit-on renoncer, par négligence, faute d’y accorder l’attention nécessaire et des financements ajustés aux besoins, aux valeurs d’humanité et de justice qui fondent l’idée de démocratie ? Une concertation s’impose aujourd’hui afin d’inventer ensemble une société qui reconnaisse enfin sa juste place à la personne affectée par la maladie d’Alzheimer comme à ses proches. Flore apporte au débat un témoignage indispensable. »

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